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Gilles Courteau en a vu de toutes les couleurs en 40 ans

Gilles Courteau
Photo Le Journal de Montréal, Chantal Poirier Gilles Courteau

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Pour utiliser une expression typiquement québécoise, on peut dire au sujet de Gilles Courteau qu’il a la «couenne dure».

Le commissaire de la Ligue de hockey junior majeur du Québec en est à sa 40e année à l’emploi du principal circuit de hockey junior au Québec et il en a vu de toutes les couleurs.

Sous sa gouverne, la Ligue s’est métamorphosée au fil des décennies. L’expansion dans les Maritimes a été son meilleur coup.

Courteau a su résister aux tempêtes pour aider la LHJMQ à aller de l’avant. Et des bourrasques, il y en a eu.

C’est d’ailleurs le cas ces temps-ci avec ces allégations de méfaits à caractère sexuel qui impliquent des joueurs des Olympiques de Gatineau. Un dossier qui préoccupe le commissaire, est-il nécessaire de spécifier.

Pas de routine...

Courteau est le premier à admettre que tout n’est pas parfait dans sa Ligue, qu’il y a toujours des défis à relever.

«Mes objectifs sont de maintenir chaque concession de la LHJMQ en santé, de travailler de concert avec les équipes pour faire une mise à jour des amphithéâtres et d’améliorer l’encadrement fourni aux joueurs, notamment hors de la patinoire», raconte Courteau lors d’une entrevue réalisée aux bureaux de la Ligue à Boucherville.

L’homme âgé de 57 ans n’a pas le temps de s’ennuyer. «Ça fait 29 ans que j’agis comme président et commissaire. Je peux dire qu’il n’y a pas de routine ici. Le temps passe vite.»

Des débuts comme statisticien...

L’histoire de Gilles Courteau est celle d’un gars qui a commencé au bas de l’échelle. À l’été 1975, il agissait comme instructeur pour une équipe de baseball à Trois-Rivières lorsqu’il s’était retrouvé statisticien des Draveurs, alors dirigés par Sylvain Cinq-Mars et Michel Bergeron.

Un an plus tard, la LHJMQ ouvrait un bureau permanent à Québec et le président Paul Dumont était à la recherche d’un homme à tout faire.

«J’avais demandé à Monsieur Cinq-Mars de rédiger la lettre de ma demande d’emploi. M. Dumont m’avait dit:«Écoute bien le jeune. J’ai lu ta lettre et c’est à croire que c’est mon poste que tu vises.» Il avait vite compris que je n’avais pas rédigé cette lettre mais il m’avait tout de même embauché.»

Trois ans plus tard, Courteau s’est retrouvé au poste de directeur général des Remparts de Québec, lorsque Martin Madden a été nommé adjoint de Maurice Filion avec les Nordiques.

Quand la concession des Remparts a cessé ses opérations en 1985, Courteau a obtenu une poste de directeur administratif au sein de la LHJMQ.

Puis, en 1986, la démission de Guy Morissette lui a valu d’être nommé président de la ligue, par intérim. Il est toujours là, 30 ans plus tard!

L’industrie papetière, non merci

À l’âge de 18 ans, Courteau, qui a grandi à Trois-Rivières, travaillait au CIP, une usine de pâtes et papiers.

«Je gagnais 475$ par semaine pour corder du bois avec un pic, confie-t-il. C’était un travail exigeant physiquement et je me souviens que j’avais plein d’ampoules.

«Un vétéran du métier m’avait conseillé d’uriner dans mes mains pour régler le problème. J’avais essayé ce truc bizarre et ç’avait fonctionné!

«C’est cependant le monde du hockey qui m’attirait et j’ai préféré travailler pour 150$ par semaine à la LHJMQ, explique Courteau. Mes parents ne comprenaient pas ma décision à l’époque.

«Mon père, Jean-Marie, était venu me reconduire à Québec et il avait dit aux gens qui m’hébergeaient que je n’allais pas rester là plus d’un mois, que j’allais m’ennuyer de Trois-Rivières. Voilà qu’en 2015, je travaille toujours pour la LHJMQ. Disons que je n’ai jamais regretté cette décision prise en 1976...»

 

Souvenirs d'une folle époque...

<b>Gilles Courteau</b>
Photo Le Journal de Montréal, Chantal Poirier
Gilles Courteau

Les souvenirs s’empilent pour Gilles Courteau au fil de ses 40 ans passés au sein de la LHJMQ. Les premières années ont été assez rock-n-roll merci.

«C’était spécial de la façon que ça fonctionnait à l’époque, raconte-t-il en souriant. Ça brassait pas mal. Je me souviens d’une réunion entre propriétaires et dirigeants de la ligue au Château Montebello, vers la fin des années 1970.

«Rodrigue Lemoyne, le coloré propriétaire et gouverneur des Éperviers de Sorel, aimait bien prendre un verre de cognac au milieu de l’après-midi. Une dispute avait éclaté au cours de la réunion entre Éric Taylor, directeur général du Junior de Montréal, et Dumont.

