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Une oasis de longévité au cœur d’une région croulant sous l’obésité

Thelma Johnson, 90 ans, après son entraînement matinal au centre sportif Drayson Center. Pendant que son mari de 88 ans fait des poids et haltères, elle suit la classe d’aérobie, et ce, trois fois par semaine. Elle marche aussi trois kilomètres par jour.
Photo Le Journal de Montréal, Marie-Joëlle Parent Thelma Johnson, 90 ans, après son entraînement matinal au centre sportif Drayson Center. Pendant que son mari de 88 ans fait des poids et haltères, elle suit la classe d’aérobie, et ce, trois fois par semaine. Elle marche aussi trois kilomètres par jour.

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LOMA LINDA | Même si elle abrite plus de centenaires que partout ailleurs en Amérique, la localité de Loma Linda est pourtant plantée au cœur d’une région rongée par l’obésité et infestée par la malbouffe.

Quand un McDonald a voulu s’installer à Loma Linda en 2011, ça a créé un tollé, rien de moins qu’une révolte populaire.

«Les gens ici tiennent à garder leur environnement sain», souligne le Dr Larry Beeson de l’Université Loma Linda.

Le conseil municipal a vite interdit par la suite l’ouverture d’autres restaurants prêt-à-manger avec service de commande à l’auto. Le règlement a été conçu pour «protéger la santé publique, la sécurité et le bien-être de ses résidents».

Ironiquement, Loma Linda se trouve à quelques kilomètres de la ville de San Bernardino, berceau du restaurant-minute. C’est là que l’on a construit le tout premier McDonald en 1940. C’est aussi dans cette région que l’on retrouve un des plus hauts taux d’obésité aux États-Unis.

Toute la ville non-fumeurs

Mais à Loma Linda, ville de près de 25 000 habitants issus de la classe moyenne, tout est propice à un mode de vie sain. Il est interdit de fumer dans toute la ville. Il fait beau et chaud à l’année. La ville est encerclée de collines verdoyantes utilisées par plusieurs comme lieu d’entraînement. Il y a des pistes cyclables partout.

Pas de viande à l’épicerie

Pendant longtemps, il y était interdit de vendre de l’alcool. Il est aujourd’hui encore difficile d’en trouver: seuls les restaurants et les grandes entreprises sont autorisés à en vendre.

Un des deux supermarchés de la ville ne vend ni viande ni café. On trouve, en revanche, un grand nombre de produits à base de soja et une grande variété de légumes. Les étagères de noix et de légumineuses sont à perte de vue.

«Plus de 60% de nos clients sont adventistes, les autres sont étudiants», dit Mike Klein, gérant de Loma Linda Market, la seconde épicerie végétarienne à avoir ouvert ses portes aux États-Unis en 1957.

L’autre grand supermarché de la ville ne vend que des produits bio, et ce, depuis 1972.

Hôpitaux végés

Les six hôpitaux de la ville et l’université Loma Linda ne servent pas de viande dans leurs cafétérias.

«L’université est fermée le samedi, tout comme les magasins. On dit à nos étudiants qui ne sont pas adventistes de se préparer à un autre rythme de vie», explique le professeur Larry Beeson.

Inconnue du grand public, la ville de Loma Linda a été propulsée sous le feu des projecteurs par le livre La zone bleue, qui répertoriait les endroits où on vit le plus longtemps sur terre.

Aujourd’hui, ses citoyens sont fiers de l’étiquette santé de leur communauté. Il n’est pas rare de croiser quelqu’un en ville portant un t-shirt avec l’inscription «Blue Zone». La santé est devenue leur marque de commerce.


La source de leur fontaine de Jouvence

Larry Beeson, Université de Loma Linda
Photo Le Journal de Montréal, Marie-Joëlle Parent
Larry Beeson, Université de Loma Linda

7h30 au Drayson Center, l’immense complexe sportif au cœur de Loma Linda. La musique «dance» est à plein volume. Le cours d’aérobie dure une heure, sans pause, et ferait suer n’importe quel trentenaire, mais les aînés présents en redemandent.

On a réellement l’impression que ce groupe a trouvé le secret de la fontaine de Jouvence.

Ruby Niblack donne des cours d’aérobie et d’aquaforme au centre depuis 18 ans. Des classes spécialement conçues pour les personnes âgées, dont la plus âgée a pas moins de 102 ans.

En passant, à 66 ans, Mme Niblack est elle-même un exemple de vie active. Elle a couru 22 marathons.

Pas de grignotage

Thelma Johnson, 90 ans, est une de ses élèves les plus assidues.

«J’ai grandi sur une ferme, j’ai toujours été active, sauf le samedi, c’est le jour du repos», dit celle qui se lève à 6h tous les matins, prie pendant 45 minutes et mange un petit déjeuner de polenta avant de commencer sa journée.

Son repas du soir est très léger et elle ne mange jamais entre les repas.

«Ce n’est pas bon de faire travailler l’estomac entre les repas», dit-elle.

Mme Johnson jure qu’elle n’a pas touché un morceau de viande depuis son enfance. Elle triche seulement avec des sucreries de temps en temps.

Quand le moral va...

«Être toujours positif est le meilleur truc que je peux vous donner pour vivre longtemps», insiste Carol Warren, 79 ans, croisée avant le cours d’aérobie.

Ses amies Pamela Day, Marilyn Donnelly et Stella Gonzales, toutes âgées de 70 à 84 ans, l’accompagnent plusieurs fois par semaine. Le centre sportif est leur club social.

