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Ludger Duvernay, un héros qui n’a rien d’un mouton

Ludger Duvernay /
 Lettres d’exil, 1837-1842
Georges Aubin 
et Jonathan Lemire
VLB éditeur
photo courtoisie Ludger Duvernay / Lettres d’exil, 1837-1842 Georges Aubin et Jonathan Lemire VLB éditeur

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En lisant Les lettres d’exil de Ludger Duvernay et surtout l’excellente introduction de Georges Aubin et Jonathan Lemire, force est d’admettre que les journaux et les imprimeries ont joué un rôle important dans le mouvement patriotique au 19e siècle. On comprend mieux pourquoi Yves Michaud tenait tant à mettre sur pied un journal indépendantiste comme Le Jour, au milieu des années 70.

Ludger Duvernay fait partie de ces journalistes qui n’hésitent pas à prendre la parole et la plume pour défendre leurs idées. Le mot neutralité ne semble pas exister à cette époque de grands débats. Toute sa vie gravitera autour de journaux engagés en faveur d’une cause, celle de la libération du Canada du joug de l’Angleterre.

À 14 ans, Duvernay est embauché dans une imprimerie pour y apprendre les rudiments du métier. Très tôt, il assume des tâches de responsabilités au sein du journal Le Spectateur. Quatre ans plus tard, il se lance en affaires et ouvre sa première imprimerie. Il y publiera La Gazette des Trois-Rivières, le premier hebdomadaire à voir le jour en dehors des villes de Montréal et de Québec, un journal qu’il qualifie de «politique et littéraire».

Fort de son expérience, il revient à Montréal pour ouvrir une autre imprimerie et prendre les rênes de La Minerve, un journal patriote dans lequel il publiera plusieurs articles qui lui vaudront d’être condamné à la prison et à l’amende, pour «libelle diffamatoire».

Résistance

En raison de ses nombreux démêlés avec les autorités coloniales, il devient rapidement un héros populaire, dans le sillage de Louis-Joseph Papineau. En 1834, il fonde la société «Aide-toi et le ciel t’aidera», une organisation «qui jettera les bases de la future Société Saint-Jean-Baptiste [...] un lieu de réflexion destiné aux réformistes désireux de discuter de l’état du pays.» Le 24 juin, jour de la Saint-Jean-Baptiste, «Ludger Duvernay inaugure la première fête nationale des Canadiens français». Il proposera même d’adopter «la feuille d’érable comme emblème national du Canada». Ce Canada, c’était essentiellement celui des descendants des Français de France.

De tempérament bouillant et ne détestant pas la polémique, il n’accepte pas le mensonge et la calomnie. Il provoquera maintes fois en duel au pistolet ses détracteurs, mais il s’en sortira toujours, sans trop de dommages.

À automne 1837, des affrontements armés éclatent entre les patriotes et l’armée coloniale. Le gouverneur Gosford ferme La Minerve et les presses sont saccagées. Il émet des mandats d’arrestation contre 26 leaders patriotes. Pour échapper à la pendaison, Duvernay s’exile pendant près de cinq ans aux États-Unis.

Considéré comme le père de la société secrète des Frères chasseurs, Duvernay sera la pierre angulaire de la résistance à l’extérieur du pays. «Chaque petit village frontalier américain se trouve sous le leadership d’au moins un chef patriote.» Contrairement à Papineau, lui aussi en exil, Duvernay fera le coup de feu contre l’ennemi anglais.

Mais l’exil est un terreau fertile pour les chicanes, de sorte qu’il sera impossible d’organiser une riposte solide pour reprendre le Bas-Canada aux Anglais. Même en exil, il continue de croire que les idées doivent être diffusées et il publie un hebdomadaire, Le Patriote canadien.

Voici un des personnages les plus fascinants de notre histoire, un visionnaire qui s’était donné comme mission d’informer et d’éduquer son peuple. J’irais jusqu’à le comparer à José Marti, l’apôtre de la lutte pour l’indépendance de Cuba. À quand un film sur Ludger Duvernay?