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La fin de l’insouciance

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Triste époque que la nôtre, où l’insouciance et la liberté reculent imperceptiblement à chaque jour qui passe. On ne s’en rend pas toujours compte sur le coup, mais la peur agit comme un poison homéopathique en s’installant dans notre imaginaire. À la longue, notre monde s’en trouve profondément altéré.

Il y a de cela quelques décennies – ça ne fait pas si longtemps! – quand j’étais enfant, nous sortions de chez nous le matin et on jouait dehors, dans le voisinage, toute la journée. Nos mères ne s’inquiétaient pas outre mesure, sauf des mauvais coups que nous pourrions faire. Jeunes adultes, nous n’hésitions pas une minute à faire du pouce d’une ville à l’autre, filles ou gars. On décidait d’aller voir des amis au Lac-Saint-Jean et hop! Cette époque de douce insouciance et de liberté me semble en bonne partie révolue.

La barbarie de Boko Haram et de l’État islamique, qui fabrique l’horreur au quotidien, a fait monter la peur d’un cran supplémentaire

Un peu plus tard, j’ai commencé à travailler au parlement d’Ottawa. À cette époque, on pouvait y entrer librement. Il suffisait de présenter une carte d’identité et de s’inscrire au registre, en précisant quel bureau nous allions visiter. Je recevais des visiteurs sans beaucoup de tracas. Jean Chrétien et plusieurs autres ministres se promenaient à pied sur la Colline parlementaire. Insouciance et liberté...

Puis, est arrivé le 11 septembre

Et puis, est arrivé le 11 septembre 2001. Je m’en souviens comme si c’était hier. Les yeux rivés sur l’écran de télé, abasourdis, nous étions sous le choc. Ce soir-là, ma femme a partagé sa sourde inquiétude à l’idée que pour des terroristes, le parlement représentait une cible de choix. Mon bureau de l’époque étant situé juste derrière la Tour de la Paix, elle me voyait en plein centre d’une cible potentielle. Les jours suivants, les tireurs d’élite étaient installés sur les toits et la sécurité fut lourdement renforcée. Plus question d’entrer librement au parlement, fini les membres du gouvernement qui se promènent en sifflant sur la Colline. Fini l’insouciance...

La Troisième guerre mondiale

Dans les dernières années, malgré les attentats terroristes qui se multipliaient en Europe et en Asie, la peur demeurait lointaine pour les Québécois. C’était horrible, mais c’était ailleurs. Tout cela a brutalement changé suite aux attentats commis ici même, à Ottawa et à Saint-Jean-Sur-Richelieu. La peur s’est en quelque sorte installée à demeure.

La barbarie de Boko Haram et de l’État islamique, qui fabrique l’horreur au quotidien, a fait monter la peur d’un cran supplémentaire. Voici venu le temps des fondamentalistes islamiques, une idéologie totalitaire exportée à coups de centaines de millions de dollars par certains pays du Golfe et à coups d’images de choc qui circulent sur les réseaux. Il s’agit de la Troisième Guerre mondiale, un conflit qui pourrait se poursuivre sur plusieurs décennies.

L’insouciance a disparu. La peur s’est installée à demeure. Il faudra prendre garde à préserver nos libertés, toujours menacées par les mesures de sécurité. Et trouver le moyen de redonner à nos enfants leur juste part d’insouciance.


Pensez-vous que nous vivons une période moins insouciante ?

 

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