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Les recruteurs de l'État Islamique

Le remède à cette propagande ne peut être qu’une contre-information

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Nous apprenions mercredi qu’André Poulin, jeune homme de Timmins en Ontario, mort en Syrie en 2013, avait été un recruteur de l’État islamique.

Il avait convaincu cinq jeunes de se joindre au groupe et d’aller combattre en Syrie. Les recruteurs sur le terrain, comme André Poulin, sont nécessaires aux groupes terroristes.

Les loups solitaires ?

Dans la réalité terroriste, les loups solitaires n’existent pas. Une opération peut être pensée, planifiée et exécutée par un seul individu, mais elle se réclame toujours d’une communauté et d’une cause plus grande. Comme le montre la vidéo de Zehaf-Bibeau, dévoilée hier, ces terroristes appartiennent à la communauté des «moudjahidines du monde entier». Il existe toujours un réseau, à tout le moins virtuel. Dans ce réseau naviguent les recruteurs.

Recrutement

Le recrutement semble se faire en deux temps. Premièrement, la mise en place du décor. Les agents de propagande de l’EI réalisent des vidéos de facture professionnelle et les affichent sur les réseaux sociaux. Ces vidéos reprennent les clichés du romantisme guerrier qui peut plaire à une certaine jeunesse: héroïsme, bravoure, cause noble. Ils rédigent aussi des documents qui vantent les mérites de la lutte armée et la justifient au nom de l’islam. Ils les compilent ensuite dans des bibliothèques virtuelles.

Ils comptent sur certains individus, dans les communautés – qu’elles soient musulmanes ou non – pour répercuter ces productions propagandistes vers les personnes qui y seront sensibles. Ces personnes sensibles sont le plus souvent des jeunes hommes en quête d’aventure, prêts à enrober de spiritualité leur désir d’action. Ce sont aussi, parfois, des jeunes femmes, prêtes à servir une «grande cause», qu’on peut persuader qu’il est possible d’atteindre la sainteté à travers un époux martyr. On laisse alors mijoter le tout un moment.

Il est ensuite temps d’entrer dans la deuxième phase: le contact direct avec les individus. Les jeunes susceptibles de mordre à l’hameçon se manifestent de différentes façons. Ils prennent contact avec les signataires des documents, ils recherchent sur les réseaux sociaux les «héros» des vidéos de bagarre et leur disent toute leur admiration. Ils se convertissent ou commencent à fréquenter plus régulièrement une mosquée, ou des groupes de prière, ou des groupes d’étude du Coran. Que ce soit d’une façon ou d’une autre, ils seront remarqués et un agent du réseau entrera en contact pour la dernière phase du recrutement, le billet d’avion.

Des milliers de personnes qui s’intéressent aux documents créés par l’EI, seule une petite poignée arrivera au fil d’arrivée. C’est suffisant pour les groupes armés.

Remédier à la propagande

Ce système est complexe et a demandé des années de préparation. Il nous dit de l’EI qu’il a à sa disposition des éléments professionnels et compétents. Lorsque le système enregistre des victoires, c’est-à-dire que des individus prennent effectivement l’avion pour se rendre en Syrie afin de combattre, ils servent d’appât pour en convaincre de nombreux autres.

Le remède à cette propagande ne peut être qu’une contre-information. Elle devrait montrer la cruauté et les exactions, dire aux filles qu’elles seront contraintes à l’esclavage et aux assauts sexuels. Dire aussi aux garçons qu’on peut sauver le monde autrement qu’en se faisant sauter avec une ceinture de dynamite ou qu’en décapitant un journaliste.

Et enfin, montrer le vrai visage de l’État islamique, le théâtre de la cruauté et de l’horreur.

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