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Porter l’ennemi dans son ventre

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Une de mes amies est enceinte. La semaine dernière, j’ai appris qu’elle attendait une fille.

Une de mes amies est enceinte. La semaine dernière, j’ai appris qu’elle attendait une fille.

Quand elle m’a dit ça, une vague de tristesse m’a envahi.

« Pauvre toi, lui ai-je dit. Une fille ! Une future guidoune écervelée qui va bitcher au travail, utiliser son cul pour faire avancer sa carrière et passer son temps à parler maquillage, sacs à main et souliers.

« Tu n’es pas trop découragée, j’espère ? »

À bas le sexisme!

Ce que vous venez de lire vous choque ?

Tant mieux. Ça prouve que vous avez une tête sur les épaules.

Cette histoire est inventée de toutes pièces. Non seulement aucune de mes amies n’est enceinte, mais je ne tiendrais jamais de tels propos.

J’ai trop de respect pour les femmes (je suis l’heureux père de deux filles, le fils d’une femme et le mari d’une autre) pour penser ou dire de telles choses.

Et même si j’étais assez imbécile pour penser et écrire de telles âneries, aucun journal ne publierait mon texte. Nous sommes en 2015, après tout, pas en 1950.

On n’endure plus — avec raison — les remarques sexistes.

Je parle bien sûr des remarques sexistes anti-femmes. Car le sexisme anti-hommes, lui, est plus accepté socialement. Au Québec, c’est quasiment devenu un sport national.

Prenez le dernier numéro de Châtelaine. La romancière Geneviève Pettersen y publie sa première chronique.

Titre : « Tu seras un homme, mon fils »

Un texte ahurissant, qui n’aurait jamais été publié dans aucun magazine s’il visait les femmes plutôt que les hommes.

Un futur Gomeshi?

La chroniqueuse parle de sa « déception » d’apprendre, à 22 semaines de grossesse, que son enfant est de sexe masculin.

« Je dis déception, mais c’est un peu beaucoup exagéré. Disons simplement malaise. Malaise à l’idée de mettre au monde un garçon – j’ai déjà deux filles. J’ai peur. (...)

« J’ai passé ma deuxième échographie alors que le mouvement #AgressionNonDénoncée battait son plein. Rien pour calmer mon inquiétude. (...) Je vous le jure, à ce moment-là, j’avais vraiment l’impression de porter l’ennemi.

« Naître garçon, par les temps qui courent, ne serait pas chose facile. Moins facile qu’avant, en tout cas. Juste retour du balancier, diront plusieurs. Fiston serait-il considéré comme un agresseur potentiel dès qu’il franchirait le cap de l’adolescence ?

« Comment l’élever pour ne pas qu’il se transforme en un affreux Jian Ghomeshi ? ̋Tu te casses la tête pour rien, m’a dit mon mari. T’as juste à l’élever comme tes filles. ̋ »

Corriger la nature

Vous avez bien lu.

Le petit garçon n’a que 22 semaines et déjà, sa mère se demande s’il ne sera pas un batteur de femmes...

Et si c’est une fille qu’elle portait dans son ventre, la chroniqueuse se demanderait-elle comment l’élever pour qu’elle ne se transforme pas en une affreuse tueuse d’enfants, comme Sonia Blanchette ou Adèle Sorella ?

C’est quoi, ce discours ? Tous les hommes sont des agresseurs potentiels ? On porte le gène en nous ? Si ma mère n’avait pas réussi à corriger ma nature profonde, je passerais mon temps à tabasser les femmes ?

Hallucinant.

Je vais porter plainte au Conseil du statut de l’homme...

Ah, c’est vrai, ça n’existe pas !

 

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