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Une nouvelle souche du VIH pourrait se trouver à Montréal

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PHOTO AFP Grâce à son système de santé universel gratuit et aux campagnes de sensibilisation comme celle-ci, Cuba a un des plus faibles taux d’occurrence du VIH au monde. Mais depuis 2012, l’île fait face à une pénurie de condoms qui menace son bilan.

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L’épidémie de VIH au Canada
71 300
Canadiens vivaient avec le VIH à la fin de 2011
C’est
71 300
personnes de plus (11 %) qu’en 2008
Entre le début de l’épidémie et la fin de 2011,
24 300
personnes vivant avec le VIH sont mortes d’une maladie liée au VIH ou d’une autre cause
Un quart des personnes vivant avec le VIH au Canada ne savent pas qu’elles en sont atteintes
3175
personnes ont été infectées par le VIH au Canada en 2011

Une nouvelle souche très agressive du VIH, qui fait des ravages à Cuba et inquiète la Floride, pourrait déjà avoir migré jusqu’à Montréal.

«On a eu un cas récemment à L’Actuel qui ressemble à ça», s’inquiète le Dr Réjean Thomas, de la clinique L’Actuel.

Le patient a été infecté par un homme de Toronto qui ne savait pas lui-même qu’il était porteur du virus. Une enquête reste à mener afin de déterminer s’il y a un lien direct avec Cuba, précise le Dr Thomas.

Néanmoins, il indique que le virus que porte le patient québécois se reproduit très rapidement, tout comme celui observé à Cuba.

« Les gens meurent plus vite »

La souche cubaine du virus, surnommée CRF19, utilise un récepteur – des cellules du système immunitaire – particulièrement rare pour infecter sa victime, le CXCR4. Or, «quand le virus entre par ce récepteur rare, ça aggrave la progression de la maladie. Les gens meurent plus vite», explique le Dr Jean-Pierre Routy, hémato-oncologue spécialiste du sida au CUSM.

Pire, quand le virus utilise ce récepteur, les malades sont plus résistants au traitement, poursuit-il. Le patient de la clinique L’Actuel s’est lui-même montré résistant à presque tous les traitements antirétroviraux, et il en existe une trentaine, s’inquiète le Dr Thomas.

«Ce qui nous préoccupe particulièrement c’est que les gens évoluent très rapidement vers le sida», indique-t-il.

Si elles ne sont pas traitées, les personnes atteintes par la souche cubaine du VIH développent en effet le sida en seulement trois ans, contre six à dix ans pour les souches plus communes, selon une étude tout juste parue dans la revue scientifique EBioMedicine.

Ceci expliquerait la rapide progression de l’épidémie à Cuba, selon les auteurs, une équipe de scientifiques belges, en collaboration avec des Cubains. Près de 20 000 cas de VIH ont été dépistés à Cuba entre 1986 et 2014, selon le gouvernement cubain. Parmi les cas récents, 13 à 16 % avaient déjà développé le sida au moment du dépistage, notent les chercheurs.

 

DR Réjean Thomas, Clinique L’Actuel
Photo courtoisie
DR Réjean Thomas, Clinique L’Actuel

Tourisme sexuel

Pour le Dr Thomas, les touristes québécois qui fréquentent Cuba doivent être conscients des risques et proscrire toute relation sexuelle non protégée. «En vacances, c’est reconnu que les gens se protègent moins», déplore-t-il.

Sachant que La Havane est particulièrement prisée de la communauté gaie, le Dr Thomas met en garde les homosexuels. Mais il rappelle que les hétérosexuels ne sont pas à l’abri.

Il pense particulièrement aux femmes seules en quête d’aventures de vacances.

«Les femmes vont dans les Caraïbes et oublient que le sida existe», se désole-t-il.


Risque de récupération politique

La découverte d’une nouvelle souche agressive du VIH à Cuba risque fort d’avoir des implications politiques, au moment même où s’amorce le rapprochement diplomatique entre l’île et les États-Unis.

C’est du moins ce que craignent le Dr Bertrand Lebouché, du Centre des maladies virales chroniques du CUSM, et son collègue le Dr Jean-Pierre Routy.

«Ça pourrait être utilisé par certains pour nuire à Cuba», prévient le Dr Lebouché. «C’est politique», renchérit le Dr Routy.

Argument pro-embargo

Dr Bertrand Lebouché, CUSM
Photo courtoisie
Dr Bertrand Lebouché, CUSM

Le sénateur américain Marco Rubio, connu pour son opposition virulente à la levée de l’embargo, a d’ores et déjà ajouté le virus à sa liste d’arguments contre l’île, indique le magazine américain The Examiner.

Or, l’embargo – qui dure depuis 1962 – est justement montré du doigt par l’OMS, Amnistie internationale et les Nations unies comme étant responsable d’une pénurie de produits de santé de base à Cuba, y compris de condoms, un outil essentiel pour contrer l’épidémie de VIH.

De fait, le Dr Lebouché critique la publication de l’article de ses collègues belges qui selon lui n’ont pas respecté leur devoir éthique de prudence quant aux répercussions de leur travail.

Échantillon critiqué

Le Dr Routy ajoute que les chercheurs basent leurs conclusions sur un très petit échantillon, dont on ne peut pas tirer de conclusion à grande échelle.

«On ne peut pas dire, à partir de 52 personnes, ce qui s’est passé pour près de 20 000 cas détectés depuis 1986», explique le Dr Lebouché.