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Ils craignent qu’Ottawa ne vende « leurs » terres

L’ultime bataille des expropriés de Mirabel

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Photo le Journal de Montréal, Nathalie Deraspe Albert Gingras rêve de racheter l’érablière familiale. Il se bat depuis des décennies aux côtés de Marcel Denis, président du Comité des 11 000 acres et président du Syndicat de l'UPA de Sainte-Scholastique–Mirabel.

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MIRABEL | Des expropriés de Mirabel se battent encore pour récupérer leurs terres perdues en 1969. Ils craignent maintenant qu’Ottawa ne les vende au grand public.

En 2013, Ottawa a décidé de mettre fin au programme de rétrocession des terres qu’il avait mis en place en 2006 avant que tous les expropriés puissent racheter les dernières terres disponibles. Il resterait 1000 des 11 000 acres à revendre à une dizaine de familles.

«L’insulte là-dedans, c’est qu’en 2010, le fédéral a demandé aux expropriés s’ils avaient de l’intérêt pour ces lots-là et ils ont dit oui. Aujourd’hui, ils ne peuvent plus les racheter», s’indigne Marcel Denis, président du Comité des 11 000 acres et président du Syndicat de l’UPA de Sainte-Scholastique–Mirabel.

Si Ottawa ne revient pas sur sa décision, les terres seront vendues au public.

Promesse

«Il faut que ça se règle avant les élections», martèle Marcel Denis. «C’est une question de justice, renchérit Albert Gingras, un agriculteur impliqué dans le dossier depuis 30 ans. Ç’avait été signé et entendu qu’on avait priorité. De savoir que quelqu’un d’autre va profiter de la ferme de mon père, ça m’arrache le cœur. Là, il est rendu en CHSLD. Mais je veux récupérer sa terre en sa mémoire.»

Près de 45 ans après avoir expulsé 3200 familles pour construire l’aéroport de Mirabel, le gouvernement fédéral refuse de compléter la rétrocession des terres expropriées en trop.

«C’était la première promesse des conservateurs en 2006 et elle n’est pas encore complétée», lance Marcel Denis.

Au tournant des années 70, des milliers de résidents établis de Sainte-Anne-des-Plaines à Lachute ont été chassés de leurs terres pour que l’aéroport international de Mirabel s’installe. Un territoire qui s’est avéré 15 fois trop grand. Ce n’est qu’à partir de 1984 que les terres inexploitées ont été revendues aux expropriés et à leurs héritiers.

Albert Gingras espère racheter la terre familiale pour que sa relève puisse en bénéficier. «Mon père et son oncle avaient une érablière et on exploitait une ferme laitière avec une trentaine de têtes. Avec l’expropriation, j’ai vu mon père arrêter de vivre. On s’apprêtait à agrandir.»

1000 acres de discorde

Le maire de Mirabel, Jean Bouchard, s’explique mal la décision du fédéral, d’autant plus qu’il ne reste que 1000 acres à rétrocéder. «La Ville vient d’adopter une résolution en appui à l’UPA et demande au gouvernement de rouvrir le programme.» De son côté, le Comité des 11 000 acres multiplie les démarches et interpelle les partis d’opposition afin de faire fléchir le gouvernement conservateur.