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C-51 : Sommes-nous terrorisés?

C-51 : Sommes-nous terrorisés?
Photo AFP

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Les Conservateurs forcent actuellement l’adoption rapide d’une loi « antiterroriste » décriée de toute part. Cependant, les sondages disent que les Canadiens, malgré les menaces, tiennent à leurs libertés.

Plusieurs analystes estiment que Stephen Harper aurait choisi de faire de la sécurité un thème central de la prochaine campagne électorale. D’où l’empressement des Conservateurs à forcer l’adoption avant les élections du projet de loi C-51 en soutenant qu’ils sont appuyés par une écrasante majorité des Canadiens.

Sauf que, outre le fait que des sondages montraient aussi que l’écrasante majorité des Canadiens ignoraient le contenu de C-51, d’autres sondages mettent aussi en doute le fait que les électeurs seraient préoccupés par les questions liées à la sécurité et au terrorisme au point de sacrifier leurs libertés.

Ainsi, dans un premier sondage réalisé des 4 au 10 février dernier, la firme EKOS a obtenu les réponses suivantes à la question à savoir quel est l’enjeu le plus important pour les prochaines élections fédérales :

Enjeu le plus important?

Canada

Québec

Situation de la classe moyenne

43,5 %

53,9 %

Environnement et changement climatique

18,6 %

18,9 %

Terrorisme et sécurité

17,8 %

13,5 %

Réforme démocratique

12,4 %

9,7 %

Ne sait pas/sans réponse

7,7 %

1,5 %

 

Comme on le constate, la question du terrorisme et de la sécurité est loin d’être une priorité au Canada, et encore moins au Québec.

Un second sondage EKOS plus récent (25 février-3 mars) est encore plus révélateur. Car EKOS pose régulièrement la même question depuis les attentats du 11 septembre 2001, soit : dans quelle mesure les répondants sont-ils d’accord ou en désaccord que la police et les agences de renseignement devraient obtenir plus de pouvoirs pour assurer la sécurité même si cela signifie renoncer à certaines garanties de protection de leur vie privée personnelle.

 

Canada

Québec

Désaccord

39,9 %

38,0 %

Ni un, ni l’autre

24,6 %

33,2 %

Accord

28,9 %

23,9 %

Ne sait pas/sans réponse

6,7 %

4,9 %

 

Moins de 3 Canadiens sur 10 (moins de 1 Québécois sur 4) sont d’accord.

Plus notable encore est la tendance. Au lendemain du 11 septembre 2001, plus de 3 Canadiens sur 5 (au-delà de 60 %) étaient d’accord à renoncer à certaines garanties. Mais cela a chuté très vite dans les semaines qui ont suivi (moins de 50 %). Et cela ne cesse depuis décroitre depuis jusqu’à seulement 28,9 % aujourd’hui (23,9 % au Québec)

Il y a bien eu un retour en pointe momentanée selon les évènements du moment (par exemple, les attentats de Saint-Jean-sur-Richelieu et Ottawa). Cependant, la tendance générale à la baisse de l’accord (et celle à la hausse du désaccord) a toujours aussitôt repris et s’est confirmée ensuite.

Ces chiffres ne signifient pas que la question de la réponse au terrorisme ne permet pas aux Conservateurs de se démarquer électoralement des Libéraux et Néodémocrates. Ni que cette question ne pourrait faire la différence dans plusieurs comtés clés.

Mais EKOS note qu’à l’extérieur de certains éléments formant le noyau dur des électeurs conservateurs, une très claire majorité des Canadiens s’opposent à l’érosion de leurs libertés civiles. Donc, la population canadienne serait actuellement beaucoup plus divisée sur C-51 que ce que les premiers sondages réalisés sur ce projet de loi ont pu laisser croire.

Bref, oui le terrorisme inquiète. Mais, pour l’essentiel, la population canadienne n’est pas terrorisée. Et une majorité tient à préserver ses libertés civiles et ne pas permettre au Canada de devenir, ni une société de surveillance, ni une société où l’arbitraire pourrait prendre le pas sur l’État de droit.

À partir de là, trois questions demeurent.

Premièrement, l’opinion évoluera-t-elle de plus en plus défavorablement à C-51 au fur et à mesure où la population en comprendra mieux le contenu et les enjeux? Probable que oui si on se fie aux tendances lourdes de l’opinion et aux critiques qui viennent de toute part, y compris des alliers de la police et des agences de renseignements.

Deuxièmement, les Conservateurs renonceront-ils à jouer la carte de la terreur aux prochaines élections? Fort probablement non, car c’est un enjeu qui leur permet de raffermir leur base et d’offrir une option électorale nettement distincte de celles des autres partis.

Mais en pratique troisièmement, les Conservateurs pourraient-ils assouplir et bonifier C-51 afin de mieux se concilier avec l’opinion d’une majorité de Canadiens? Cela semble tout à fait possible si les détails, implications et enjeux du projet de loi deviennent de plus en plus clairs et les critiques de plus en plus visibles, audibles et comprises.

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Pour joindre Pierrot Péladeau

 

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