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Agressée sexuellement à l'âge de 4,5 et 6 ans

A man passes an Interpol logo during the handing over ceremony of the new premises for Interpol's Global Complex for Innovation in Singapore
Photo Archives / Reuters

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Septième édition de la Journée mondiale contre l’exploitation sexuelle

C’est aujourd’hui. Vous le saviez? L’événement passe presque inaperçu entre les faits divers, les enquêtes indépendantes, le terrorisme et les autres crimes. Quand j’ai entendu cette nouvelle à la radio ce matin, je me suis rappelé mon passage à Interpol.

Au-delà des chiffres rapportés qui nous disent que ce fléau fait plus de 4 millions de victimes par année. Ou encore que sur une base annuelle, plus de 500 000 femmes sont les marchandises d’une traite d’êtres humains à des fins de prostitution. Et plus loin que de savoir que cette industrie rapporte aux groupes criminels des dizaines de milliards de dollars.

Je me suis mis à penser aux enfants!

Aux enfants qui, lorsque j’étais au groupe des affaires criminelles d’Interpol, étaient exploités sexuellement par des pédophiles. Ces pédophiles qui s’échangeaient des milliers de photos et de vidéos dans des forums de discussion sur internet.

Ces agresseurs qui n’en avaient que pour les scènes les plus dégueulasses pour assouvir leurs bas instincts. Des adolescents, des enfants et des bébés sont agressés sexuellement tous les jours. Oui, des bébés âgés de quelques mois à peine étaient cruellement violés et exploités. Ils le seront durant toute leur vie, tant que les images et vidéos circuleront sur le net.

J’ai aussi pensé à Inga. Une petite fille au centre d’une série de photographies la montrant agressée sexuellement à l’âge de 4 ans. Suivi l’année suivante d’une autre agression quand elle avait 5 ans. La cruauté n’ayant pas de fin, il y a eu celle où elle avait six ans. Et le spécial de Noël aussi. Calvaire! Il fallait identifier le malade et trouver la petite qui maintenant esquissait un faible sourire quand elle était agressée. Elle a finalement été sauvée après une trop longue enquête.

Chez nous aussi!

Si vous pensez que le phénomène n’existe qu’ailleurs dans le monde, détrompez-vous! Le «pas dans ma cour» n’existe pas ici. Combien de fois recevions-nous des demandes d’enquêtes d’Interpol Wiesbaden en Allemagne ou même d’ailleurs qui, au terme d’enquêtes policières, nous transmettaient des dizaines d’adresses IP de pédophiles impliqués dans des réseaux. Allez voir les résultats de l'Opération Snapshot III pour constater l'ampleur du phénomène.

Et ce policier de la Sûreté du Québec. Celui qui est allé frapper à la porte d’un appartement situé non loin de Parthenais il y a de cela quelque années. Il menait une enquête visant à identifier une petite victime et son bourreau. Imaginez-vous sa surprise quand la porte s’est ouverte et que c’est la petite victime qui lui a répondu!

Des histoires d’horreur de crimes sexuels visant les enfants, il y en a tous les jours. Les policiers sont littéralement à la chasse aux agresseurs qui sévissent partout, sous l’anonymat du web. Et on le voit trop souvent, les sentences et peines infligées à ces monstres semblent bien peu pour soulager la souffrance des enfants qu’ils détruisent à petit feu.

Je veux bien croire que des lois plus sévères nous protègent du terrorisme et de la radicalisation. J’aimerais en même temps qu’on pense aussi à protéger nos enfants, ceux qui prendront notre place un jour, à la condition qu’ils puissent le faire.

Cette journée mondiale contre l’exploitation sexuelle devrait nous faire prendre conscience que ces crimes ne sont pas l’affaire que d’une seule date, le 4 mars de chaque année, pour ensuite tomber dans l’oubli le reste du temps.