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Le français des futurs enseignants

Quelque 3500 élèves du secondaire n'ont pas été obligés de passer les examens du Ministère, à la fin de la dernière année.
© Photo Agence QMI/Martin Chevalier

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Nous apprenions lundi que 50 % des futurs enseignants échouent leur première passation de l’examen de français obligatoire à l’université. Le test obligatoire pour l’obtention de leur brevet a souvent fait les manchettes pour sa complexité, et ce, même avant que le TECFÉE n’apparaisse.  Avant la normalisation du test, toutes les universités possédaient leur propre version du TECFÉE et certains tests étaient reconnus pour être plus difficiles que d’autres. Par exemple, le TURBO à l’Université de Sherbrooke était considéré comme l’un des plus difficiles à réussir.

 

Tous les étudiants de la Faculté d’éducation à Sherbrooke du début des années 2000 devaient réussir le TURBO avant la fin de leur deuxième année de baccalauréat. Autrement, ils étaient contraints de quitter le programme. Si cette conséquence a souvent été critiquée par les étudiants, c’était une bonne façon de s’assurer de la réussite des futurs enseignants en français.

 

Mais pour enseigner, il ne suffit pas de maîtriser le français à l’écrit, le français oral est aussi fort important. Cependant, peu de facultés mettent l’accent sur cette habileté, sauf l’UQAM qui le fait depuis des années. Ayant commencé mon baccalauréat à l’UQAM avant de déménager à l’Université de Sherbrooke, j’ai dû effectuer les deux tests de français, soit l’oral et l’écrit. Un échec dans l’un ou l’autre des examens s’accompagnait de cours pour améliorer notre maîtrise orale ou écrite de la langue de Molière. Ces cours sont critiqués par les étudiants, qui ne voient pas au départ leur importance, mais ils finissent tout de même par avoir un impact positif sur la maîtrise de la langue par les futurs enseignants.

 

Révision de la formation

Dans son dernier livre, Péril scolaire : les dix maux de l’éducation au Québec (Stanké, 2015), Tania Longpré mentionne que la formation des enseignants doit être améliorée. Elle mentionne que

« les universités devraient préparer tous les futurs enseignants en leur dispensant plusieurs cours obligatoires de littérature et de grammaire et, pourquoi pas, un cours de linguistique française ».

 

Je suis en accord avec madame Longpré sur la nécessaire révision de la formation des maitres, mais je pense, comme elle, que le problème vient en amont. Il vient du primaire, du secondaire et du cégep. C’est à ces niveaux que l’apprentissage du français doit se faire. Au cours des dernières années, avec la venue de la réforme, plusieurs cours systématiques de l’apprentissage de la grammaire et des notions de linguistique ont été mis de côté. Aussi, certaines méthodes éprouvées ont tranquillement été abandonnées par les enseignants au fil des années. D’ailleurs, Le Journal notait la baisse de la popularité de la dictée PGL , un signe que les méthodes éprouvées, telles que les dictées, n’ont plus la cote.

 

Réforme et renouveau pédagogique

En fait, le milieu de l’éducation se cherche. Il est à la recherche d’un «leader» qui saura uniformiser l’apprentissage. Attention, cela ne signifie pas de mettre de côté l’adaptation de la matière à chaque élève, mais de s’assurer que les programmes utilisés par les enseignants et les formations qui sont données aux enseignants correspondent à la meilleure méthode possible. C’est un lourd travail de recherche et d’analyse qui devrait être fait par le MELS et qui à mon avis a déjà trop tardé.

 

Malheureusement, rien n’est annoncé en ce sens. En fait, le nouveau ministre s’est contenté de répondre que, selon lui, les enseignants devraient être des modèles. C’est peut-être un bon signe pour le milieu que cette réponse du ministre. Nous aurons droit à des propos plus réfléchis que ce à quoi nous nous étions habitués depuis un an, mais c’est aussi facile à dire. Que doit-on modifier au primaire et au secondaire pour améliorer la situation? Quels sont les meilleurs programmes pour l’apprentissage du français? Encore une fois, il ne suffit pas de noter un problème, il faut voir au-delà de ce dernier et tenter de le prévenir.

 

 

Abolition du ministère de l’Éducation supérieure

 

On a beau dire que le ministre vient du milieu, il vient principalement du réseau universitaire. Il n’a pas mis les pieds dans une classe au primaire et au secondaire. Il serait bien d’ailleurs qu’il y fasse un tour assez rapidement pour comprendre la réalité enseignante.

 

Cependant, avec l’abolition du ministère de l’Éducation supérieure et son regroupement avec le MELS, je crains fort que le ministre en ait trop sur les bras. C’est d’ailleurs dommage de voir que pour des raisons dites économiques, les deux ministères sont à nouveau réunis. On aurait pu profiter de ce remaniement pour donner à l’éducation toute l’attention qu’elle mérite. Arrêter pour une fois de ne faire que de l’intervention et  se concentrer sur la prévention. Car, ne l’oublions pas, la prévention, c’est ce qu’il y a de plus économique.