«Je crois que leur longévité a beaucoup à voir avec la façon dont ils voient la vie. Ils sont très près les uns des autres, s’entraident et font beaucoup de bénévolat», dit Ruby Niblack à propos de ses élèves.


«L’ascenseur, c’est pour les vieux» – Richard Nelson, 95 ans

Chez Richard et Carol Nelson, la santé est une affaire de famille. « Le samedi on va à l’église, on va à la montagne faire de grandes marches, on ferme la télé, l’ordinateur, on se concentre sur notre famille ».
Photo Le Journal de Montréal, Marie-Joëlle Parent
Chez Richard et Carol Nelson, la santé est une affaire de famille. « Le samedi on va à l’église, on va à la montagne faire de grandes marches, on ferme la télé, l’ordinateur, on se concentre sur notre famille ».

«Prendre l’ascenseur, c’est pour les vieux». À 95 ans, Richard Nelson ne fait pas son âge. Ce chirurgien de carrière a opéré jusqu’à l’âge de 87 ans.

Il est aujourd’hui en parfaite santé. «Je fais du vélo stationnaire pendant 30 minutes avant le déjeuner, 30 minutes après le dîner et 30 minutes après le souper», dit-il, fier de sa routine.

M. Nelson est né en 1920 au Japon et a fait sa médecine dans une université adventiste de Tokyo.

Il parle encore couramment japonais et aime surprendre les touristes nippons qui croisent sa route en s’immisçant dans leur conversation.

Carol, sa femme âgée de 93 ans, est née à Shanghai, où ses parents étaient missionnaires pour l’Église adventiste. Elle a fait carrière comme enseignante et thérapeute.

Ils ont vécu une quarantaine d’années au Japon avant de venir s’installer à Loma Linda en 1963 pour l’éducation de leurs enfants.

Des générations de végétariens

Le couple est marié depuis 72 ans. «On a trois enfants, sept petits enfants et sept petits petits enfants. Ils sont tous végétariens», disent-ils.

«On ne fume pas et on ne boit pas. E­n plus, c’est moins cher!», dit M. Nelson, qui ne peut s’empêcher de faire des blagues à toutes les deux phrases.

M. et Mme Nelson croient que leur spiritualité joue un rôle majeur dans leur longévité.

«Nous sommes très croyants, ça enlève beaucoup de stress. Être tolérant, aimer les autres et être positif est aussi la clé», dit Mme Nelson.

Trois kilomètres par jour

Ils vivent depuis deux ans dans une résidence pour personnes âgées adventiste, où un studio coûte près de 1995 $ par mois.

«Ça aide d’être entourés de gens qui vivent comme nous. On a un cercle d’amis sur qui on peut compter», dit-elle.

Ils font de l’exercice quotidien. Pas le cours donné au sous-sol de leur résidence qu’ils considèrent comme trop facile, mais leur propre routine de vélo stationnaire et de marche rapide.

«Pour prendre soin des autres, on doit être bien dans notre corps», dit Mme Nelson qui pendant des années a marché six kilomètres par jour. «Maintenant, j’ai réduit à trois kilomètres par jour».

«Je ne peux pas la suivre, seulement si ma vie en dépendait, elle est trop rapide», ajoute son mari.


Qu’est-ce que les zones bleues?

En 2005, au terme de longues études, le chercheur Dan Buettner et National Geographic ont identifié cinq zones sur terre où les gens vivent plus longtemps, heureux et en santé. On les a alors surnommées les zones bleues. À part Loma Linda en Californie, les quatre autres régions identifiées sont:

Île d’Icarie, Grèce

Une personne sur trois y atteint 90 ans et plus. La topographie générale garde la population active. Les résidents brûlent les calories simplement en marchant d’un endroit à l’autre. Les chercheurs ont constaté que cette population buvait beaucoup de tisanes riches en antioxydants. Leur régime méditerranéen réduirait aussi les risques de maladie cardiaque et prolongerait l’espérance de vie d’environ six ans. Les siestes quotidiennes réduiraient le risque de maladie cardiaque et le risque de dépression.

Péninsule de Nicoya, Costa Rica

Les centenaires de cette région ensoleillée ont fait du travail physique toute leur vie. Les centenaires ont un fort sentiment d’appartenance, ils veulent contribuer à l’intérêt commun. L’alimentation traditionnelle contient beaucoup de farine de maïs enrichie et de légumineuses.

Archipel d’Okinawa, Japon

C’est là que l’on retrouve la deuxième plus grande concentration de centenaires sur terre. Les Okinawaïens ont un régime alimentaire faible en calories à base de plantes; ils mangent jusqu’à 85 grammes de tofu par jour). Beaucoup d’habitants de l’île ont grandi avant la Seconde Guerre mondiale et suivent encore l’adage de Confucius «Hara hachi bu», ce qui signifie: manger jusqu’à ce que l’estomac soit 80% plein.

Sardaigne, Italie

L’isolement des villages montagneux de la Sardaigne a contribué à préserver le mode de vie traditionnel sarde: la famille est une priorité, les aliments sont cultivés localement et l’activité physique fait partie de la vie quotidienne. La viande est réservée aux dimanches et aux occasions spéciales. En Sardaigne, les aînés vivent à la maison. L’isolement de la Sardaigne a toutefois aussi servi d’incubateur génétique, amplifiant certains traits au fil des générations.