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Shérif informatique ou ministre du Numérique?

Alexandre Cloutier
Photo d'archives

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Alexandre Cloutier propose une Politique nationale du numérique qui, si elle n’est encore qu’une ébauche, est nettement plus ambitieuse que ce qui en a été rapporté.

Est-ce que le candidat a trop joué de l’imagerie western à sa conférence de presse? Dénonçant le « Far West » dans l’informatique à Québec. Promettant de nommer un « shérif informatique » pour faire le ménage.

Ou est-ce que des journalistes parlementaires sont moins familiers des questions sociotechniques lié au numérique? Concentrant leur attention sur le moyen (nomination d’un ministre délégué au Numérique) plutôt que sur le projet politique lui-même?

Reste que, malheureusement, l’idée d’une Politique nationale du numérique a fait une maladroite entrée dans la course à la chefferie du Parti Québec.

Les rôles de shérif et de politique

Le collègue Jean-Nicolas Blanchet s’est demandé avec justesse en quoi la nomination d’un ministre « shérif de l’informatique » n’entrait pas en concurrence avec la fonction de Dirigeant principal de l’information. Il est vrai que la proposition de Cloutier comporte de nombreux éléments relevant carrément de l’Administration publique : gestion des ressources humaines et techniques de l’État, gestion des programmes, application des lois et des normes.

La plupart des éléments du projet de Cloutier sont de nature politique

Cependant, la plupart des éléments du projet de Cloutier sont de nature politique. Ils exigent de définir des priorités d’allocation des ressources; de concevoir des politiques et services publics; de négocier avec Ottawa, les autorités régionales et municipales ainsi que les entreprises commerciales; et ultimement d’adopter des lois et des règlements.

Ainsi, la politique nationale du numérique proposée par Cloutier vise actuellement à :

  • favoriser la transparence du gouvernement;
  • favoriser la démocratie participative;
  • améliorer la couverture d’internet et de téléphonie mobile à travers tout le territoire québécois;
  • créer un système de gestion des files d’attente dans le réseau de la santé;
  • offrir à la population de meilleures formations générales et professionnelles pour l’usage des technologies numériques;
  • favoriser un meilleur partage des connaissances grâce à la généralisation de cours gratuits en ligne ainsi que la création de centres de télé-enseignement dans les MRC qui n’ont pas d’établissements collégiaux ou universitaires;
  • assurer le virage des entreprises québécoises vers le commerce électronique (seulement 15 % actuellement);
  • favoriser l’émergence de nouvelles entreprises dans les industries du numérique;
  • favoriser l’implantation de centres de données (parcs d’ordinateurs) au Québec.

Autant de projets qui dépassent nettement les responsabilités d’un Dirigeant principal de l’information.

Un ministre ou des ministres?

Le développement et la mise en œuvre d’une telle politique numérique nécessitent-ils la nomination d’un ministre dédié à cette tâche? Plutôt, ne peut-on pas confier à chaque ministère concerné (Éducation, Économie, Communications, etc.) la responsabilité des pans de la politique gouvernementale qui leur revient?

Le choix entre l’une ou l’autre option dépend évidemment des niveaux de volonté et de compréhension des questions qu’ont un premier ministre et ses ministres.

Malheureusement, au cours des deux dernières décennies, on n’a eu à Québec ni solide porteur de ballon ni équipe sur les questions numériques. La nomination d’un ministre délégué fortement appuyé par son premier ministre peut donc être un passage obligé.

Une petite anecdote personnelle peut illustrer. En novembre dernier, j’ai écrit à Jean-Marc Fournier, ministre de la Réforme des institutions démocratiques. Je lui soulignais la nécessité de trouver des moyens de démocratiser les décisions relatives à des projets informatiques qui régissent les rapports entre l’État et les citoyens. Or alors que le sujet relève directement de la responsabilité de ce ministre, son cabinet a plutôt transféré la question à Martin Coiteux, président du Conseil du Trésor, dont l’évolution des institutions démocratiques ne relève pas de ses responsabilités.

S’il y avait eu un ministre délégué au Numérique ayant mandat de favoriser la transparence du gouvernement et la démocratie participative, celui-ci aurait pu revenir à la charge auprès du ministre de la Réforme des institutions démocratiques pour lui expliquer l’importance d’étudier la question et lui offrir collaboration et expertise de ceux qui travaillent déjà sur le plan numérique.

Questions politiques incontournables

Difficile d’être en désaccord avec Alexandre Cloutier lorsqu’il déclare :

« La Révolution numérique change la vie des Québécois et des Québécoises. Internet transforme les rapports sociaux, la façon dont nous interagissons entre nous. Il bouleverse notre économie, facilite les échanges commerciaux, change le comportement des consommateurs. Le virage numérique démocratise le savoir, facilite le partage des connaissances et, bientôt, transformera notre système d’éducation. Bref, le virage numérique peut devenir l’un des plus importants chantiers de développement économique et social du 21e siècle. »

Espérons donc que le candidat Alexandre Cloutier reviendra sur la nécessité pour le Québec de se doter d’une politique numérique. Ou d’un projet de société qui tient compte des enjeux et profite des opportunités de la révolution numérique en cours. Espérons que les autres candidats à la chefferie du PQ offriront leur propre vision. Notamment, Pierre-Karl Péladeau qui n’est certainement pas un analphabète numérique. Et espérons que les critiques des autres partis réagiront.

Le « chantier » nous attend.