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Un inspecteur improvisé doit leur verser 4000 $ en dommages

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Un couple de la région de Québec, qui a vécu un petit enfer pendant près de sept ans à cause d’un inspecteur en bâtiment amateur, vient d’obtenir plus de 4000 $ en dédommagement.

Un couple de la région de Québec, qui a vécu un petit enfer pendant près de sept ans à cause d’un inspecteur en bâtiment amateur, vient d’obtenir plus de 4000 $ en dédommagement.

«C’est un cauchemar commencé en 2008 qui vient de se terminer», lance au Journal Louis-Pierre Pichette.

Le couple de la région Québec a dû se battre depuis pour finalement obtenir justice. C’est Le Journal qui leur a appris qu’ils avaient obtenu plus de 4000 $ de leur inspecteur pour son incompétence.

Improvisation

Il s’agissait de Menuiserie Roger Corriveau, un entrepreneur s’étant improvisé inspecteur pour rendre service à de vieux clients. En fin de compte, il n’a rien vu d’autre qu’un trou à boucher pour éviter que la vermine n’entre. Et il a omis un grand nombre de choses visibles à l’œil nu.

Résultat: le couple a acheté en 2008 une coquette maison de Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier qui cachait plusieurs problèmes évidents.

Des fissures lézardaient la fondation, des gouttières et des garde-corps d’escalier étaient absents, et il manquait de la laine isolante à plusieurs endroits dans le toit.

C’est d’ailleurs ce dernier problème qui a été relevé en premier dans le temps des Fêtes, quand la facture d’électricité s’est mise à gonfler.

L’entrepreneur assure avoir dit à ses clients qu’il n’était pas inspecteur. Mais il a quand même visité la maison pour donner son avis. Et surtout, le chèque reçu portait la mention «Inspection maison». L’entrepreneur n’a pas rappelé Le Journal.

Après analyse, la juge Dominique Langis a condamné Menuiserie Roger Corriveau à leur payer 4044 $, essentiellement pour les éléments qui leur aurait permis de négocier à la baisse le prix de leur maison s’ils l’avaient su au bon moment.

On parle de 1121 $ pour l’ajout d’isolant, de 950 $ pour l’installation de gouttières et de 160 $ pour la mise aux normes des escaliers extérieurs. Le Tribunal a aussi accordé 300 $ pour les inconvénients subis par le couple dans sa mésaventure.

Un peu leur faute

Cela dit, M. Pichette concède que le couple a été négligent. Plusieurs alarmes auraient dû se déclencher avant la découverte des problèmes.

Tout d’abord, ils ont payé aussi peu que 50 $ pour cette inspection, qui coûte généralement plus de 500 $. Et ils n’ont jamais reçu de rapport écrit de cette inspection d’à peine 30 minutes. Mais ils ont quand même fait son acquisition.

«On pensait que le 50 $ était un prix d’ami qu’il nous faisait. Mais il est vrai qu’on aurait dû s’informer davantage pour choisir un meilleur inspecteur, dit-il.

«En même temps, encore aujourd’hui, n’importe qui peut s’improviser inspecteur immobilier», dit Guy Giasson, agent de communication à l’Association des consommateurs pour la qualité dans la construction (ACQC), qui dénonce cette situation depuis des années.

 


 

Cinq conseils pour faire un bon choix

L’inspection préachat est une inspection visuelle que n’importe qui peut faire, en principe. En l’absence de formation obligatoire, mieux vaut redoubler de prudence dans le choix de son inspecteur.

 

Engager un professionnel

Le conseil peut sembler banal, mais chaque année plusieurs citoyens décident de sauter cette étape pour économiser 600 $. «Une très mauvaise idée quand on parle de s’assurer de la qualité d’un achat de 200 000 $», illustre Guy Giasson, de l’ACQC.

