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Une mort digne

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Voilà donc que la Cour suprême – haut lieu du relativisme moral – vient de décréter que l’euthanasie et le suicide assisté sont des «morts dignes».

J’ose redire, malgré tout, que de désigner la mort d’un malade par injection létale par l’expression «mourir dans la dignité», constitue une mystification délibérée visant à embrouiller les esprits.

«Notre dignité est indépendante de notre âge et de notre forme physique ou mentale, écrivent Louis-André Richard, philosophe, et Michel L’Heureux, médecin, elle est attachée à notre statut d’être humain en qualité d’être humain. Elle ne dépend pas d’un moment précis du continuum, elle est dans ce continuum et elle s’actualise jusqu’à la fin, jusqu’à la mort.»

La dignité d’un être humain n’est donc pas altérée par l’âge, la maladie, la dépression. Elle est toujours et en tout temps pleine et entière.

Laïcisation

Rappelons que ce concept de dignité est d’origine judéo-chrétienne, l’être humain étant doté de dignité parce que, comme le dit la Bible, il est créé «à l’image et à la ressemblance» de Dieu.

La laïcisation des sociétés occidentales ne l’a pas abolie, mais elle est devenue une valeur intrinsèque de la nature humaine et dissociée de toute transcendance.

Quand ce sont les jeunes qui se suicident, nous sommes, avec raison, scandalisés. Et nous faisons des campagnes pour les convaincre que «le suicide n’est pas une option».

Pourquoi alors, lorsque ce sont des personnes avancées en âge, malades, fragiles, en perte d’autonomie, en fin de vie, le suicide assisté et l’euthanasie deviennent-ils des options tout à fait acceptables?

Selon Louis-André Richard et Michel L’Heureux, ce serait là une confirmation que la personne mourante «a un statut inférieur et n’a plus la dignité d’un être humain à part entière, dont il faudrait s’occuper avec déférence».

De nos jours, les soins palliatifs se sont développés de telle façon que nous sommes en mesure d’apaiser les souffrances et les angoisses de fin de vie avec tout le respect et l’empathie qui sont dus à la personne. Encore faut-il que de tels soins soient accessibles sur tout le territoire québécois. Ce qui est loin d’être le cas.

Dérives

Quant aux balises qui encadreront l’euthanasie (dont le consentement de la personne concernée), des études démontrent qu’elles ne sont pas toujours respectées. En Belgique, par exemple, il y a, chaque année, 300 morts assistées sans le consentement des patients.

Dans un système de santé d’une ampleur comme le nôtre, où l’on est, par exemple, incapable de réduire à zéro la maltraitance envers des personnes âgées, des dérives comme on en voit en Belgique et en Hollande seront inévitables.

La marraine de l’euthanasie, la députée Véronique Hivon, nous assure que de tels dérapages n’auront pas lieu. Ce sera malheureusement le cas, surtout que pour elle, ce n’est qu’un «premier pas». L’autre pas, ce sera, comme en Belgique, de rendre accessible l’euthanasie aux mineurs. Là-bas, pour les jeunes, «le suicide est une option convenable».

Je suis minoritaire, je le sais bien, mais je persiste et je signe: l’euthanasie n’est pas une mort digne, pas plus qu’elle n’est un soin.