/opinion/columnists
Navigation

Petite visite de routine

FRANCE-CANADA-QUEBEC-DIPLOMACY-HOLLANDE-COUILLARD
Photo AFP

Coup d'oeil sur cet article

Philippe Couillard n’a eu droit qu’aux mêmes égards à Paris réservés à tous les premiers ministres du Québec, depuis les années 1960. Dire ou écrire qu’il a été accueilli en chef d’État laisse croire à un traitement d’exception. Ce fut au contraire une petite visite bien ordinaire.

Les seuls premiers ministres québécois d’ailleurs qui ont eu droit à de véritables faveurs furent Jean Lesage en 1961, lors d’une visite au cours de laquelle il a inauguré la Délégation générale du Québec à Paris et René Lévesque en 1977.

Dans les deux cas, ces anciens premiers ministres avaient d’ailleurs impressionné les parlementaires français auxquels ils avaient eu le privilège de s’adresser solennellement.

Dans les pas de Denis

Le caractère incongru de la visite de Philippe Couillard à l’Élysée est plutôt qu’il a marché dans les pas de Denis Coderre, qui y avait été reçu le 2 février dernier. Il me semble que le premier ministre du Québec aurait dû s’y rendre le premier.

Qui plus est, en compagnie du président de la République, François Hollande, le maire de Montréal a alors pris l’initiative d’inviter les maires du monde entier à un sommet sur l’intégration et la sécurité l’été prochain.

MM. Hollande et Coderre avaient même échangé des accolades sur le perron du palais de l’Élysée à l’entrée et à la sortie du maire Coderre. Philippe Couillard était alors critiqué pour son absence à la grande marche du 11 janvier à Paris pour dénoncer les récents attentats terroristes. Denis Coderre a ainsi damé le pion au premier ministre du Québec sur un thème pour lequel les initiatives auraient dû venir du gouvernement du Québec.

François Hollande et Denis Coderre.
REUTERS
François Hollande et Denis Coderre.

L’environnement

Le président Hollande a indiqué qu’il veillera à ce que le Québec puisse s’exprimer à la conférence internationale de Paris, en décembre, sur les changements climatiques, pour y faire valoir sa proposition de Bourse du carbone.

Le gouvernement Harper est... tiède pourrions-nous dire, quant à la Convention-cadre des Nations Unies.

La doctrine Gérin-Lajoie établie au cours des années 1960 entre Ottawa et Québec prévoit une extension à l’international des juridictions du Québec, comme l’éducation, la culture, etc. L’environnement est par contre une juridiction partagée. Les nuages ne connaissent pas les frontières interprovinciales!

La France a surtout trouvé dans cette place laissée au Québec pour s’exprimer, une façon de faire suer Stephen Harper. Une autre bonne vieille querelle de drapeaux s’annonce dans le triangle Paris-Québec-Ottawa.

Faibles retombées

Ce voyage du premier ministre du Québec, entouré de pas moins de six ministres, d’une cohorte de fonctionnaires et de conseillers, et de nombreux gens d’affaires, générera des engagements de retombées économiques d’une trentaine de millions seulement pour le Québec. C’est mince.

Le collègue Michel Girard de la section Argent le relevait cette semaine, nos échanges commerciaux avec les États-Unis s’élèvent à 89 milliards, dont 53 milliards d’exportations québécoises.

À l’inverse, nos relations commerciales avec la France ne totalisent que 3,8 milliards et sont en plus largement déficitaires, avec 2,5 milliards en importations.

Notre relation culturelle avec la France est certes importante. Mais nous brassons toujours plus d’affaires avec nos voisins américains, et avec quelques autres pays, et surtout de l’air avec les Français.

*****

Vous désirez réagir à cette chronique dans nos pages Opinions? Écrivez-nous une courte lettre de 100 à 250 mots maximum à l'adresse: jdm-opinions@quebecormedia.com .