/entertainment/tv
Navigation

«En français, s’il vous plaît!»

Peau de banane
Photo d'archives Peau de banane

Coup d'oeil sur cet article

Jamais, lorsque j’étais enfant, je n’ai entendu mon père et ma mère sacrer. Très fâché, papa lançait un sonore «bonyeu de Sorel!» et maman, à bout de nerf, pouvait risquer «bonne sainte Anne!». Un de mes oncles disait parfois «sainte-canisse», un autre «eh! crime», mais la plupart n’avaient aucun patois et ne juraient jamais. À Waterloo, où je suis né dans un milieu alors majoritairement anglophone, je ne me rappelle pas avoir entendu mes voisins crier «fuck!» ou même «shit!». Pour marquer un désappointement ou une joie, ils lançaient plutôt des «oh! My God» ou «oh! My Goodness».

Mon éducation aux sacres, je l’ai faite au séminaire de Saint-Hyacinthe. Chez les Oblats, que j’avais fréquentés plus tôt, non seulement personne ne sacrait, mais on avait l’obligation du «vous» entre étudiants. Un «tu» lancé par inadvertance nous valait toujours un mauvais point dans le bulletin mensuel.

Pour se démarquer

À Saint-Hyacinthe, ce sont surtout les fils de notaire, d’avocat ou de médecin qui sacraient. Comme pour se démarquer de ceux dont les parents étaient ouvriers ou fermiers. Eux ne juraient pas. Les autres sacraient pour faire snob et se différencier des «kétaines». L’expression serait même originaire du marché à foin de Saint-Hyacinthe.

Il y a plus d’un demi-siècle (eh! oui...) quand j’ai commencé à écrire pour la télévision à La boîte à Surprise, Fernand Doré, directeur des émissions pour la jeunesse à Radio-Canada, n’aurait jamais accepté qu’un personnage jure. Pas plus que n’aurait accepté Gérard Robert, directeur des émissions dramatiques, lorsque j’ai écrit mes premiers téléthéâtres. Ni l’un ni l’autre n’auraient admis que nos dialogues soient en joual. Le vieux français des personnages de Claude-Henri Grignon dans Les belles histoires des pays d’en haut et les québécismes de La famille Plouffe de Roger Lemelin constituaient l’unique compromis acceptable.

Des jurons «light»

Au moment de la première série Jamais deux sans toi, si je n’ai eu aucun mal à faire accepter que Rémi Duval lance ses «ostin d’beu», il s’en est fallu de peu qu’on me refuse les «simonaque» de Micheline Lanctôt et, surtout, les «maudite marde» de Francine Duval. On les a acceptés à condition qu’Angèle Coutu marmonne de façon presque inaudible.

La semaine dernière, dans ses souvenirs de la télé, le chroniqueur Richard Therrien, du quotidien Le Soleil, rappelait les jurons bien inoffensifs dont j’avais affublé les principaux personnages de Peau de banane, la comédie écrite pour TVA avec mon fils Christian, il y a déjà près de 25 ans.

Je ne sais si on avait commencé à sacrer mur à mur à notre télé, mais encore marqué par les interdits de mes parents, je n’aurais jamais mis de gros mots dans la bouche de Louise DesChâtelets, d’Yves Corbeil et encore moins dans celles de Marie-Soleil et Sébastien Tougas.

C’est ainsi qu’après plusieurs heures de remue-méninges avec mon fils, nous en sommes venus à des jurons comme «saintes-fesses» pour Simone, comme «jérusalem» pour Claude, «crotte de bouc» et «ostin d’beu» pour Zoé et Renaud, «apostrophe» pour Benoît Girard et «sainte-bénite» pour Juliette Huot.

Inoffensifs mais durables

Ces jurons étaient bien «light», mais ils ont marqué les personnages de façon plus durable que les sacres et blasphèmes des téléromans et des séries qu’on diffuse aujourd’hui. Je ne parle pas de notre cinéma où les dialogues, qui devraient être plus étudiés et plus riches qu’à la télé, sont presque toujours d’une pauvreté désarmante. Les personnages de films comme 1987 et Mommy, par exemple, n’expriment ni leur pensée ni leurs émotions par des mots, mais par des sacres qu’ils modulent selon le propos et les circonstances.

Les diffuseurs sont les premiers coupables de ce relâchement dont je ne trouve exemple dans aucun autre pays. C’est plus facile pour eux d’afficher à l’écran une mise en garde contre le langage obscène que d’édicter des règles strictes pour que les auteurs et les producteurs s’en abstiennent.

La langue de la rue

En copiant la langue de la rue plutôt qu’en la transposant, nos auteurs de fiction finiront par imposer la langue de la rue à tous les Québécois. Ils deviendront les fossoyeurs de la langue française qu’ils remplacent graduellement par un argot dont ils sont fiers et que personne ne comprendra.

Dans deux générations tout au plus, notre télévision et notre cinéma auront eu raison d’une langue que nos parents et aïeuls ont préservée durant trois siècles en suant sang et eau.

Monsieur Péladeau, c’est à notre télé, notre cinéma et nos auteurs qu’il faut crier: «En français, s’il vous plaît!»

 

Semaine de fête à Hollywood

Même si les Oscars ont lieu demain soir, Hollywood est en fête mur à mur depuis la Saint-Valentin. Les fêtes privées sont d’ailleurs les plus courues et celles où on a le plus de plaisir, mais on n’y invite que le gratin.

La réception que donne Diane Von Furstenberg, à sa résidence de Beverly Hills, compte parmi celles qu’on ne veut pas rater. Elle a reçu mercredi les actrices en nomination pour un Oscar.

Le soir, c’était le bal d’Oxfam au Château Marmont. Une soirée où les riches vedettes de Hollywood s’apitoient sur le sort des pauvres! Rebelote le lendemain soir au gala de charité du Sunset Tower, animé par Patricia Arquette. Ceux qui n’y sont pas invités peuvent se rabattre sur le 10e gala des trophées Oscar Wilde à Santa Monica.

Quant aux Canadiens, ils auront leur propre party à l’hôtel Four Seasons, animé par Eric McCormack. Norman Jewison, Rachel Lefevre, Jason Priestley et notre Karine Vanasse ont promis d’être de la fête. C’est la deuxième du genre qu’on organise à Hollywood.

Samedi, veille du grand gala, il y a des fêtes partout, dont un gala sous la tente à Santa Monica. On n’a donc que l’embarras du choix, mais encore faut-il avoir un carton d’invitation.

 

Critique unanime: «un film pourri» !

Je n’ai encore lu aucune critique favorable pour Cinquante nuances de Grey. En fait, elles sont toutes plus ou moins assassines. La plus intéressante –et en même temps l’une des plus dures- a été écrite par Lady Velvet Steel, une «dominatrice» professionnelle qui tient salon à Berlin. Vous pouvez lui voir la binette en allant sur son site: www.ladyvelvetsteel.com. Malheureusement, le site ne parle qu’allemand!

La Lady en question, une spécialiste de la chose, écrit que le film a tout faux et que ses auteurs ne comprennent absolument rien au sado-masochisme. À côté de Cinquante nuances de Grey, le film Secretary, sorti en 2002 avec Maggie Gyllenhaal, lui semble un chef-d’œuvre. Dans ce film, le personnage du dominant, joué par James Spader, se nomme aussi Grey! Mais Edward de son prénom plutôt que Christian.

Malgré la mauvaise réputation qu’on lui a faite, Fifty Shades of Grey a amassé près de 200 millions $ dans 58 pays, le week-end dernier. Un record pour un film qu’on ne peut présenter aux auditoires de tout âge.