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L’année de toutes les violences

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Attentats terroristes. Décapitations. Extrémisme islamiste. Montée de l’antisémitisme, de l’islamophobie et de l’extrême droite. Carnage chez Charlie Hebdo. Le fond de l’air se fait violent. Difficile de garder la tête froide par les temps qui courent.

Quand la peur gagne du terrain, l’opinion publique devient réceptive à des mesures de sécurité musclées. Le Cana­da ne fait pas exception. Dès cette semaine, le Parlement examinera le projet de loi C-51. Le gouvernement Harper y propose d’élargir considérablement les pouvoirs du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS).

Loin de se limiter au terrorisme, C-51 donnerait au SCRS le pouvoir de contrer toute activité portant atteinte, entre autres, à la souveraineté, à la sécurité ou à l’intégrité territoriale du Canada.

Le SCRS baignant déjà dans une culture du secret propre aux services de renseignement, le risque qu’un projet de loi ratissant aussi large lui permette d’enfreindre des libertés fondamentales est réel. D’où les voix de plus en plus nombreuses au pays à sonner l’alarme.

Qui surveillera le SCRS ?

Osons la question qui tue: qui surveillera ce SCRS aux larges pouvoirs de surveillance, d’infiltration et de perturbation? L’instance existante est le Comité de surveillance des activités de renseignement de sécurité (CSARS) – un organisme aux compétences limitées et à l’historique controversé.

La nomination de ses membres par le gouvernement est aussi souvent teintée politiquement. Sa présidente actuelle par intérim est une ex-députée albertaine du Reform Party et du Parti conservateur – Deborah Grey.

Rappelons aussi qu’en 2010, Stephen Harper y nommait Philippe Couillard et surtout, leur ami mutuel à l’époque,

Arthur Porter – l’ancien patron déchu du CUSM accusé depuis de fraude contre le gouvernement du Québec. Même les liens douteux de Porter avec des régimes étrangers répressifs ne furent jamais pris en compte avant de lui donner accès à des informations secrè­tes sur la sécurité du Canada...

Comment faire confiance ?

Osons une autre question: quelles activités le SCRS jugera-t-il aptes à menacer la sécurité du pays? Les écologistes seront-ils visés? Les groupes progressistes? Les chercheurs ou les intellectuels qui dérangent?

Si le PQ reprend le pouvoir, le SCRS jugera-t-il bon de le «surveiller» comme la GRC le faisait du temps de René Lévesque? Aurait-on déjà oublié le vol de ses listes de membres? Ou son infiltration par le recrutement de Claude Morin – informateur payé par la GRC, ministre et conseiller influent de M. Lévesque sur la question constitutionnelle.

C’est pourtant parce que la section «renseignement» de la GRC s’était livrée à des actes illégaux que le SCRS fut créé en 1984, pour scinder les pouvoirs policiers et de renseignement. En 2015, C-51 unirait à nouveau les deux pouvoirs, mais au SCRS. Ce qui pourrait en faire une véritable police politique.

Contrer le terrorisme est certes une nécessité en Occident. En prendre prétexte pour créer une police politique cana­dienne à quelques mois d’une élection est d’un autre ordre.

La peur n’est jamais bonne conseillère. Le danger, le vrai, est de glisser de l’obsession sécuritaire à la tentation autoritaire.

 

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