/opinion/columnists
Navigation

Les pots cassés

Coup d'oeil sur cet article

Qu’elle soit dénouée ou non, la crise qui secoue le CHUM laissera des traces. Les démissions fracassantes de son directeur général Jacques Turgeon et de plusieurs membres du conseil d’administration ne sont pas des événements anodins.

Ce n’est pas tous les jours que le patron d’un grand hôpital universitaire claque la porte en accusant le ministre de la Santé d’ingérence politique, d’intimidation et de favoritisme. Bref, d’abus de pouvoir. Pas étonnant que le «dossier» ait été transféré illico au bureau du premier ministre pour tenter de convaincre M.Turgeon d’annuler sa démission.

Or, même si Philippe Couillard réussit, réparer les pots cassés ne sera pas facile. Primo, son ministre étant connu pour sa méthode «forte», les critiques de la direction sortante du CHUM n’en paraissent que plus crédibles.

Secundo, la crise actuelle est avant tout le produit des pouvoirs exceptionnels d’intervention et de nomination que le ministre s’est lui-même donnés par son projet de loi 10 adopté sous le bâillon.

Rappel à l’ordre

Fort de l’appui d’une opinion fatiguée d’un système dysfonctionnel, le ministre Barrette réduit cette crise à une «chicane de médecins». La réalité lui fait porter une part plus substantielle du blâme.

Une autre erreur serait de réduire cette crise à un énième épisode de la longue «saga» du CHUM. Depuis 1999, ce mauvais vaudeville doit se terminer, enfin, sur l’ouverture en 2016 du nouveau CHUM. Son coût estimé à plus de 3 milliards $ s’ajoutera à celui de son pendant anglophone, le CUSM, enfanté dans la fraude et les pots-de-vin.

La situation du CHUM prenait toutefois du mieux sous Jacques Turgeon. Rappelons qu’en 2013 seulement, le CHUM avait vu son patron Christian Paire partir dans la controverse et une commission parlementaire dénoncer sa gouvernance trouble. Sans compter un rapport cinglant du Vérificateur géné­ral.

C’est à croire qu’en déléguant la construction de grands hôpitaux à des partenariats publics-privés, nos élus ont laissé bien des renards se faufiler dans le poulailler du système de santé.

La grenouille et le bœuf

Comme dans la fable de La Fontaine, la saga du CHUM rappelle aussi que depuis 20 ans, nos premiers ministres ont voulu léguer les plus «grands» hôpitaux du continent. Le tout, pendant que les Québécois ont encore du mal à voir un médecin...

Le syndrome de la fusion et de la centralisation les a aussi gagnés. Le projet de loi 10 qui, entre autres, permet au ministre de nommer tous les PDG du système de santé, en est l’ultime expression. Même si les fusions économisent peu et éloignent les «déci­deurs» de leurs «clientèles», c’est-à-dire nous, le syndrome perdure.

Aujourd’hui, parce que les accusations d’abus de pouvoir fusent du plus grand centre hospitalier universitaire du Québec, cette crise est un rappel à l’ordre musclé pour Philippe Couillard. Mais l’entendra-t-il?

Considérant la combinaison d’une vision gouvernementale cherchant à réduire le rôle de l’État et d’une réfor­me Barrette imposée par la méthode forte, une remise en question de l’ensemble de l’œuvre semble peu probable.

À moins d’un miracle...

*****

Vous désirez réagir à cette chronique dans nos pages Opinions? Écrivez-nous une courte lettre de 100 à 250 mots maximum à l'adresse suivante: jdm-opinions@quebecormedia.com .