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Climat de peur entre les murs de l’UQÀM

La démocratie étudiante est sérieusement mise en doute par des universitaires victimes d’intimidation

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Alors que neuf associations estudiantines ont en mains un mandat de grève reconductible, des étudiants dénoncent une démocratie étudiante illégitime fondée sur l'intimidation.

«C’est une honte pour un courant qui veut incarner le dernier rempart démocratique», dénonce Alexandre Luiggi, un des rares étudiants en droit de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM) qui ont accepté de témoigner publiquement.

Comme plusieurs, il met en doute la légitimité du mandat de grève obtenu par son association mardi. Comme lui, plus de 400 étudiants ont signé des pétitions pour obtenir de la direction de l’université un référendum sur la légitimité de deux associations.

Les votes auront lieu le mois prochain et pourraient se solder par la disparition de l’Association facultaire des étudiants en science politique et droit (AFESPED) et de l’Association facultaire des étudiants en sciences humaines (AFESH).

Des étudiants cagoulés

«C’est un noyau hypermilitant qui convoque les assemblées de grève et en décide les règles», dénonce une étudiante en droit qui a préféré taire son identité. Comme elle, plusieurs ont peur de prendre la parole.

«Quand des gens cagoulés peuvent rentrer dans les cours en hurlant, éteindre les lumières et vous insulter, il faut éviter la confrontation», a confié une autre étudiante qui a requis l’anonymat.

Pour le Pr Julien Bauer, cosignataire avec 13 collègues d’une lettre dénonçant le climat de tension à l’UQÀM, les militants ont imposé «une atmosphère délétère» qui noie tout débat public.

Débat étouffé

À l’assemblée générale de l’AFESPED, mardi, le débat sur la pertinence d’une grève a été monopolisé par les voix favorables. Les rares interventions des sceptiques étaient ridiculisées. Les grévistes, eux, étaient appuyés par des segments entiers de la salle qui agitaient les mains en l’air en signe d’approbation – les applaudissements étant proscrits.

Quiconque mettait en doute un débrayage était catégorisé comme étant favorable à l’austérité.

«Ce n’est pas un gouvernement majoritaire nouvellement élu qui va nous écouter parce qu’on ne va pas à nos cours. Il faut innover si on veut être entendus», a plaidé un étudiant de science politique. Ce à quoi une toute jeune étudiante a répliqué que la rue était la seule option. «Je veux me battre pour me sentir vivante, montrer que j’existe», a-t-elle dit.

Vote à main levée

Les modérateurs eux-mêmes jugeaient les arguments des sceptiques irrecevables et leur reprochaient de ne pas respecter les codes de procédure.

Dans ce contexte, plus de la moitié des participants à l’assemblée ont voté pour que la décision de faire la grève ou non soit prise par référendum électronique et non pas lors d’un vote à main levée. Mais cette proposition a été rejetée, car une telle demande doit obtenir la majorité des deux tiers, selon les règlements de l’association.

 

Brèves

Les tribunaux appelés en renforts

Mettant en doute la démocratie estudiantine, un étudiant en droit de l’UQÀM a tenté d’obtenir une injonction pour empêcher la tenue mardi de l'assemblée générale de grève de son association.

David McLauchlan soutenait que ces assemblées «donnent lieu à du harcèlement et à des actes d'intimidation à l'encontre des opposants à la grève».

Dans un tel climat, les opposants ne peuvent s’exprimer librement et se voient imposer une grève malgré eux, selon lui.

Judiciarisation

Rejetée par la Cour supérieure, cette requête ne fait pas l’unanimité, même chez les étudiants opposés à la grève.

«Oui, je regrette la manière dont l'assemblée générale s'est déroulée, mais je reste très opposé à la restriction des droits et libertés fondamentaux», explique Alexandre Luiggi, étudiant en droit.

Du côté de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ), on dénonce «la judiciarisation d’un mouvement démocratique à la base».