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85%

Les Québécois ne sont pas fous et ne mélangent pas tout

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85 %: c’est le pourcentage, selon un récent sondage CROP, de Québécois qui s’inquiètent que les immigrants, lorsqu’ils s’installent ici, n’adoptent pas les valeurs de la société d’accueil.

On devine la réaction de Philippe Couillard, absolument étranger aux questions identitaires: il y verra de la xénophobie. Classique. Les idéologues du multiculturalisme canadien diront de même en dénonçant le repli identitaire des Québécois, leur fermeture d’esprit.

85 %, c’est énorme. Et sans surprise, 51 % de Québécois continuent de souhaiter la mise en place d’une Charte des valeurs pour protéger leur identité. Ses adversaires résolus sont de moins en moins nombreux. À moins de croire que les Québécois sont victimes d’une immense manipulation médiatique, il faut les comprendre. Pourquoi s’inquiètent-ils aussi massivement? Se pourrait-il, surtout, qu’ils aient de bonnes raisons de s’inquiéter?

Dans nos sociétés, l’intégration fonctionne mal. Avec la révolution technologique, les immigrants peuvent demeurer connectés à leur pays d’origine plus facilement. Et avec la politique du multiculturalisme, qui s’impose partout, sous ce nom ou sous un autre, il est de moins en moins nécessaire pour les immigrants de s’approprier les valeurs et la culture de la société d’accueil pour y évoluer aisément.

Nombreux

C’est aussi une question de nombre. L’historien Michel Brunet disait en boutade que trois choses comptent en histoire: le nombre, le nombre et le nombre. Le Québec reçoit plus de 50 000 immigrants par année. C’est un chiffre démesurément élevé. Ils s’installent pour l’immense majorité à Montréal, où ils trouvent des communautés de leur origine pour les accueillir. En un mot, nous cherchons à intégrer des immigrants avec d’autres immigrants non intégrés.

Les Québécois ne sont pas fous et ne mélangent pas tout. Leur inquiétude identitaire ne s’alimente pas d’abord, ni même essentiellement, d’une peur du terrorisme. Ils savent bien qu’il ne faut pas tout mélanger et que l’immense majorité des immigrants est pacifique. Leur crainte n’est pas sécuritaire, mais identitaire. Elle s’est exprimée dès 2006 avec la crise des accommodements raisonnables.

La « diversité »

Ce qui inquiète les Québécois, c’est que des gens s’installent chez eux sans vouloir vivre comme eux, avec eux. C’est qu’on ne demande plus aux immigrants de s’intégrer à leur nouveau pays, qu’on définisse ce dernier comme une addition d’individus porteurs de droits sans culture commune. C’est qu’on demande aux Québécois de se transformer profondément pour accommoder la «diversité», comme s’il fallait renverser les rôles entre l’hôte et l’invité.

Cette inquiétude devrait normalement servir le PQ. C’est vers lui, traditionnellement, que se tournent les Québécois lorsqu’ils sont inquiets pour leur identité. Toutefois, alors qu’une majorité d’entre eux souhaite une réaction politique, les candidats à la chefferie de ce parti mettent la pédale douce sur l’identitaire. Ils se sont laissés convaincre que la Charte des valeurs les avait fait perdre et qu’ils devaient maintenant s’en distancier.

C’est ce qu’on appelle se tirer dans le pied. Ou encore, trahir les espoirs que les électeurs pourraient porter vers vous. Ce ne serait pas la première fois de leur part.