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Pas un autre problème technique!

«Ton document ne s’ouvre pas!»

Pas un autre problème technique!
illustration johanna reynaud

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Quelle journée de merde! Tout d’abord, Bébé Sanguinolent m’a réveillée à 4 h avec une crise de larmes qui a duré des heures. Ensuite, son père me l’a laissé sous surveillance pour aller donner des entrevues à des journalistes trop charmantes. Et comble de tout, il m’est impossible de travailler à cause d’un problème informatique.

Au bout du fil, mon éditeur tente de comprendre pourquoi je ne parviens pas à lire le document qu’il m’a fait parvenir. Je n’aime pas beaucoup son ton qui laisse entendre que le problème vient de mon côté et non du sien.

Pourquoi ce serait le cas, hein? Je n’ai absolument rien changé à mes paramètres! Alors que lui, je n’en sais rien. Et il ne me l’avouera pas. Pourtant, tout a toujours bien fonctionné entre nos deux ordinateurs.

«Nous ne sommes plus compatibles, Romancière angoissée. Ça signifie­­ certainement quelque chose.»

Pardon? C’est quoi cette psychologie à cinq cennes? Certes, nos ordis­­ se boudent, mais je n’y vois pas un quelconque signe du destin.

«Ça veut peut-être dire que le temps est venu de prendre chacun notre chemin», ajoute-t-il.

Non, mais qu’est-ce qui lui arrive tout à coup? Lui qui est habituellement si terre-à-terre, voilà qu’il fait dans la psycho-pop. À moins qu’il profite de la situation pour m’annoncer en douce qu’il ne souhaite plus collaborer avec moi? Je sais que je lui tombe parfois royalement sur les nerfs, mais de là à mettre un terme à notre entente... Alors que nous avons encore deux romans à fignoler ensemble. Inadmissible­­!

Je lui demande de préciser sa pensée et il me répond qu’il fait des farces, qu’il me taquine parce que j’embarque dans son jeu. Mettons...

Je le crois plus ou moins, mais pour l’instant, je dois trouver une façon d’accéder à son document. C’est mon manuscrit qu’il a édité et j’ai trop hâte de lire ses commentaires.

Compliqué, compliqué...

Mais comme je suis nulle en informatique­­, je n’ai aucune idée des procédures à effectuer pour régler le problème. Je peste une fois de plus contre mon statut de travailleur autonome qui exacerbe ce genre de situation. Pas évident de trouver la solution sans aide, sans collègues à ses côtés pour donner des conseils.

Parce que mon éditeur ne m’est pas d’un grand secours. Tout ce qu’il me propose, c’est de redémarrer ma machine. Je m’exécute aussitôt, mais sans résultat. Aussi perdu que moi, il me suggère d’appeler un spécialiste qui pourra me guider. Je crois bien que je n’ai pas le choix. Encore des dépenses imprévues­­!

Mon éditeur retourne à ses moutons et je me mets à la recherche d’un consultant informatique. Je dois faire vite puisque, selon Collègue Sanguinolent, il me reste environ une heure avant que son fils se réveille et réclame son biberon.

Après trois appels et l’envoi de deux courriels, je suis plus découragée que jamais. Personne n’est disponible! Je vais perdre ma journée au complet si ça continue. Comme si j’en avais le temps!

«Ouin, ouin, ouin!»

Bon, le bébé maintenant! Pas fiable pour deux sous ce flo. En théorie, il devait me laisser tranquille encore un moment. Il est en avance sur son horaire... et sur le mien. Je le sors de son lit et je l’amène à mon bureau. Donner un biberon et travailler en même temps, ça doit pouvoir se faire, non?

À défaut d’avoir de l’aide professionnelle, je vais me faire confiance et résoudre le problème moi-même. Ça ne peut pas être si sorcier que ça!

Double tâche

Bébé Sanguinolent sur mes genoux qui boit avidement, j’explore les préférences système. Pas un seul indice pour me donner une piste! Je respire profondément pour contrôler mon impatience et éviter de transmettre des ondes négatives au petit.

Soudainement, possiblement rassasié, il lance son biberon sur mon clavier. Pas gêné! Son geste fait apparaître plusieurs fenêtres sur mon écran. L’une d’entre elles indique que j’ai trois mises à jour à faire. C’est quoi cette histoire? Elles ne se font pas automatiquement? C’est pourtant ce que le vendeur m’avait dit. Un autre à qui on ne peut pas se fier!

J’accomplis les manœuvres suggérées, en me croisant les doigts pour que tout redevienne normal. Après un autre redémarrage, je retourne au document de mon éditeur et, ô miracle, il s’ouvre instantanément. Yé!

Je donne un bisou à celui qui, malgré lui, a trouvé la solution et je le nomme assistant-technicien!

Voyons maintenant ce que pense mon éditeur de mon manuscrit. Je parcours les pages remplies de commentaires et de rayures rouges.

Il y en a des dizaines et des dizaines. Oh my God! Trop décourageant tout ça! J’ai l’impression d’avoir un livre à réécrire au complet.

J’aurai préféré ne jamais avoir ouvert mon document...