/opinion/columnists
Navigation

Projet de loi 20 : un allié surprenant

Coup d'oeil sur cet article

Tous les groupes et associations tirent à boulets rouges sur le projet de loi 20 du ministre Barrette.

Tous? Non: un groupe vient d’annoncer qu’il appuie le gouvernement dans sa volonté d’imposer des quotas de patients aux médecins généralistes.

Le Conseil du statut de la femme.

Entre femmes et femmes

«La décision d’appuyer le projet de loi n’a pas été facile à prendre», d’avouer Julie Miville-Dechêne, présidente du CSF.

On s’en doute.

La mission du CSF est de conseiller le gouvernement en matière d’égalité hommes-femmes. Or, dans ce cas-ci, deux groupes de femmes se font face.

D’un côté, les femmes médecins aux prises avec le difficile et périlleux équilibre travail-famille.

De l’autre, les femmes qui, à cause de leur système reproducteur, de leur rôle de mère et de leur rôle de proches aidantes (dans les familles, ce sont souvent les femmes qui amènent les enfants chez le médecin et qui prennent soin des parents vieillissants), se retrouvent plus souvent que les hommes dans le cabinet du médecin.

C’est ce que Jean Perron appellerait «être pris entre l’Arabe et l’Écosse».

Tiraillé entre les femmes médecins qui gagnent bien leur vie et les patientes qui tirent souvent le diable par la queue, le CSF a décidé – après une longue et tortueuse réflexion – de pencher du côté de ces dernières.

Bref, c’est la question économique qui aura fait toute la différence.

Après la carotte, le bâton

Ce qui est intéressant, avec le mémoire présenté par le Conseil du statut de la femme (en passant, pourquoi tant de groupes se plaignent de ne pas avoir eu suffisamment de temps pour rédiger un mémoire, alors que le CSF, lui, a été capable de présenter un mémoire sérieux, complet et éclairant dans les délais requis, malgré ses moyens relativement modestes?), c’est qu’il analyse la situation non du point de vue des médecins, mais de celui des USAGERS du système de santé.

«Le Conseil est en accord avec les grandes orientations de la réforme proposée par le gouvernement, affirme le CSF dans son mémoire.

«Les modifications antérieures de la rémunération et les primes offertes n’ont pas incité les médecins généralistes à modifier leur pratique pour prendre en charge davantage de patients. Nous croyons donc qu’il est temps de prendre des mesures plus contraignantes pour que les patients puissent bénéficier des soins d’un médecin de famille.»

Bref, le CSF est d’accord avec le diagnostic posé par le ministre Barrette. On a essayé la carotte avec les médecins, et ça n’a rien donné.

On a augmenté le nombre de médecins, on a haussé leur salaire, et c’est toujours aussi difficile de se trouver un médecin de famille.

Alors, essayons le bâton, pour voir...

Peut-être que cette fois-ci, à l’idée de perdre de précieux dollars, les médecins vont être «encouragés» à changer leur façon de faire et à prendre davantage de patients.

Bravo!

Je suis sûr que plusieurs groupes de gauche se sentiront trahis par l’avis du CSF et ne verront pas d’un bon œil que l’organisme appuie le «méchant gouvernement libéral».

De mon côté, j’applaudis l’indépendance du Conseil qui a préféré servir les patients plutôt qu’une idéologie.