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Le rêve brisé

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La ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Kathleen Weil, a utilisé une expression qui en dit long sur le désenchantement que vivent bien des immigrants en arrivant au Québec. Elle a parlé du phénomène du «rêve brisé».

La ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Kathleen Weil, a utilisé une expression qui en dit long sur le désenchantement que vivent bien des immigrants en arrivant au Québec. Elle a parlé du phénomène du «rêve brisé».

C’est ce que ressentent souvent les enfants d’immigrants qui ont vu leurs parents «en arracher» toute leur vie pour se tailler une petite place ici de peine et de misère. Cette deuxième génération d’immigrants finit par penser que le Québec n’est pas la terre d’accueil tant rêvée et que le prix à payer pour immigrer est finalement trop lourd.

Des deuils à faire

Ces enfants d’immigrants devenus adultes à leur tour traînent parfois avec eux les bagages familiaux comme s’ils venaient de débarquer. Peut-on les blâmer?

L’immigration reste un concept abstrait pour celui qui n’a jamais eu à dire adieu à son pays, à quitter sa maison pour toujours, à laisser derrière soi une bonne partie de ses possessions parce que les grosses malles sont déjà remplies de biens indispensables. Même lorsqu’on choisit sciemment de changer de pays, l’immigration représente une multitude de petits et grands deuils.

En quittant la France pour venir s’installer au Québec au milieu des années 1970, mes parents ont fait le choix du «rêve américain». Ils ont tout laissé derrière eux, et m’ont incitée à faire la même chose. Je crois que c’était une façon de me montrer que notre vie serait désormais ailleurs. En France, j’ai laissé mon lapin en peluche que j’aimais tant et une partie de mon enfance. L’arrivée au Québec fut mouvementée, à mille lieues de ce qu’on nous avait expliqué, vanté, promis. Les premières années, les pleurs de ma mère m’ont souvent mis le vague à l’âme. Petite, je me demandais: «Pourquoi immigrer si c’est pour pleurer sur ce que l’on a quitté?»

J’ai vu mon père travailler toute sa vie et n’être jamais complètement accepté comme Québécois. Toujours, on lui ramenait son immigration en pleine face avec des «Toi, le Français...». Rien de méchant! Mais une façon de mettre dans une case à part ceux qui ne sont pas «de souche».

L’immigration visible

Imaginez si nous avions été des immigrants visibles. Des Français, ou des Belges, ça se mêle au troupeau. Mais des Noirs, des Arabes, ça se voit plus. Et ce qui se voit dérange encore.

Selon Statistique Canada, les enfants d’immigrants de minorité visible gagnent beaucoup moins d’argent que les autres Québécois même s’ils sont nés ici. Comme Youssef, qui se fait appeler Joseph pour se fondre dans la masse et espérer travailler.

La ministre Weil a beau vouloir dépoussiérer la politique d’immigration du Québec, il faudra que chacun fasse son bout de chemin. Les immigrants devront sortir de leur ghetto; les Québécois devront tendre la main avec sincérité.

Et au-delà du nombre acceptable d’immigrants pour nous aider à maintenir notre poids démographique au sein du Canada, au-delà de leur sélection pour répondre aux besoins criants du marché du travail, notre réflexion comme peuple sur l’immigration ne pourra se faire de façon franche et honnête sans répondre à cette question de base: pourquoi voit-on encore l’immigration comme un mal nécessaire?

 
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