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Interdiction de porter le hijab à la cour : la juge se retrouve isolée

Raina El-Alloul
Photo Capture d'écran / CBC Raina El-Alloul

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La juge québécoise qui a refusé d’entendre une femme sous prétexte qu’elle portait un hijab dans la salle de cour ne trouve pas grand appui, tant dans la classe politique que chez les juristes.

«Se présenter devant un juge avec un signe religieux ne devrait même plus être perçu comme un accommodement raisonnable, aujourd’hui, vu la jurisprudence récente confirmant qu’il s’agit d’un droit», estime l’avocat Rémi Bourget, qui s’est dit très surpris par cette décision.

La juge de la Cour du Québec Eliana Marengo avait donné un ultimatum à Rania El-Alloul, cette semaine, au palais de justice de Montréal. Lorsque la femme coiffée d’un hijab s’est présentée en cour pour tenter de récupérer son véhicule saisi par la SAAQ, la juge lui a dit qu’elle devait retirer son hijab si elle voulait être entendue, par souci d’égalité. «Les chapeaux ou les lunettes de soleil, par exemple, ne sont pas permis. Je ne vois pas pourquoi les foulards le seraient», a dit la juge Marengo, selon un enregistrement obtenu par le Journal.

«C’est une situation extrêmement grave, c’est un déni de citoyenneté. On refuse le droit fondamental de cette dame d’avoir recours à la justice», clame le porte-parole de l’Association des musulmans et des arabes pour la laïcité, Haroun Bouazzi.

Me Rémi Bourget se demande d’ailleurs si la juge aurait agi de la même façon devant «un des nombreux avocats portant une kippa qui plaident à la cour tous les jours».

Lorsque Mme El-Alloul a répondu qu’elle ne pouvait enlever son hijab, la juge a proposé de remettre sa cause pour lui permettre de consulter un avocat. La dame, mère monoparentale de trois enfants et sans emploi, a alors déploré ne pas avoir les moyens de se payer un avocat.

Fonds amassés

Vendredi, des campagnes de socio-financement ont été mises sur pied dans le but de permettre à la femme de se payer un avocat et une nouvelle voiture. En début de soirée, plus de 4500$ avaient déjà été amassés.

Selon la psychologue et spécialiste des relations interculturelles Rachida Azdouz, la juge a le droit d’invoquer le décorum dans sa salle de cour, mais la liberté religieuse prévue dans la Charte québécoise des droits et libertés a préséance sur ce principe. «C’est comme pour une personne non-voyante, à qui on va permettre de se présenter avec son chien guide, même si les chiens sont interdits dans la salle de cour. Une personne ne doit pas être discriminée en raison de son handicap, de son orientation sexuelle ou de sa religion, par exemple.»

Le député péquiste Bernard Drainville a rappelé hier que sa fameuse Charte des valeurs, qui n’a pas été adoptée, prônait la neutralité religieuse chez les employés de l’État seulement, et non les simples citoyens. «C’est le genre de situation malheureuse qui arrive quand il n’y a pas de balises claires», a-t-il dit.

Le premier ministre Philippe Couillard s’est quant à lui montré prudent devant la décision de la juge, se disant «perturbé» par la situation.

«Si une personne ne couvre pas son visage, on devrait pouvoir lui permettre de témoigner», a pour sa part fait savoir le cabinet du premier ministre du Canada, Stephen Harper, par courriel.

– Avec la collaboration de Michaël Nguyen, Régys Caron et Dominique Lahaye