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Le refroidissement éolien, qu’est-ce que ça mange en hiver ?

Le refroidissement éolien, qu’est-ce que ça mange en hiver ?
photo d'archives

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À la suite des plaintes répétées d’un auditeur, l’ombudsman de Radio-Canada a présenté jeudi un rapport estimant que l’utilisation de l'indice de refroidissement éolien dans les segments météo enfreint les normes d’exactitude journalistiques du diffuseur public. 

Dans un avis publié jeudi, l’ombudsman de Radio-Canada Pierre Tourangeau donne raison à M. Michel Brunelle, un auditeur qui se plaignait depuis des années de l’utilisation abusive et fautive de l’indice de refroidissement éolien, aussi appelé facteur vent, dans les divers segments météo du diffuseur public.

Dans sa longue correspondance avec divers intervenants de Radio-Canada, M. Brunelle qualifie la pratique de «désinformation publique» et affirme que «cet omniprésent facteur éolien occupe une place démesurée par rapport à sa pertinence».

Après avoir révisé le dossier de M. Brunelle, M. Tourangeau en est arrivé à cette conclusion:

«La présentation au public de l’indice de refroidissement éolien dans les segments météo de Radio-Canada enfreint souvent et régulièrement la valeur d’exactitude des Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada.»

Selon son rapport, l’indice est «très souvent mal compris et mal interprété» et utilisé à tort «comme un instrument de mesure, ce qu’il n’est pas».

 

Pour bien comprendre l’indice de refroidissement éolien

 

L’indice de refroidissement éolien actuel a été mis au point par une équipe de scientifiques et d’experts médicaux canadiens et américains en 2001. Il est basé sur la perte de température au visage, la partie du corps généralement la plus exposée aux rigueurs de l’hiver.

Selon Environnement Canada, l’indice représente «le degré de "refroidissement" que ressent votre épiderme» en raison de «l'effet combiné de la température et du vent»:

«Par temps calme, notre corps nous isole quelque peu de la température extérieure en réchauffant une mince couche d'air proche de la peau, appelée couche limite. Lorsque le vent souffle, il emporte cette couche d'air protectrice avec lui, exposant la peau à l'air froid. Le corps doit ensuite produire de l'énergie pour réchauffer une nouvelle couche protectrice. Si le vent emporte ces couches les unes après les autres, la température de la peau baisse et l'on ressent davantage le froid.»

De plus, le vent entraîne l’évaporation de l’humidité de la peau, ce qui cause également une légère baisse de la chaleur corporelle. C’est ce même phénomène qui nous fait frissonner lorsqu’on se laisse sécher à l’air libre après une baignade, même en plein soleil.

Il est important de spécifier que le refroidissement éolien n’affecte que la partie de la peau qui est exposée au vent, et non les parties recouvertes par des vêtements. De la même manière, seuls les êtres humains et les animaux perçoivent ce «refroidissement»: une voiture ou un thermomètre ne le percevra pas.

Selon Pascal Yiacouvakis, météorologue et présentateur météo à Radio-Canada cité dans le rapport de l’ombudsman, on ne devrait par ailleurs pas parler de «température ressentie» :

«Il est erroné de parler de "température ressentie" pour parler du refroidissement éolien puisque celui-ci est un indice qui ne se mesure pas en degrés et que la notion de température y est étrangère.»

Environnement Canada apporte également une précision importante : le refroidissement éolien représente la sensation du froid sur la peau et non une température réelle. On n’utilise donc pas le symbole de degré. Par exemple : «Aujourd'hui, la température est de -10 °C, et le facteur éolien est de -20.»

Vous pouvez déterminer la valeur de l’indice de refroidissement éolien en vous référant à l’outil de calcul sur le site Web d’Environnement Canada ou au tableau suivant:

 

Pour ou contre le facteur vent ?

Le refroidissement éolien, qu’est-ce que ça mange en hiver ?
KARL TREMBLAY/JOURNAL DE QUEBEC/AGENCE QMI

Si l’indice de refroidissement est bien loin de faire l’unanimité au sein des médias et de la communauté scientifique, force est de constater que son utilisation est aujourd’hui très répandue.

L’ombudsman de Radio-Canada ne rejette pas catégoriquement son utilisation, mais il estime qu’on ne devrait parler de refroidissement éolien que lors de cas extrêmes, comme des vagues de froid intense accompagnées de vents violents.

Pour votre part, êtes-vous en faveur de l’utilisation de l’indice de refroidissement éolien dans les prévisions météorologiques ou êtes-vous plutôt en accord avec MM. Brunelle et Tourangeau, selon qui cette pratique est souvent «erronée, fautive et sensationnaliste»?