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«J’ai comme l’impression que ça ne se terminera jamais»

Deux des visages de la morosité économique de la Côte-Nord

Jennifer Côté et Jean-François Massé, de Baie-Comeau, font partie des nombreux visages des victimes de la morosité économique sur la Côte-Nord.
Photo Charlotte Paquet Jennifer Côté et Jean-François Massé, de Baie-Comeau, font partie des nombreux visages des victimes de la morosité économique sur la Côte-Nord.

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«Ces périodes d’inquiétude-là, j’ai hâte que ça se termine, mais j’ai comme l’impression que ça ne se terminera jamais. Il n’y en n’a plus de jobs sûrs aujourd’hui.»

Celui qui parle ainsi, c’est Jean-François Massé, de Baie-Comeau. Il a vécu, dimanche (22 février), son dernier jour de travail à la Compagnie minière IOC de Sept-Îles. Il fait partie d’une quarantaine d’employés mis à pied et dont le salaire annuel de base frisait les 90 000 $. Il est l’un des nombreux visages de la morosité économique de la Côte-Nord.

Et pourtant, quand il a été embauché en janvier 2013, cet ancien travailleur de la papetière de Produits forestiers Résolu à Baie-Comeau croyait bien que c’en était enfin fini de vivre avec la menace quasi constante de se retrouver au chômage, menace d’ailleurs partagée par sa conjointe, Jennifer Côté, également à l’emploi de l’usine de papier.

Séparer le risque

Parents de trois enfants âgés entre un an et six ans, l’homme et la femme ont vécu plus que leur part des périodes de stress et de moments sombres au cours des sept dernières années. Des lettres de mise à pied, ils en ont reçu tous les deux en 2008, en 2010 et en 2012. Bonne nouvelle, à chaque fois, leurs emplois étaient sauvés.

«Les lettres, on les recevait toujours en double. La dernière fois, on savait que le marché du papier n’allait pas en s’améliorant. C’est là qu’on s’est dit qu’il fallait séparer le risque pour ne pas être pris au dépourvu», raconte l’ancien papetier, entré à l’emploi de la papetière en 2004, en même temps que celle qui allait devenir la mère de ses enfants.

L’homme a réussi à décrocher un emploi chez IOC, à l’entretien du chemin de fer reliant Wabush à Sept-Îles. Mais avec l’effondrement du secteur des mines, les activités ont diminué considérablement sur la voie ferrée. À la fin janvier, un nouvel avis de mise à pied l’attendait dans sa boîte aux lettres. L’un des derniers embauchés par IOC, il a été l’un des premiers licenciés.

Changer d’adresse

«Sans vouloir de mal à personne, j’ai hâte que ces lettres-là changent d’adresse. On est tannés de vivre ça», laisse tomber Jennifer Côté, qui a encore vécu les affres de l’incertitude au cours de l’automne.

En raison de la fermeture, annoncée pour décembre, d’une deuxième machine à papier depuis avril 2012, la jeune femme a renoué avec les lettres de mises à pied. «Entre octobre et décembre 2014, j’ai reçu trois lettres de licenciement. Ils reportaient la date tout le temps. Finalement, mon emploi a été sauvé», explique celle qui se retrouve maintenant sur appel.

«À la fin janvier, la semaine qu’elle a su qu’elle gardait sa job, j’apprenais que je perdais la mienne. On l’avait pas vu venir celle-là», renchérit le nouveau chômeur. «Quand on a eu la nouvelle pour Jean-François, j’ai pleuré une journée de temps», se souvient la jeune femme, qui fêtera bientôt ses 30 ans. Selon elle, d’une mauvaise nouvelle à une autre, c’en devient de plus en plus dur à encaisser.

En 2008, lorsque que les deux conjoints ont reçu les premières menaces pour leurs emplois, ils n’avaient pas d’enfant. Là, ils en ont trois. «On ne peut pas se dire non plus on ne fondera pas de famille. Il faut avancer. Nos petits minous, on les voulait», insiste la maman.

Des pertes d’emplois

Sur la Côte-Nord, les pertes d’emplois se multiplient depuis quelques années. «Alcoa a coupé, Résolu a coupé, Wabush Mines a coupé, Cliff a coupé et là, c’est nous (Iron Ore). C’est beaucoup de personnes qui perdent leur emploi. Les postes peut-être disponibles en ville sont comblés», se désole Jean-François Massé.

D’ailleurs, depuis la fin janvier, le Baie-Comois d’adoption – il est natif de Jonquière – multiplie les recherches d’emplois à travers tout le Québec. Il regarde aussi les domaines les plus prometteurs sur le marché du travail. Même s’il a 38 ans, il n’écarte pas un éventuel retour aux études.

Malgré qu’ils soient très bien installés à Baie-Comeau, les deux conjoints ne mettent pas de côté l’idée d’un déménagement pour une ville où ils trouveraient du travail. «Ma mère est ici et je n’ai pas le goût de partir, mais le chômage de Jean-François, ce ne sera pas ad vitam aeternam», conclut Jennifer Côté.