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La «révolution» Barrette

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, est un homme déterminé...
Photo Archives / Agence QMI Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, est un homme déterminé...

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Ça y est. C’est parti. Mardi matin, la commission parlementaire sur le projet de loi 20 du fort déterminé ministre de la Santé, Gaétan Barrette, débutait. Pour suivre ses travaux, c’est ici.

Après son projet de loi 10 adopté sous bâillon, deuxième pilier de sa «révolution» du système québécois de santé, même le titre du projet de loi 20 - «Loi édictant la Loi favorisant l’accès aux services de médecine de famille et de médecine spécialisée et modifiant diverses dispositions législatives en matière de procréation assistée» -, promet beaucoup. Mais livrera-t-il la marchandise à terme? Comme dirait Shakespeare, that is the question...

Après l’abolition prochaine des agences de santé édictée par le projet de loi 10, le projet de loi 20 promet un accès, disons, plus normal à un médecin. Pour un bref résumé des deux projets de loi, c’est ici. À noter toutefois que les règlements ne sont pas encore connus...

Depuis des mois, le ministre martèle avec raison que les Québécois n’en ont pas pour leur argent lorsque vient le temps de voir un médecin. Bref, que plus le nombre de médecins augmente, moins l’accès des patients aux soins de première ligne est efficace. Et ce, malgré les coûts pharaoniques que sont devenus les revenus des médecins québécois.

En début d’année, Le Devoir rapportait d'ailleurs que «la facture des augmentations à verser aux médecins d’ici 2021-2022 est de près de 2,3 milliards de dollars. De plus, 75 % de cette somme, c’est-à-dire plus de 1,7 milliard, est à verser après 2017-2018, soit après les prochaines élections. En plus, après mars 2015, les médecins se verront octroyer des augmentations au moins aussi importantes que celles qui seront négociées avec les syndiqués des secteurs public et parapublic. C’est ce que leur a promis Québec.» Des augmentations en bonne partie négociées par M. Barrette lui-même alors qu’il présidait la Fédération des médecins spécialistes du Québec.

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C’est cher payé

Pour tous ces Québécois qui n’ont toujours pas de médecin de famille, c’est cher payé pour faire la file à 6 heures du matin devant une clinique sans rendez-vous. Ou pour pâtir 30 heures à l’urgence pour une simple infection qui nécessite une ordonnance d’antibiotiques. Ou pour se faire dire après 15 heures à l’urgence que le spécialiste dont on a besoin n’est «pas disponible aujourd’hui, nous sommes désolés». Combien d’entre nous avons nos propres histoires d’horreur indignes d’un État avancé et d'un système de santé supposé être «universel et gratuit».

Combien de Québécois, parmi ceux qui ont un médecin de famille, peinent quand même à avoir un rendez-vous pour une situation plus pressante que le sacro-saint bilan annuel de santé ? Ce sont des patients qui, eux aussi, finissent à l’urgence ou à faire le pied de grue devant ou dans un sans rendez-vous.

Et ne parlons même pas de cette mauvaise idée qui est de tomber malade au Québec les soirs ou les fins de semaine.... Un vrai cauchemar.

Le ministre Barrette jure pourtant que d’ici quelques années, grâce à sa révolution, tout cela ne sera qu’un mauvais souvenir. De dire haut et fort que l’on se souhaite vraiment qu’il ait raison tient de l'euphémisme le plus évident. S'il réussit, c'est un monument qu'il faudra alors lui ériger...

En fait, le système québécois de santé est déglingué depuis le déficit-zéro de Lucien Bouchard. Avec ses mises à la retraite massives de médecins et d’infirmières, l’ex-premier ministre aura sérieusement handicapé un système qui, même imparfait, fonctionnait plutôt bien pour tous – indépendamment des revenus des patients. Il faut avoir vécu son bref «âge d'or»  des années 70, 80 et jusqu'à la mi-90 pour le savoir.

Or, dans les années suivant l’hécatombe du déficit-zéro, les compressions massives et la réduction forcée du personnel médical ont eu de nombreux effets pervers. Un d'entre eux, et non le moindre, fut de réduire l’accès aux soins et pour compenser, d’augmenter constamment la proportion de dépenses «privées» en santé. Au point  où elles frôlent aujourd’hui les 30% de toutes les dépenses en santé.

Lorsqu’on ajoute ceci à la marmite:

- une désorganisation généralisée d’un système devenu surbureaucratisé;

- un vieillissement annoncé de la population;

- des milliards de dollars en fonds publics pour bâtir des «super, méga» hôpitaux ;

- des médecins, à nouveau plus nombreux mais moins productifs, de plus en plus coûteux et de plus en plus des «entrepreneurs»;

- des frais abusifs imposés aux patients dans des cliniques de pratique privée mais payées par les fonds publics;

- des infirmières sous-payées et sous-utilisées ;

- des corporatismes aussi rigides que des barres de fer ;

- des pharmaciens sous-utilisés;

- des patients sans médecin de famille et donc, sans accès à un suivi personnalisé et par conséquent, plus axé sur la prévention ;

- des GMF (groupes de médecine familiale) qui ne respectent pas leur contrat avec le ministère ;

- des proches aidants que l’État laisse à eux-mêmes;

- des soins à domicile nettement insuffisants ;

- la «sous-traitance» accrue de nos personnes vulnérables à des «ressources» privées peu supervisées et rarement encadrées pendant qu’on refuse d’offrir un soutien adéquat aux familles; etc. etc. etc.

 

Eh bien, pas étonnant que la marmite déborde de partout. Et nul besoin de préciser que le problème de productivité n'est pas celui de TOUS les médecins...

***

 

Ma question, vous la voyez sûrement venir : avez-vous foi en la réforme de Gaétan Barrette ?

Si oui, pourquoi ? Si non, pourquoi pas ?

Et ne vous gênez pas non plus pour partager vos propres exemples de dysfonctionnement de notre système de santé post-déficit-zéro... Ou encore, vos expériences plus positives. Ça nous remontera au moins le moral...

 

 

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