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La surépargne des entreprises n’existe pas

La surépargne des entreprises n’existe pas

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À la fin du mois de janvier, l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) a publié une étude démontrant que les entreprises canadiennes se livrent à de la «surépargne». Plus précisément, ils affirment que celles-ci sont assises sur des montagnes de capital accumulé. Cependant, il y a un problème avec l’analyse... c’est qu’il n’y a pas de problème.

En fait, le montant épargné par les entreprises n’est pas le reflet d’une perversité étrange démasquée par l’IRIS – il s’agit du résultat des exportations fortes du Canada entre 2000 et 2009. Avant la récession, les Canadiens vendaient davantage à l’étranger qu’ils n’achetaient de l’étranger. Les Canadiens (individus, gouvernements et entreprises) se trouvaient donc en possession d’actifs étrangers (des yens, des pesos, des euros, des pounds, des couronnes, etc.) qu’ils pouvaient donc utiliser pour investir à l’étranger. Au cours de cette période, l’épargne de tous les Canadiens confondus dépassait la somme des investissements qui étaient réalisés au Canada. Normalement, on s’attend à ce que l’épargne disponible soit équivalente à l’investissement qui est réalisé... sauf si on est dans une économie ouverte dans un tel cas il y a des mouvements de l’épargne entre les pays.

Aux fins de la discussion, voici le graphique que je montre à mes étudiants lorsque je leur explique le marché du capital dans les cours de macroéconomie.

Les zones en rouge indiquent les moments où l’épargne de toutes les firmes et personnes au Canada était supérieure à l’ensemble des investissements domestiques réalisés au Canada. Où sont allés ces «surplus»? Tout simplement, les Canadiens ont acquis des actifs à l’étranger – ils ont importé des titres financiers étrangers.  Dans le cas des entreprises, les montagnes de liquidité accumulées ont souvent servi à l’acquisition de compagnies étrangères et à l’expansion dans des marchés étrangers. Voici ce que j’explique à mes étudiants systématiquement: si une économie exporte davantage de biens et services qu’elle en importe, elle devra inévitablement avoir une importation nette d’actifs étrangers. C’est-à-dire qu’elle devra utiliser une partie de son épargne pour acquérir des actifs à l’étranger. Ceci signifie donc que l’épargne dans ce pays est plus importante que l’investissement dans ce pays.  Les Canadiens vont donc investir à l’étranger. Les statistiques à cet égard sont claires, les entreprises canadiennes «envahissaient» les autres pays. Comment illustrer la chose? Selon la série statistique 376-0016 de Statistique Canada, il y a seulement trois années sur l’ensemble des années entre 2000 et 2011 (date à laquelle se termine la série) où les investissements étrangers directs au Canada ont été supérieurs aux investissements directs des Canadiens à l’étranger.  Cependant, ceci n’explique pas pourquoi les compagnies sont assises sur des quantités supposément phénoménales de liquidités. Tout ce que ceci explique c’est que – largement définie – la «surépargne» des entreprises ou des individus ne peut pas exister.

Ce qui explique les montagnes de liquidités, c’est le désir des compagnies canadiennes d’acquérir des firmes étrangères. Lors de fusions et acquisitions, les liquidités représentent un actif très désirable pour les actionnaires qui doivent être séduits par la firme qui initie l’acquisition ou la fusion. En fait, une fusion ou une acquisition tendent à être moins coûteuses lorsque des liquidités sont incluses. Il en est ainsi parce qu’il s’agit d’un actif facilement utilisable qui n’est pas attaché à quoi que ce soit. C’est pourquoi les liquidités sont très importantes tant dans la fusion et l’acquisition d’entreprises que dans la résistance aux tentatives hostiles d’acquisition. Selon MA Reports (la source en matière de fusions et acquisitions), les firmes canadiennes ont été plus actives dans l’acquisition de firmes étrangères que ces dernières ne l’ont été à l’égard des firmes canadiennes. Cette «surépargne» dénoncée par l’IRIS (qui ne représente – il convient de le mentionner – qu’une fraction infime de l’épargne totale) ne représente rien de moins qu’une stratégie corporative très saine visant à acquérir des actifs étrangers. Rien de sinistre à voir.

Fondamentalement, si la totalité de l’épargne des Canadiens dépasse la somme des investissements au Canada, ceci signifie simplement que les Canadiens investissent à l’étranger. Parmi ceux-ci, on retrouve des entreprises. Rien de tragique ou sinistre. Les investissements sont productifs pour les étrangers qui reçoivent du capital qui mène à des gains de productivité et ultimement, les Canadiens obtiennent une partie du rendement de ces investissements. 

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