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Frappe de l’UPAC : si pire que ça ?

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Photos Archives / Agence QMI

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L’impression de plusieurs dans le monde informatique, à la suite de la kyrielle d’arrestations du l’UPAC mercredi concernant une fraude informatique soupçonnée, c’était : «voyons donc, ce n’est pas si pire que ça ce qu’ils ont fait».

Même si ce n’est pas si pire selon eux, cela confirme que l’UPAC s’en contrefiche si des pratiques louches sont répandues et implicitement tolérées dans le domaine. Pour l’UPAC, un crime, c’est un crime, point final.

Moi, je trouve ça si pire, si les allégations s’avèrent, c’est en plein ça de la corruption. Ça ne prend pas toujours un paradis fiscal, un gangster, des activités nautiques et une mallette. Mais, je comprends un peu la réaction. J’ai écrit récemment sur ce genre de corruption tolérée.

Pour décrocher des contrats, il faut parfois développer une relation avec les bonnes personnes. Il faut s'arranger pour que le donneur de contrats se sente redevable ou dépendant envers nous ou notre produit sans se faire pincer pour échange de faveurs. Mais là, visiblement, des gens se sont fait pincer, selon les allégations des enquêteurs de l’UPAC.

Pas juste de l'incompétence

Il faut éviter de généraliser et de se laisser noyer par le cynisme. C’est une minorité de croches qui font mal à la majorité. Mais les problèmes existent et ils nous coûtent cher. Les dépassements de coûts en informatique ne sont pas seulement provoqués par de l’incompétence. Il faut se rendre à l’évidence. Les preuves s’accumulent.

Pourquoi l’UPAC a-t-elle frappé hier ? Parce que deux fonctionnaires se seraient arrangés pour aider deux firmes privées à remporter un contrat à octroyer par le ministère de ces fonctionnaires. Et le contrat n’a même pas été donné. Donc la fraude alléguée n’a pas coûté un cent aux contribuables (sauf pour l’enquête).

L’UPAC a dû trimer très dur pour être en mesure d’avoir une preuve assez solide. Le stratagème est simple, mais il devait tellement être complexe à prouver.

En entrevue avec Benoit Dutrizac, le patron de l’UPAC, Robert Lafrenière, a parlé de cette complexité lorsqu’il s’est fait demander s’il y avait des similitudes avec l’industrie de la construction : « le milieu est très différent. Ça demande des gens qui sont très très informés de la chose. Ça nous prend des experts».

Alors oui, l’UPAC a fait un travail colossal qui mérite d’être souligné.

Remue-méninges

Mais je regarde une histoire comme celle-ci (lien) que j’ai publiée en 2013 alors qu’une firme informatique a remporté un appel d’offres qu’elle a en partie élaboré, à quatre reprises. C'était aussi à Revenu Québec et les contrats totalisant 25 M$ ont été octroyés, contrairement à la fraude présumée par l'UPAC hier.

Ou je regarde une histoire comme celle-là (lien) qui date du printemps 2014, concernant IBM, dont des hauts dirigeants québécois ont été arrêtés par la frappe de l’UPAC hier. IBM avait obtenu un contrat de 20 M$ sans appel d’offres. La firme avait déjà été choisie avant même que le ministère fasse l’étude obligatoire pour assurer qu’il soit justifié et légal de ne pas aller en appel d’offres.

Et combien de fois ont été présentées des histoires où l’appel d’offres était clairement dirigé vers une seule entreprise. Difficile de ne pas croire qu’il n’y pas eu d’échanges privilégiés entre le donneur d’ouvrage et le privé. Mais il faut le prouver hors de tout doute et ce n’est pas évident.

C’est triste, mais des histoires qui ressemblent à celle mise au grand jour par l’UPAC, hier, ne semblent pas si rarissimes. Est-ce que l’UPAC a voulu lancer un message en frappant très fort pour une fraude alléguée qui n’a rien coûté aux contribuables ? Les individus arrêtés sont-ils victimes d’une volonté de l’UPAC de faire peur aux fraudeurs dans le domaine ?

Pantoute, l’UPAC enquête et tire sur la sonnette quand elle juge qu’un crime a été commis. C’est tout. Mais en même temps, bien que ce n’était pas l’objectif, l’effet c’est: attachez vos tuques parce que l’UPAC ne fait que commencer en informatique et elle n’entend pas être indulgente même si certaines fraudes ou tours de passe-passe ont toujours été tacitement reconnues dans le domaine de l’informatique.

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