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L’outil de transparence qui n’est pas transparent

Le controversé tableau de bord informatique du gouvernement présente encore des anomalies

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Des projets informatiques en pleine déroute «progressent comme prévu», selon les prétentions des ministères et organismes responsables des échecs.

Des projets informatiques en pleine déroute «progressent comme prévu», selon les prétentions des ministères et organismes responsables des échecs.

C’est bel et bien ce qu’on peut lire sur le nouveau «tableau de bord» des projets informatiques du gouvernement du Québec, édition revampée par le Conseil du trésor du Québec.

Créé dans un souci de transparence, ce tableau de bord est un site internet gouvernemental qui affiche la progression (échéanciers et coûts) des différents projets informatiques des ministères et organismes québécois. Il a été relancé peu de temps avant les Fêtes, alors qu’il semblait à l’abandon depuis plusieurs mois.

Cependant, il ne présente toujours pas les projets des réseaux de l’éducation et de la santé qui, à eux seuls, représentent près de la moitié des3 milliards dépensés par le Québec chaque année en informatique. Impossible donc d’en savoir plus sur le désastreux Dossier santé Québec.

Coiteux veut l’améliorer encore

Le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, promet que les informations concernant le réseau de la santé y seront affichées en 2015, lui qui semble le premier irrité de ne pas pouvoir obtenir tous les chiffres.

Il admet que le tableau n’est pas d’une transparence incontestable, mais il souligne qu’il s’agit d’un pas dans une meilleure direction et qu’il compte continuer d’améliorer l’outil.

Entre-temps, même si le tableau a effectivement été amélioré par M. Coiteux, notre Bureau d’enquête a pu constater que même si des organismes y indiquent que leurs projets sont en parfaite santé, le nouveau tableau permet plutôt de montrer clairement que ce n’est pas toujours le cas.

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Brèves

600 000 $ de plus

Pour l’implantation d’un projet d’identification informatique, le ministère de la Sécurité publique dépensera près de 600 000 $ de plus que prévu. Pourtant, sur le tableau de bord, le ministère indique que «le projet progresse comme prévu». La justification du ministère est aussi imprécise. On y raconte que le projet a du retard alors que ce n’est pas le cas, tandis que le dépassement des coûts n’est pas justifié.

Le bonheur malgré la dérape

La Commission de protection du territoire agricole du Québec a lancé un projet pour renouveler ses ordinateurs. Dans la case «appréciation de l’organisme» sur le tableau de bord, la Commission a décidé d’inscrire que le projet «progresse comme prévu».

Pourtant, on prévoit déjà payer près de 80 000 $ de plus que prévu pour ce projet qui devait se terminer en mars dernier. Il se terminera dans plus d’un an.

Les explications de l’organisme pour justifier les écarts sont aussi plus qu’étonnantes.

L’organisme ne fournit, en fait, aucune explication. On y mentionne seulement que les travaux «avancent rondement» et qu’ils ont fait «d’importantes économies».

Explications boiteuses

Le ministère de l’Immigration peine à venir à bout de la création d’une base de donnée informatique. Le tout devait se terminer en février 2013. La fin révisée est près de deux ans plus tard. Le ministère

juge tout de même que le projet «progresse comme prévu». Comme explication du retard, le ministère n’en donne tout simplement pas, et il répond complètement autre chose en mentionnant qu’il n’y aura pas de dépassement de coût et que le retard a été «accepté».

Retard de 200 %

Un projet du ministère de la Sécurité publique semble dépasser toutes les limites quant aux retards. Le projet de «système d’écoute électronique» a démarré en 2009 et devait finir en 2011. La fin révisée: 2015. Le ministère inscrit malgré tout que le projet «progresse comme prévu». Le retard est attribuable au «processus administratif», expli­que le ministère qui qualifie le dossier de «très complexe».

Problème de calculatrice

Le ministère des Transports a lancé un système infor­matique de gestion qui se terminera avec au moins un an de retard, au double du coût prévu, soit 287 000 $. «Le projet progresse comme prévu», indique pourtant le gouvernement sur son tableau de bord, dans la case réservée à l’évaluation du ministère.

L’explication de l’explosion des coûts: le coût initial n’incluait pas les ressources internes. Le ministère a donc étrangement calculé un projet informatique sans penser à y inclure les frais de main-d’œuvre...

7,5 M$ de plus

Le ministère de la Sécurité publique est responsable d’une autre gaffe, celle du système de radiocommunications policières. Le tableau de bord permet de découvrir que ce projet est retardé de… cinq ans et coûtera 48 M$, soit 7,5 M$ de plus que prévu.

L’explication est simple: ce projet est dépendant au déploiement raté d’un autre projet, soit le RENIR, un vaste réseau de radiocommunications pour les services d’urgence. RENIR devait se terminer en 2008 pour 144 M$. Il n’est pas terminé et sa facture dépassera le milliard, a récemment révélé Le Journal de Québec. Le tableau de bord permet ainsi de découvrir que l’échec RENIR occasionne aussi des dépassements de coût dans un autre projet.

Une date embarrassante a disparu

Impression

La deuxième des sept phases du projetSAGIR, soit SAGIR2, a été implantée au printemps dernier, soit en retard de quatre ans.

Le monstrueux projet SAGIR vise la modernisation des systèmes de gestion de la fonction publique. Les coûts globaux sont passés de 83 M$ à plus de 1 G$.

Dans le nouveau tableau de bord, ce retard de quatre ans de cette deuxième phase n’existe plus.

Le gouvernement a scindé la phase en deux nouvelles phases.

Cela permet notamment de seulement présenter le retard d’un an de la deuxième partie de la phase.

Le retard global de quatre ans de SAGIR2 n’est donc plus affiché.