 

Ne pas trop aimer sa future maison

Plusieurs citoyens trop amoureux de leur futur achat atténuent les conclusions d’un

rapport d’inspection. Quand, quelques mois plus tard, ils constatent que les traces de moisissures cachaient une infiltration majeure qu’ils ont négligé de faire examiner, ils retombent vite sur Terre.

 

Prendre la référence du courtier

Le courtier connaît de bons inspecteurs? Peut-être. Il faut garder en mémoire qu’il a pour but premier de vendre la maison et d’empocher la commission. Il n’aura pas toujours le réflexe de recommander l’inspecteur le plus pointilleux qui risque de vous faire fuir.

 

Poser des questions

Avant d’engager un inspecteur, il faut d’abord s’assurer qu’il détient une assurance responsabilité pour augmenter ses chan­ces d’être dédommagé au cas où il commettrait des erreurs. Les technologues professionnels, les ingénieurs et les architectes en détiennent tous une. Demandez-lui aussi une copie d’un rapport récent. «Certains les rédigent encore à la main, sans ajouter de photo. Ce n’est pas sérieux», souligne Guy Giasson.

 

Connaître les limites de l’inspection

L’inspecteur se concentre sur ce qui est visible. Il n’a pas à déplacer de gros objets et ne peut pas toujours donner un avis clair sur l’état d’un toit enneigé.

 

 

Laval | Un peintre voit un problème grave qu’un inspecteur n’a pas remarqué

Quand c’est un peintre en bâtiment qui informe son client que la maison qu’il vient d’acheter souffre d’importants problèmes de structure, c’est que quelqu’un quelque part n’a pas fait son travail.

Dans ce cas-ci, c’est l’inspecteur Nizar Nofal, dirigeant de l’entreprise Lawadessa, qui est pointé du doigt. Il vient d’ailleurs d’être condamné à payer 8000 $ au client de Laval dont il a inspecté la maison en octobre 2012 et où il n’a constaté aucun problème sérieux.

Rien à déclarer

Le rapport de 34 pages de l’ingénieur de formation parle de «légers dénivellements» des planchers. Il souligne qu’il n’a «observé aucun signe visible qui laisserait supposer des défauts de structure». Rassuré, Mourad Chaouch achète l’immeuble du boulevard du Souvenir.

Quelques mois plus tard, il engage un peintre pour rafraîchir des murs. L’employé remarque sur certains murs ce qu’il appelle des «fissures en cisaillement». Pour lui, il est évident que de telles formes de fissures signifient que le mur a bougé et que la structure de l’immeuble est instable.

M. Chaouch est moins rassuré. Il engage un autre inspecteur, Stéphane Bossus, qui souligne que ces types de fissures «témoignent du fait qu’un désordre structurel affecte ces surfaces de plancher».

«Nous sommes d’opinion que l’inspecteur a erré. [...] Ces désordres représentaient, à notre avis, des drapeaux rouges, lesquels se devaient de piquer fortement la curiosité dudit inspecteur», conclut M. Bossus.

Erreur coûteuse

Les travaux sont majeurs. Il faut entre autres ajouter des solives et des poteaux. Rien que le coût de réfection du plancher de céramique est estimé à près de 8000 $. Résultat: M. Chaouch n’aurait probablement pas négocié à la baisse le prix de sa maison s’il avait su.

«Un inspecteur prudent et diligent, en présence des indices révélés [...], devait alerter son client et lui suggérer de faire des vérifications plus approfondies», conclut le juge.

Le 15 janvier dernier, il conclut que M. Chaouch a droit au maximum permis par la Cour des petites créances, qui est de 7000 $. À cela il ajoute le remboursement de 1000 $, qui correspond à une partie de ses frais d’expertise.

L’inspecteur Nofal a souligné jeudi au Journal qu’il comptait en appeler de cette décision. M. Nofal avait intenté un recours contre M. Chaouch, lui réclamant 3000 $ pour cette réclamation qu’il considère comme «abusive». Le juge a rejeté cette demande.