/misc
Navigation

L’UPAC frappe, le «bordel informatique» demeurera

Assemblée nationale du Québec
SIMON CLARK / JOURNAL DE QUEBEC

Coup d'oeil sur cet article

L’annonce des arrestations contre des employés de Revenu Québec, IBM et EBR a évidemment fait les manchettes. Les réactions politiques, elles, ont suivi un scénario trop prévisible qui ignore un élément clé du problème.

Sensation de déjà vu.

D’un côté, le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, se félicite de la bonne nouvelle qui prouve que « le système que nous avons mis en place porte ses fruits, il fonctionne! »

De l’autre, les députés Sylvain Roy du Parti québécois, Éric Caire de la Coalition Avenir Québec et Amir Khadir de Québec solidaire ont, chacun à leur tour, affirmer qu’au contraire, il s’agit de la preuve de la nécessité d’une enquête publique sur l’informatique à Québec.

Évidemment, cela ressemble drôlement à une redite des débats qui ont précédé la création de la Commission Charbonneau.

Pourtant, les problèmes rencontrés en informatique ne ressemblent guère à ceux en construction. Qu’on me pardonne de me citer moi-même :

« Ce bordel n’est fondamentalement pas de nature criminelle ou frauduleuse. Plutôt, ce serait l’état de bordel qui ouvrirait des opportunités à la fripouille. » (Quels balais contre le bordel informatique à Québec?)

Il n’y a qu’à jeter un coup d’œil à la longue liste du Tableau des raisons pour une enquête publique sur l’informatique à Québec pour s’en convaincre. Cette liste deviendra d’autant plus longue que, dans mon prochain billet, je l’augmenterai des questions et problèmes que la série d'enquêtes « Le bordel informatique » soulève.

Domination culturelle

Loin d’être d’abord affaire de magouille, ce « bordel informatique » est fondamentalement un problème culturel.

La moindre conseillère municipale et les citoyens qui l’ont élue savent ce qu’est une rue, un pont ou un aréna et savent en discuter en termes politiques. Et les médias font échos à ces discussions, souvent relevées, dans l’espace public et dans la population.

Or, c’est l’exact inverse avec l’informatique : peu de gens comprennent ce qu’est un système informatique de gestion, un entrepôt de données ou un réseau de stockage.

Et encore moins de gens savent discuter de projets informatiques en termes politiques.

J’en ai donné ici plusieurs fois des exemples en parlant de divers projets des débats publics, notamment sur des projets de carte et dossier santé, ou de réseautage interétablissement.

Tant que nous ne saurons pas discuter publiquement des projets informatiques appelés à transformer nos services publics ou nos rapports entre citoyens et administrations publiques, nous continuerons à abandonner les prises de décisions clés à une poignée de technocrates et de fournisseurs, souvent en fonction de ce qui sert leurs propres intérêts.

Députés, éduquez-vous! Éduquez- nous!

Les Coiteux, Roy, Caire et Khadir peuvent bien se disputer sur la meilleure manière de contrer la fripouille informatique qui nous volerait, dilapiderait nos précieuses ressources ou nous désorganiserait.

J’attends plutôt des Coiteux, Roy, Caire et Khadir et autres élus qu’ils admettent d’abord qu’eux, leurs partis, nos institutions parlementaires et démocratiques ainsi que nous, la population, ne savons pas discuter d’informatique.

J’attends donc des Coiteux, Roy, Caire et Khadir et autres élus se décident à se donner – et nous donner donc – les formations, documentations, lieux et modes de discussion et de reddition de compte qui permettront de comprendre et discuter intelligemment des dimensions sociales, légales, éthiques et politiques d’un projet d’informatisation et des très différentes options envisageables pour le réaliser.

L’informatisation de l’administration publique et de la société entière n’en est qu’à ses débuts. Coiteux, Roy, Caire et Khadir et autres élus : voulez-vous en préserver la maitrise démocratique? Ou préférez-vous continuer à abandonner de plus en plus cette maitrise aux technocrates et fournisseurs pas toujours plus bas soumissionnaires?

*****

Vous désirez réagir à cette chronique dans nos pages Opinions? Écrivez-nous une courte lettre de 100 à 250 mots maximum à l'adresse suivante: jdm-opinions@quebecormedia.com .