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Elle poursuit le père de son fils pour un fusil mal entreposé

Olivier s’est enlevé la vie à 19 ans avec l’arme à feu de son père à Laval en 2012

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Une mère part en croisade contre le mauvais entreposage des armes après que son fils se soit enlevé la vie avec le fusil de chasse de son ex-conjoint. Elle poursuit celui-ci pour 250 000$, une première au Canada.

Une mère part en croisade contre le mauvais entreposage des armes après que son fils se fut enlevé la vie avec le fusil de chasse de son ex-conjoint. Elle poursuit celui-ci pour 250 000 $, une première au Canada.

«Je sais que ça ne va pas le ramener. Je ne fais pas ça non plus pour l'argent, car une grosse partie servira à aider les jeunes, explique Marlene Gauthier, la voix encore nouée par l’émotion. Mais c’est mon devoir de faire connaître cette situation pour que cela ne se reproduise jamais. Je ne veux pas qu’Olivier soit mort pour rien.»

Olivier Bergevin s’est tiré une balle dans la tête avec l’arme à feu de son père le soir du 10 décembre 2012. Il avait 19 ans. On a retrouvé son corps inanimé dans un boisé.

Sa mère ne s’en est jamais remise. Plus de deux ans après le drame, elle poursuit son ex-conjoint qui avait la garde de leur fils en détresse au moment des faits.

Dans sa requête déposée en cour au début du mois de février, elle lui reproche de ne pas avoir rangé ses armes de manière sécuritaire et, ainsi, d’avoir fait preuve d’«insouciance et de négligence grossière».

Son père aurait pourtant promis de les rendre inaccessibles, précise le document légal.

Négligence criminelle

«La mort d’Olivier aurait pu facilement être évitée. On avait la chance d’avoir un enfant qui nous disait qu’il n’allait pas bien», s’exclame Mme Gauthier.

Olivier avait d’ailleurs indiqué à plusieurs reprises à ses parents qu’il avait peur de retourner les armes de son père contre lui, selon la poursuite.

Le père du jeune homme, Réjean Bergevin, est accusé au criminel de négligence ayant causé la mort et de négligence dans l’entreposage d’armes. Il risque plusieurs années d’emprisonnement.

M. Bergevin s’est refusé à tout commentaire lorsque contacté par Le Journal.

Revivre

Le jeune homme a développé des troubles anxieux après un accident de voiture en 2011. Il était suivi au Québec et allait suivre un traitement intensif aux États-Unis.

«Il voulait tellement revivre, revoir ses amis, vivre ses passions. Il avait envie de s’en sortir», se souvient sa mère.

Aujourd’hui, les proches du garçon essaient d’aller de l’avant. Ses amis du cégep se retrouvent néanmoins chaque année pour célébrer son anniversaire. Ils ont même composé une chanson pour lui rendre hommage. «Olivier m’aidait à être moi-même. C’était le plus brillant du groupe. Ma chanson dit tout: Oli, je t’aime», a soufflé Luciano Lavoie.

Félix Sabourin, un autre ami d’enfance qui a vécu les mêmes épreuves qu’Olivier, aurait aimé être là pour lui: «Si j’avais su, on se serait aidés. Il faut en parler», regrette-t-il.

Brèves

Des règles de moins en moins suivies

Olivier Bergevin
Photo Courtoisie

Pour la Coalition pour le contrôle des armes, les propriétaires d’armes à feu respectent de moins en moins la règlementation sur l’entreposage.

«Il y a beaucoup moins de campagne de prévention qu’avant. Les gens ne prennent pas conscience des risques», se désole Wendy Cukier, la présidente de la

Coalition.

Les propriétaires d’armes à feu doivent vérouiller leurs fusils avec un câble ou un verrou de sûreté ou bien l’entreposer dans une armoire ou un coffre qui ne peut être forcé facilement. Les munitions doivent elles aussi être entreposées dans un endroit distincts ou un contenant vérouillé.

«L’entreposage est très important car il évite les vols et les accidents», prévient Wendy Cukier.

Sauver des vies

Or, pour les spécialistes en prévention du suicide, ces mesures peuvent sauver des vies.

«Une personne qui se suicide agit souvent sur le coup d’une impulsion. Si le moyen de s’enlever la vie n’est pas accessible, c’est peut-être suffisant pour que la personne change d’idée», explique Jérôme Gaudreault, directeur de l’Association québécoise de prévention du suicide.

Selon le spécialiste, il n’est pas toujours facile de reconnaître les signes précurseurs.

«Un moment de dépression ou de mauvaise humeur peut sembler passager, mais c’est là que ça peut arriver. Il y a des risques en tout temps», dit-il.

L’entrée en vigueur de la Loi sur les armes à feu en 1995, aurait d’ailleurs permis une diminution de 250 suicides et de 50 homicides par année entre 1998 et 2004, selon la Coalition pour le contrôle des armes.

Même l’Association canadienne pour les Armes à feu y met du sien. «Ces règles sont très importantes. C’est à chacun de prendre ses responsabilités», prévient le directeur, Claude Colgan qui a perdu sa soeur à Polytechnique.