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Son rêve réalisé malgré une vue restreinte

Willie O’Ree ne voyait pratiquement rien de son œil droit

Subban O'Ree
photo d’archives Willie O’Ree a réussi à jouer avec les Bruins même s’il ne voyait presque pas de l’œil droit.

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Il y a un aspect de la carrière de Willie O’Ree qui passe souvent dans l’ombre. Il s’est frayé un chemin jusqu’à la LNH même s’il ne voyait pas à 97 % de son œil droit.

Même si l’incident a eu lieu il y a près de 60 ans, M. O’Ree a décrit la scène avec ­minutie.

«À ma dernière saison junior, je jouais à Kitchener (Ontario). À cette époque, aucun joueur ne portait la visière, bien évidemment. Je me retrouvais devant le filet et j’ai reçu un lancer frappé directement sur mon œil droit. Quelques minutes plus tard, j’étais couché sur un lit à l’hôpital pour subir une opération.

«Le médecin m’avait indiqué que l’impact de la rondelle sur mon œil avait détruit ma rétine. Il m’avait dit que je ne pourrais plus jamais jouer au hockey. Je ne pouvais pas accepter ce verdict. J’étais incapable d’abandonner mon rêve de jouer chez les professionnels.»

«Une semaine après ma sortie de l’hôpital, je recommençais à patiner. J’avais la tête dure. Je jouais à l’aile gauche. Pour capter une passe, je devais toujours tourner la tête vers la droite afin de mieux voir. Je compensais de cette façon la perte de ­vision de mon œil droit.»

Handicap camouflé

O’Ree n’a pas toujours dit la vérité sur l’état de son œil droit. Il cachait cette blessure aux médecins de l’équipe afin de poursuivre son chemin.

«Il n’y avait pas d’examen très poussé à l’époque pour les yeux, a-t-il rappelé. Les médecins ne m’ont pas interdit de jouer au hockey puisque je ne me suis jamais assis devant un appareil pour passer un examen de la vue. Si les docteurs avaient su que je voyais seulement à 3 % avec mon œil droit, ils m’auraient forcé à arrêter de jouer. Avec le temps, j’oubliais que je ne voyais pratiquement pas d’un œil. Plus tard dans ma carrière, j’ai changé de position et c’était plus facile à l’aile droite.»

Près d’un an après sa blessure subie à Kitchener, M. O’Ree a fait ses débuts avec les As de Québec en 1956-1957.

Immense courage

Dans une petite pièce voisine du vestiaire du Canadien à Brossard, P.K. Subban a rappelé que M. O’Ree a capté l’imaginaire pour plusieurs raisons.

«Il n’y a pratiquement personne qui parle du fait qu’il ne voyait pratiquement rien d’un œil, a mentionné Subban. Dans un sens, c’est normal que cet incident passe plus inaperçu puisqu’il a accompli quelque chose de tellement grand en devenant le premier Noir à atteindre la LNH.

«Quand je pense qu’il ne voyait presque rien de son œil droit, je trouve ça assez fou, a-t-il poursuivi. Il ne faut pas oublier le contexte de l’époque. Il y a des joueurs qui cherchaient à le blesser certains soirs. Il dérangeait plusieurs rivaux par sa simple présence. Il devait rester vigilant. C’est déjà assez difficile de bien surveiller tes arrières avec tes deux yeux, je ne peux pas imaginer comment il y parvenait avec un seul.»

 

Brèves

Malhotra comprend l’ex-joueur des Bruins

Manny Malhotra connaît parfaitement la réalité de jouer avec une vision limitée à un œil. À sa première saison avec les Canucks de ­Vancouver, il a subi une ­blessure qui a pratiquement mis fin à sa carrière.

Le 16 mars 2011, il a été atteint par une rondelle directement à son œil gauche lors d’un match contre l’Avalanche du Colorado. Opéré à deux reprises, Malhotra a revêtu l’uniforme des Canucks près de trois mois plus tard en finale de la Coupe Stanley face aux Bruins de Boston.

Quatre ans après sa blessure, le centre du Canadien n’aime pas revenir sur cette histoire. Il en a parlé des dizaines de fois. Il a fait une ­exception pour tracer un ­parallèle avec Willie O’Ree.

«Je connais l’histoire de Willie et je peux vous dire que je vois à beaucoup plus que 3 % de mon œil gauche, a-t-il lancé avec le sourire. Il y a un niveau à atteindre pour la vision. Je ne me souviens pas exactement du pourcentage requis, mais je respecte assez facilement la norme. Je passe l’examen médical pour mon œil avant chacune des saisons.»

Malhotra a refusé de ­préciser le pourcentage de vision à son œil gauche.

Rencontre à Harlem

À ses débuts dans la LNH avec les Rangers de New York, Malhotra a travaillé à quelques reprises avec Willie O’Ree dans le cadre du ­programme de la LNH Hockey pour tout le monde.

Ils avaient initié au hockey des jeunes du quartier de Harlem à New York.

«J’aime Willie, il est un très bon gars, a dit Malhotra. Il est toujours de bonne humeur. En plus du fait qu’il a été le premier Noir dans la LNH, il était un grand ­ambassadeur pour toutes les minorités.»

Né à Mississauga, en ­Ontario, Malhotra est né d’un père d’origine indienne et d’une mère québécoise.