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Les vaccins, l’autisme, la science et la politique

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Pour ce premier billet, j’ai choisi d’écrire sur une question qui me touche et sur laquelle j’ai deux ou trois choses à dire. Il s’agit de la croyance, clairement démentie par la science, selon laquelle la vaccination des enfants est liée à l’autisme.

Alors que j’entame ma collaboration avec ce Journal en tant que blogueur et chroniqueur, je me suis permis d’y insérer quelques éléments de réflexion sur la place d’un politologue dans l’univers du commentaire médiatique.

Une croyance alarmante

Au sujet du lien entre la vaccination et l’autisme, un sondage rendu public hier indique que près de 80% des parents d’enfants en âge d’être vaccinés et qui ne le sont pas déjà ne souhaitent pas que leur enfant reçoive le vaccin RRO, pour plusieurs d’entre eux à cause d’un lien présumé avec l’autisme.

Au moment où on assiste à un retour en force de la rougeole, c’est alarmant.

Les opposants aux vaccins ont-ils raison? Faut-il éviter de faire vacciner ses enfants pour les protéger de l’autisme? Non. Le consensus scientifique est catégorique: les vaccins ne causent pas l’autisme. Point final. La seule recherche qui soutenait le contraire a été démontrée comme frauduleuse. Si c’est tout ce que vous vouliez savoir, pas besoin d’aller plus loin. 

On me dira que je ne suis pas médecin et que je ne peux pas conclure si rapidement. Non, je ne suis pas médecin, mais je suis un universitaire et un scientifique. En recherche universitaire, il y a des critères reconnus pour distinguer les études fiables des études bidon. Les scientifiques n’ont pas mis le doigt définitivement sur ce qui cause l’autisme, mais le consensus scientifique soutient à un degré très élevé de certitude que ça n’a rien à voir avec la vaccination.

Pourtant l’insistance de certains médias à prêter un porte-voix à ceux qui défendent la thèse d’un lien de causalité, par souci « d’équilibre », alimente de fausses croyances dans le public, qui pourraient avoir des effets dévastateurs sur la santé publique en alimentant la peur des vaccins. La même chose est vraie pour la climatologie, où 97% des scientifiques acceptent la réalité du réchauffement global, mais les médias donnent malgré tout aux « climato-sceptiques » un espace démesuré pour exposer leurs thèses douteuses.

Qu’est-ce que cela a à voir avec un universitaire qui se mêle d’écrire dans les médias? Plus qu’on pense. En science politique, même si la discipline est animée de vifs débats et peu portée au consensus, les analyses et les interprétations ne se valent pas toutes. Commenter ou analyser les événements politiques, pour un politologue, c’est plus que ressasser des croyances et des préconceptions. Il faut s’efforcer de fonder nos analyses sur les connaissances les mieux établies possibles, tout en admettant les limites de nos outils d’analyse et l’incertitude de nos prédictions. Quant à l’équilibre, si cher aux médias, ce n’est pas un souci que les scientifiques devraient nécessairement partager. Il n’y a rien de mal à être biaisé si on penche du côté des faits.

L’objectivité ne signifie pas le détachement

Mais revenons-en à la question des vaccins et de l’autisme. On me reprochera peut-être, dans mon rejet de la thèse d’un lien de causalité, d’être trop détaché ou de manquer d’empathie à l’endroit des familles qui vivent avec l’autisme.

En fait, si je dis que cette question me touche, ce n’est pas une figure de style. En l’an 2000, un de mes fils recevait un diagnostic d’autisme sévère et permanent, alors même que la thèse du lien de causalité avec la vaccination n’avait pas encore été démontrée frauduleuse et était considérée crédible. Comme beaucoup d’autres parents, j’ai cru pendant un temps que ce lien était plausible, mais j’ai été amené à changer d’opinion à la lumière de travaux scientifiques plus convaincants.

En tant qu’analyste politique aussi, quand des faits avérés ou des arguments solides me contredisent, il m’arrive de changer d’opinion.

Malheureusement, dans le cas des vaccins, beaucoup de parents sont restés solidement ancrés dans la croyance d’un lien de cause à effet, et cette croyance demeure largement imperméable aux arguments scientifiques. C’est aussi le cas de trop nombreux participants aux débats politiques, qui persistent à soutenir certaines opinions même si elles sont manifestement contredites par les faits ou la logique.

Quand les croyances l’emportent sur la connaissance

La peur des vaccins est compréhensible, car il est plus réconfortant d’attribuer le handicap de son enfant à une cause bien identifiée que de vivre dans l’inconnu. Mais la persistance de telles croyances sans fondement scientifique a plusieurs effets néfastes.

Je ne ferai que mentionner l’impact dévastateur de la non-vaccination sur la santé publique, qui est amplement documenté.

Je soulignerai plutôt deux autres effets, moins connus. D’abord, dans le domaine de l’autisme, la mobilisation de certaines associations contre les vaccins a détourné de grandes quantités d’énergie et de fonds qui auraient été beaucoup mieux ciblés à développer des ressources et des thérapies pour venir en aide concrètement aux autistes. Quel gaspillage!

D’autre part, la pseudoscience de l’autisme a suscité de faux espoirs de guérison chez de trop nombreux parents. Au mieux, ces parents ont jeté leur dévolu sur des aidants bien intentionnés mais mal informés, qui leur ont donné l’illusion d’aider leur enfant sans faire trop de mal. Au pire, certains parents et leurs enfants ont été victimes de charlatans.

On me dira, enfin, que ça me touche un peu trop; que l’analyste « objectif » ne devrait pas faire des commentaires sur des sujets qui l’engagent si profondément. Mais on peut être objectif sans être parfaitement détaché de son objet d’analyse. L'objectivité me semble même nécessaire à un engagement lucide. Par ailleurs, ce n’est pas parce qu’on peut changer d’opinion lorsque la réalité le commande qu’on n’a pas de convictions. L’analyste, avant d’être un professeur, un chercheur, un chroniqueur ou un blogueur, demeure un citoyen et, dans ce cas-ci, un père. 

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