«Lemoyne s’était fâché lui aussi et il avait serré son verre si fort qu’il avait brisé dans ses mains. Le sang coulait abondamment et Lemoyne avait alors dit à Taylor:«Si tu poursuis la ligue, la prochaine fois, c’est ton sang qui coulera.»

«Il faut comprendre que Lemoyne agissait comme avocat de la ligue, souligne Courteau. Quelle époque ce fut! On avait bien raison de le surnommer l’Ours de Sorel. Dans ces années-là, ça fonctionnait de cette façon. C’était un tout autre monde.»

À ses débuts, il n’y avait que trois employés à temps plein dans les bureaux de la LHJMQ. Aujourd’hui, Courteau en a 20 sous sa direction.

► Courteau met sur un pied d’égalité Mario Lemieux et Sidney Crosby lorsqu’on lui demande d’identifier le meilleur joueur qu’il a vu à l’œuvre depuis ses débuts à la LHJMQ.

 

L'expansion dans les Maritimes a tout changé

La LHJMQ a bien changé au fil des décennies. Dans les années 1980, les concessions valaient entre 100 000$ et 300 000$. Plusieurs ont d’ailleurs disparu de la carte.

L’automne dernier, une équipe comme les Remparts a été achetée par Québecor pour une somme estimée à 10 millions de dollars. La valeur moyenne des 18 formations s’élève aujourd’hui à 4,5 M$.

«Ma plus grande fierté a été de réaliser l’expansion dans les Maritimes dans les années 1990, raconte Gilles Courteau. La venue des équipes des Maritimes a donné un regain de vie à celles du Québec, qui ont dû investir dans la rénovation des arénas. La valeur de chaque concession a, par le fait, même augmenté.

«On mise aujourd’hui sur de très bons propriétaires, qui ne reçoivent pas tout le mérite qui leur revient. Ils s’impliquent dans la LHJMQ pour les bonnes raisons.»

Le plus bel amphithéâtre

Courteau a hâte en septembre prochain alors que les Remparts emménageront dans le nouveau Colisée.

«Ce sera le plus bel amphithéâtre au pays, dit-il. Ça ajoutera du prestige à la LHJMQ et ce sera un élément de motivation pour tous les joueurs du circuit.»

Courteau devra régler, dans les prochains mois, le dossier de Québecor, qui est aussi propriétaire de l’Armada de Blainville-Boibriand, ce qui va à l’encontre des règlements.

«Je dois prendre le temps de bien analyser les opportunités qui se présenteront, explique-t-il. Je soumettrai, en temps et lieu, les meilleures recommandations possible au bureau des gouverneurs.»

Des baisses d’assistance

Courteau affirme que la LHJMQ est en bonne santé, malgré le fait que les dirigeants d’équipes doivent composer avec des baisses d’assistance de plus de 200 000 spectateurs depuis 2013.

«La situation économique est difficile et la compétition est forte pour le dollar-loisir, souligne Courteau. On a connu des crises et on a toujours su passer à travers. Comme celles de la perte des joueurs exceptionnels dès l’âge de 18 ans et lorsque la LNH a commencé à présenter toutes ses rencontres à la télévision.»

Aujourd’hui, ce sont les matchs de la LHJMQ qu’on peut voir à la télé grâce à une entente de 12 ans conclue avec le réseau TVA Sports.

«C’était devenu une nécessité de présenter nos rencontres à la télévision», mentionne Courteau.

Un recours collectif insultant

Même s’il a été attaqué plus d’une fois comme haut dirigeant de la LHJMQ, rien ne lui a fait plus mal que le recours collectif qui a été intenté contre les circuits juniors canadiens, dans l’espoir de forcer les équipes à se conformer aux lois régissant le salaire minimum.

Une bataille juridique s’est engagée et Courteau ne la trouve pas drôle du tout.

«C’est insultant, dit-il. On a travaillé fort pour fournir le meilleur encadrement possible à nos joueurs. Oui, il y a toujours place à l’amélioration, mais comment peut-on affirmer qu’on abuse d’eux?

«On leur fournit la chance de développer leur talent au hockey, dans le cadre d’un programme de bourses scolaires. On défraie les coûts pour la pension et pour l’équipement. Les joueurs profitent de services de tuteurs pour leurs études lorsque l’équipe est à l’extérieur. Ils disposent d’un coffre d’outils bien garni.»

Une expérience extraordinaire

Courteau croit que s’il fallait verser aux joueurs un salaire hebdomadaire de 500$, ils laisseraient vite tomber l’école car ils auraient l’impression de gagner leur vie. «J’estime que c’est une expérience extraordinaire que de jouer dans la LHJMQ», affirme-t-il.

Les joueurs âgés de 16 à 19 ans reçoivent une allocation de 60$ par semaine et ce montant grimpe à 150$ dans le cas des joueurs de 20 ans. «Ce n’est pas un salaire mais bien une bourse d’encouragement aux études», précise Courteau.