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Informatique EBR : la vie après la frappe de l’UPAC

Denis Blais
Photo Jean-Nicolas Blanchet Le patron d’EBR, Denis Blais, a songé à tout laisser tomber après l’arrestation par l’UPAC de son ancien partenaire d’affaires Mohamed El-Khayat, mais il a gardé les commandes et est parvenu à obtenir cette semaine la bénédiction de l’Autorité des marchés financiers afin de continuer à faire affaire avec le gouvernement.

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Apprendre par les médias que son partenaire d’affaires et ami de toujours l’aurait trahi, c’est une chose. Relever son entreprise après la plus importante frappe de l’UPAC en informatique, c’en est une autre. C’est le double défi de Denis Blais, patron de la firme EBR.

Le fleuron de Québec fondé en 1991 avait le vent dans les voiles depuis quelques années. EBR collectionnait les prix et multipliait les contrats avec le gouvernement provincial.

Les dirigeants s’étaient même inscrits comme lobbyistes pour aider le gouvernement à lutter contre la corruption et la détection de fraude.

Un mauvais rêve

Mais les colonnes se sont écroulées cet été lors d’un beau matin de juin. «Denis, l’UPAC est ici!», lui dit un employé au téléphone. «Fais-les rentrer voyons, on n’a rien à cacher», a-t-il répondu.

Quelques minutes plus tard, les médias rapportaient qu’une perquisition avait aussi lieu au ministère de la Sécurité publique. Le cofondateur, vice-président et administrateur d’EBR, Mohamed El-Khayat sera accusé deux semaines plus tard de fraude avec Abdalaziz Younsi, directeur informatique du ministère. Les deux hommes sont reconnus comme des modèles d’intégration culturelle à Québec.

Mohamed El-Khayat
Cofondateur d'EBR
Photos d'Archives
Cofondateur d'EBR

«Une vraie bombe (...) un mauvais rêve», raconte M. Blais, toujours ébranlé.

Jamais les enquêteurs de l’UPAC n’ont rencontré M. Blais. Aucun soupçon ne pèse sur lui concernant une quelconque connaissance de la fraude présumée, confirment les documents de cour.

«J’ai vécu ça très dur. Je n’aurais jamais pu penser ça. Je n’ai rien vu, même pas de soupçons», se désole-t-il.

«Ce n’est pas facile» d’avoir travaillé aussi longtemps avec un homme qu’il ne connaissait peut-être pas vraiment finalement, «mais moi je pense aux autres employés», s’avise M. Blais qui en compte 45.

Pour la fierté

«Je veux sauver l’entreprise, les emplois, les familles (...) M. El-Khayat n’est plus administrateur chez EBR et il ne reviendra pas», assure M. Blais.

Le scandale a affecté les finances de l’entreprise, mais aucun employé n’a quitté la firme et elle se redresse. «Chez EBR, on n’est pas des criminels. C’est un individu qui a été accusé, pas EBR. C’est différent», explique celui qui a pensé à tout abandonner.

«Mais j’ai continué, et ce n’était pas une question d’argent. C’était une question de fierté pour l’entreprise que j’ai bâtie sans rien faire de mal depuis 33 ans», affirme-t-il.

«Je ne sais pas comment j’ai fait pour passer à travers tout ça», observe M. Blais, qui se dit maintenant plus méfiant. «Pour être plus blanc que blanc, il faut garder un contrôle sur à peu près tout», se convainc-t-il.

  • Mars 2014: EBR reçoit deux prix Fidéides: Moyenne-grande entreprise de l’année et Affaires et engagement social. Depuis 2009, EBR a obtenu pour 17 M$ de contrats avec le gouvernement provincial. C’est sans compter sa participation à un contrat partagé de 120 M$ portant sur les tableaux blancs interactifs des écoles.
  • Juin: L’UPAC perquisitionne chez EBR et dans des locaux du ministère de la Sécurité publique. Mohamed El-Khayat (administrateur d’EBR) et Abdelaziz Younsi (directeur T. I. au ministère) sont accusés de fraude (évaluée à 400 000 $), d’abus de confiance et de fabrication de faux. L’UPAC se retrouve à perquisitionner chez ses propres patrons, soit le ministère de la Sécurité publique.
  • Septembre: Les documents de cour révèlent que Younsi aurait tenté de contourner des règles lorsqu’il travaillait pour le compte de l’UPAC, qui ne s’est finalement pas fait duper. Selon les documents, une collègue de Younsi au ministère aurait mentionné devoir «tenir une comptabilité parallèle, différente de la réalité» relativement à un contrat avec EBR.
  • Septembre: Un décret du gouvernement du Québec force EBR à obtenir une autorisation auprès de l’AMF afin de continuer à faire affaire avec le gouvernement.
  • Octobre: EBR se sépare officiellement d’El-Khayat.
  • Février 2015: EBR obtient une autorisation de l’AMF après l’enquête de celle-ci. La firme informatique implante un code d’éthique et embauche une firme externe pour restructurer sa gouvernance. Denis Blais et sa fille sont maintenant les deux seuls administrateurs.