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Contradiction gouvernementale

Assemblee Nationale, Quebec, Colline parlementaire, Parlement
Photo Stevens LeBlanc / Agence QMI

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Je pose une question à un ministère et on me répond blanc. Je pose la même question au Secrétariat du Conseil du trésor et on me dit que la réponse, c’est plutôt noir. Je rappelle le ministère et on me répond qu’à l’avenir ce sera noir.

Bonne chose ! Au moins, maintenant, c’est clair pour tout le monde. Mais pourquoi ne l’était-ce pas ? Je ne m’adressais pas à n’importe qui sur une banalité. On parle de questions qui concernent des projets informatiques et des millions de dollars.

Désolé, c’est complexe. Pour résumer et simplifier : quand le gouvernement annonce le coût d’un viaduc à la population, doit-il inclure les coûts pour les plans et devis ? J’espère que oui. Mais en informatique, ça ne marche pas toujours de la sorte. Voici l'anecdote:

Au début février, j’ai publié un reportage sur une dérape informatique au ministère de l’Agriculture.

Depuis un an, le projet est suspendu et tout indique qu’il est laissé à l’abandon. Nous voulions donc savoir combien d’argent avait été gaspillé.

Facile ! Suffit qu’à aller voir sur le tableau de bord, soit un site internet du gouvernement qui permet de connaître la progression et le coût des projets informatiques.

On y voit que 2,6 M$ ont été dépensés.

Mais j’ai appris que 3M$ avaient été payés à une firme privée dans le projet. Donc, ça ne peut pas être juste 2,6 M$.

Voici l'explication du ministère: le projet a été divisé en deux phases sur le tableau. Une préliminaire et une pour la réalisation. Au lieu de présenter un seul projet qui montrerait ainsi l'ensemble du gaspillage, le projet a été divisé et la première phase, de 2,1 M$ est introuvable sur le tableau. Cela m’a pris des semaines à comprendre tout ça et à découvrir qu'il s'agit donc plutôt d'un gaspillage de 4,7 M$. La première phase a bien beau être une étape préliminaire, cela reste une étape du projet.

Mais pourquoi créer un tableau de bord si les ministères peuvent diviser leur projet comme bon leur semble, ce qui permet difficilement de suivre et ce qui minimise souvent les écarts de coûts et d’échéancier pour le projet dans son ensemble.

Ce n’est pas évident de suivre l’évolution d’un projet, si l’on y présente seulement sa dernière étape.

Si le tableau de bord a été créé dans un souci de transparence pour permettre aux contribuables de suivre les projets, on ne peut pas présenter les informations de cette façon. L’outil de transparence devient ainsi futile. Ce n’est pas la première controverse sur le tableau de bord d’ailleurs.

Le Trésor rectifie

Mais le ministère nous a expliqué que c’était la façon de faire.

Nous avons donc appelé le Secrétariat du Conseil du trésor, qui est le grand responsable du tableau de bord. Et finalement, le ministère n’avait pas raison. Ce n’était pas la façon de faire.

« Les coûts présentés au tableau de bord (...) doivent comprendre l’ensemble des coûts d’un projet», nous a répliqué le service des communications du Secrétariat du Conseil du trésor, se basant au Cadre de référence pour soutenir la gestion et la revue diligente des projets en ressources informationnelles.

Finalement, le ministère nous a précisé qu’à l’avenir, l’information publiée sur le tableau de bord sera l'ensemble des coûts d'un projet. Bonne nouvelle !

Des problèmes sont certainement plus importants que celui-ci dans l'informatique gouvernementale. Mais avant de faire le ménage dans l'informatique, il faut savoir combien ça coûte. Et cette histoire démontre qu'il est parfois très difficile de connaître la facture précise pour certaines déroutes.

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