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Cuba aussi sur la voie de la normalisation avec ses créanciers

Tourists stand near the Capitol in Havana
Photo Alexandre Meneghini / Reuters Le Capitole de La Havane.

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LA HAVANE – Après une longue brouille, les autorités cubaines ont repris le dialogue avec le Club de Paris, ouvrant la voie à une renégociation de la dette cubaine au moment où l'île est engagée dans la normalisation de ses relations avec les États-Unis et l'UE.

«Pour l'instant nous sommes dans des travaux qui consistent simplement à faire une photographie de la situation de Cuba vis-à-vis de chacun de ses créanciers», a déclaré la semaine dernière le président du Club de Paris, Bruno Bézard, lors d'une visite dans l'île au cours de laquelle il a levé le voile sur de prochaines négociations.

«Nous avançons vite et constatons du côté de Cuba comme de ses créanciers une véritable volonté d'aboutir» dans les futures négociations, a ajouté le responsable, venu avec le ministre du Commerce extérieur Matthias Fekl préparer la visite à Cuba du président François Hollande en mai prochain.

Le Club de Paris, groupe informel de créanciers qui rassemble les représentants des gouvernements des principaux pays industrialisés, pourrait alors charger le président français de faire une annonce au sujet de la dette de 15 à 16 milliards de dollars dus par l'île à ce groupe (dont cinq dus à la France).

En 1987, peu après avoir renégocié sa dette, le gouvernement de Fidel Castro avait suspendu le service de la dette cubaine, dénonçant les «ingérences» de certains créanciers dans les affaires intérieures.

En 2001 La Havane avait proposé de nouvelles négociations, mais avait rapidement jugé les propositions du groupe de «conditions totalement inacceptables».

Cette partie de la dette cubaine, qui serait aujourd'hui au centre des discussions, s'élèverait selon les estimations à près de 8 milliards de dollars, le reste étant constitué de lignes de crédits commerciaux.

À l'heure actuelle, la dette totale cubaine est estimée par les experts à environ 22 milliards de dollars, soit moins de 40% du PIB.

Renouveler la confiance

Raul Castro, qui a succédé à son frère en 2006, s'est engagé dès 2009 dans une nouvelle politique d'apurement vis-à-vis de ses créanciers, tentant de renégocier les sommes dues et les échéances.

Ces  dernières années, Cuba a déjà renégocié sa dette avec la Chine, le Mexique et la Russie, qui a apuré 90% des 35 milliards de dollars de dette cubaine l'année dernière.

À l'heure où Cuba est engagé dans la normalisation de ses relations avec les États-Unis et l'Union européenne, Raul Castro souhaite renouveler la confiance envers l'île, émettre de nouveaux bons et attirer l'investissement étranger pour soutenir ses réformes visant à «actualiser» un modèle économique à bout de souffle.

«Pour Cuba il est primordial de pouvoir remettre de l'ordre dans ses engagements financiers internationaux. C'est la suite logique de la politique économique de contrôle des dépenses maintenue depuis 2009», explique à l'AFP l'économiste cubain Pavel Vidal, de l'Université de Cali, en Colombie.

Selon le ministre cubain de d'Économie et des Finances Jose Luis Rodriguez, le service de la dette «a été maintenu à une moyenne de 3,2 milliards de dollars entre 2010 et 2014», soit selon lui 4,7% du PIB.

En 2015 le gouvernement «a pris la décision de rembourser 5,66 milliards de dollars (...) et d'émettre de nouveaux crédits à hauteur de 5,55 milliards», a annoncé le ministre au portail d'informations cubain Cubacontemporanea.

M. Rodriguez a souligné à cette occasion la volonté gouvernementale de «capter de nouveaux investissements étrangers» pour dynamiser une économie en berne (croissance de 1,3% en 2014).

«Capter de nouveaux financements grâce à cette renégociation permettrait de faire en sorte que cette nouvelle orientation n'affecte pas les équilibres macro-économiques», relève M. Vidal.

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