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Le Québec, un gros verre d’eau...

Nous sommes comme dans une campagne électorale permanente. La nouvelle du jour suffit à faire sortir une armée d’intervenants

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J’ai toujours aimé le théâtre politique, quand il vire au vaudeville ou au burlesque. Rien de plus gratifiant pour le citoyen que de voir un ministre se mettre les pieds dans les plats, s’empêtrer dans ses mensonges, se faire «planter» solidement, ou mieux encore, échapper un lapsus qui dit la vérité.

Mais ce n’est plus vraiment ce qui se passe aujourd’hui. Avant, ça prenait une grosse menterie, une bonne gaffe, une catastrophe, quelque chose, quoi, pour ameuter l’opinion. Plus maintenant. Aujourd’hui, c’est n’importe quoi. Un mot mal choisi, une phrase mal tournée ou une image douteuse suffisent à vous faire pendre le malheureux.

Le Québec est devenu un microclimat politique: un gros verre d’eau dans lequel les tempêtes se lèvent avec une brusquerie étonnante, soufflent avec une violence inouïe, puis disparaissent aussi vite qu’elles étaient apparues, pour être aussitôt remplacées par une autre.

Apocalypse

Il y a trois semaines, souvenez-vous, la fin du monde était proche, parce qu’un imam «radical» voulait ouvrir une mosquée dans Hochelaga-Maisonneuve. La semaine passée, on déchirait sa chemise sur la «fouille à nu» d’une adolescente dans une école de Québec. Lundi soir, c’est le ministre des Transports Robert Poéti et son idée de créer une «taxe spéciale pour les logements situés près d’une station de métro» qui a déclenché une crise d’apoplexie généralisée.

Nous sommes comme dans une campagne électorale permanente. La nouvelle du jour — peu importe laquelle, grosse ou petite, un pipeline ou un béluga, un projet de loi ou un ballon d’essai — suffit à faire sortir une armée d’intervenants, de porte-parole, de militants et de critiques prêts à déchirer leur chemise tout en jetant de l’huile sur le feu.

Et, dans les «médias sociaux», les thuriféraires de l’apocalypse nous rappellent que le gouvernement veut notre perte, que les banques font trop de profits, que les riches ne paient pas assez de taxes, et que tout foutra le camp à la vitesse grand V, tant que nous n’aurons pas le Pays – ou le contraire.

Peu importe que M. Poéti n’ait jamais vraiment parlé d’une hausse de taxes pour les édifices déjà bâtis proche d’une gare ou d’une station de métro, c’est ce qu’on a déduit de ses propos. Le feu était si bien pris que le premier ministre Couillard a dû sortir le jour même, pour étouffer les flammes. Rectifier le tir, comme on dit du côté du pouvoir. Rabrouer son ministre, comme on dit dans l’opposition.

Comme ces rôles sont interchangeables, l’opposition ayant goûté à cette médecine quand elle gouvernait, nous ne sommes pas à la veille de sortir de ce cirque.

Mais, la «taxe Poéti», toujours? On comprend maintenant que c’est Montréal qui la veut, pour récupérer la valeur ajoutée que donnerait à des développements futurs la proximité d’une gare de train ou de métro.

Une idée qui a de bons côtés, et des moins bons. On en discutera peut-être un jour. À moins que le feu de paille ne soit pris ailleurs ce jour-là.