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Comment aider nos jeunes en français?

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L’enseignement du français préoccupe. Cette semaine, à partir de la France, le premier ministre Philippe Couillard s’est de nouveau interrogé sur ces ratés.

Dans les rangs des profs, on reconnaît aussi que les difficultés des élèves en français sont bien réelles, selon Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement.

Mais que faire pour redresser la barre? Le Journal a posé la question à des acteurs du réseau de l’éducation, alors que le nouveau ministre, François Blais, vient tout juste d’arriver en poste. Voici cinq pistes de solutions.

1- La lecture, la clé du succès

La recherche a aussi montré que les aptitudes en lecture jouent un rôle crucial dans la réussite scolaire. La FSE a déjà proposé une révision en profondeur des programmes du début du primaire concernant les premiers apprentissages en lecture. Plutôt que d’apprendre à reconnaître les mots d’un coup d’œil, en ayant recours à des «mots-étiquettes», il faut plutôt enseigner clairement aux enfants le son que fait chacune des lettres et le lien entre elles, explique sa présidente, Josée Scalabrini. «Ce sont des changements qui peuvent aider les jeunes et se faire à coût nul», affirme-t-elle, déplorant que cette révi­sion, qui avait été acceptée par l’ancienne ministre Line Beauchamp, n’ait jamais vu le jour. «C’est essentiel et urgent de réactiver ce dossier», ajoute Monique Brodeur.
 
2- Des lettres à la maternelle
 
Plusieurs études ont montré que la connaissance des lettres, dès la maternelle, fait toute une différence dans les aptitudes développées par la suite en lecture. Et les enfants, dès quatre ans, sont en mesure de se familiariser avec l’alphabet, affirme Monique Brodeur, doyenne de la faculté des Sciences de l’éducation de l’UQAM. Présentement, les program­mes du préscolaire ne prévoient que la reconnaissance de quelques lettres par les enfants. «On est en deçà de ce qu’ils sont capables de faire. Ça n’a pas de bon sens», lance Mme Brodeur. La Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE) est d’accord avec ces modifications, tant que cet apprentissage passe par le jeu.
 
3- Réformer la façon d’enseigner
 
De plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer un enseignement «explicite», par opposition à un enseignement par «émergence», souvent associé à la pédagogie par projets, où l’on amène le jeune à «découvrir par lui-même» certains savoirs, une façon d’enseigner qui a été mise de l’avant avec la réforme scolaire. «Ça peut marcher pour les élèves doués, mais pour les autres, donc la majorité, ça ne convient pas vraiment», affirme Clermont Gauthier, professeur à la faculté des Sciences de l’éducation de l’Université Laval. Ce type de pédagogie ne signifie toutefois pas le retour à un enseignement magistral, associé à une autre époque, précise M. Gauthier. L’enseignement expli­cite implique une plus grande participation de l’enseignant pour aider les élèves lorsqu’ils mettent en pratique les règles enseignées. «Il y a beaucoup de résultats de recherche qui montrent que ça fonctionne», affirme-t-il. Mais la résistance dans le réseau de l’éducation est encore vive. Selon la Fédération autonome de l’enseignement, certaines commissions scolaires interdisent à leurs profs d’enseigner de façon explicite, privilégiant plutôt l’approche par découverte associée à la réforme.
 
4- Tout se joue avant sept ans
 
Selon une étude de l’équipe du chercheur Michel Janoz, les difficultés en lecture, en écriture et en mathématiques, dès la première année du primaire, sont un indicateur de décrochage au secondaire. Les difficultés en français, que l’on peut voir apparaître dès l’âge de sept ans, seraient même un facteur de risque aussi important que le statut socioéconomique de l’enfant. Un enfant de famille aisée pourrait donc être aussi à risque de décrocher qu’un élève issu d’un quartier pauvre s’il en arrache en français. Pour éviter que les élèves ne traînent leurs difficultés comme un boulet d’une année à l’autre, il faut intervenir rapidement, répète depuis des années Égide Royer, spécialiste en adaptation scolaire à l’Université Laval. L’intervention d’orthopédagogues et d’autres professionnels peut donner un coup de pouce aux enseignants.
 
5- Redonner au français la place qui lui revient
 
La Fédération des syndicats de l’enseignement considère que le nombre d’heures d’enseignement du français devrait être obligatoire. «On ne doit pas laisser différents projets prendre le dessus sur le français», lance sa présidente, Josée Scalabrini. Le régi­me pédagogique prévoit, par exemple, qu’au début du secondaire, 200 heures devraient être consacrées à l’apprentissage de la langue de Molière. Il s’agit toutefois de temps «indicatif» et non obligatoire. Chaque école peut déroger à la règle lorsqu’elle détermine sa grille-matières. Selon un document du ministère de l’Éducation, environ 60% des groupes d’élèves inscrits dans des programmes particuliers ne reçoivent pas le nombre d’heures recommandé. Les écoles qui offrent l’anglais intensif à la fin du primaire réduisent aussi de moitié le nombre d’heures consacrées à l’enseignement du français, ajoute Mme Scalabrini.

Des signaux d’alarme

  • Les résultats des élèves de cinquième secondaire à l’examen ministériel de français sont en baisse. Le taux de réussite est passé de 91,1% en 2011 à 89,3% en 2014. 
  • Les inscriptions aux cours de mise à niveau en français au cégep sont en hausse de 50% depuis 10 ans.
  • Dans certaines universités, environ 50% des futurs profs échouent au test de certifica­tion en français écrit pour l’enseignement (TECFEE).
  • La réforme scolaire est un échec, selon une récente étude de l’équipe du chercheur Simon Larose.
  • Cette semaine, le premier ministre Philippe Couillard s’est demandé comment un pays pauvre comme Haïti fait pour si bien réussir l’enseigne­ment du français, alors que le Québec «a de la difficulté à le faire».

Autopsie d’un échec

Les résultats des élèves en français sont en baisse au secondaire, malgré un plan d’action pour améliorer l’enseignement du français qui avait été lancé en 2008 par l’ancienne ministre Michelle Courchesne.

Ce plan comprenait 22 mesures, qui allaient de la rédaction d’au moins un texte par semaine à la révision des programmes de français, en passant par des séances de lecture quotidiennes et davantage de soutien et de formation pour les enseignants.
 
L’initiative avait été relativement bien accueillie dans le milieu de l’éducation. «Ce n’est pas le plan qui était le problème, c’est plutôt le suivi qui a été un échec», résume Suzanne Richard, ancienne présidente de l’Association québécoise des professeurs de français, qui a siégé au comité de ce plan d’action.
 
«Mort dans l’oeuf»
 
Aucune évaluation n’a été faite, si bien qu’il est impossible aujourd’hui de savoir quelles mesures ont été mises en place. «On ne sait pas ce qui a été fait. Tout ça est mort dans l’œuf», déplore Mme Richard.
 
En décembre, l’ancien ministre Yves Bolduc avait annoncé l’élaboration d’une «stratégie ministérielle» pour améliorer l’enseignement du français, sans aucune référence au plan d’action déjà mis de l’avant. Reste à voir si le nouveau ministre, François Blais, poursuivra dans cette voie.
 
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