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Les ministres passent, les lois restent

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Voilà maintenant dix jours que le Québec vibre au rythme de la crise au CHUM.

D’un côté, le Dr Jacques Turgeon, directeur général du CHUM, accuse le ministre Gaétan Barrette «d’abus de pouvoir et d’ingérence», car ce dernier lui aurait promis de le reconduire dans ses fonctions à condition qu’il maintienne en poste le chef du département de chirurgie du CHUM, le Dr Patrick Harris. De l’autre, le ministre de la Santé nie. Il affirme qu’il ne s’agissait que d’une simple suggestion. Qui dit vrai? L’enquête du commissaire à l’éthique devrait faire la lumière.

Réactions prévisibles

Ce qui est le plus consternant dans cette saga, ce n’est pas tant le fait que le ministre Barrette aurait usé de chantage et d’intimidation pour imposer ses choix, mais bien la réaction épidermique et les démonstrations d’indignation de la classe politique et du monde médical. Ce dont le ministre est accusé était pourtant facilement prévisible pour quiconque se serait donné la peine de lire le projet de loi 10 tel que déposé l’automne dernier.

Le scandale qui ébranle le CHUM n’est peut-être que le premier d’une longue série

On pouvait y lire explicitement que le ministre entendait se réserver le droit exclusif de choisir les présidents et les membres des conseils d’administration des CISSS, de nommer les PDG de ces établissements, de leur imposer un plan stratégique, les trajectoires des soins, des objectifs, des orientations, des actions et même une structure organisationnelle.

Le 24 novembre dernier, j’écrivais d’ailleurs que «le ministre s’octroie une multitude de nouveaux pouvoirs carrément démesurés, scandaleusement funestes et dangereusement propices à la corruption», et que «les dirigeants des établissements devront donc apprendre à réfréner toute initiative, à taire tout désaccord et à devenir les exécutants dociles et obéissants d’une autorité suprême».

Manque de balises

Le projet de loi laissait clairement entendre que rien n’échapperait à l’arbitraire du Dr Barrette et on pouvait facilement imaginer les dérapages que cela occasionnerait. Alors pourquoi tant d’émoi maintenant?

Si tous ceux qui crient présentement au scandale s’étaient astreints à lire consciencieusement le projet de loi avant son adoption, ils auraient alors réalisé qu’il contenait une pléthore de mesures dictatoriales et qu’il pavait la voie à un système absolutiste. Si dès l’automne ils avaient signifié leurs inquiétudes, s’ils s’étaient rapidement et fermement mobilisés contre les pouvoirs titanesques que le ministre allait s’arroger, s’ils avaient exigé que la marge de manœuvre du ministre soit rigoureusement balisée, peut-être n’en serions-nous pas là.

Le ministre Barrette est certainement sincère dans son désir de réformer le système de santé. Mais il a imposé sous bâillon une loi qui lui donne des pouvoirs dont seul un être omniscient et omnipotent pourrait faire bon usage. Le ministre Barrette n’est qu’humain. Et même s’il devait posséder des capacités exceptionnelles, n’oublions pas que les ministres passent, mais que les lois restent.

Lord Acton, philosophe anglais du XIXe siècle, disait: «Le pouvoir corrompt. Le pouvoir absolu corrompt absolument». Le scandale qui ébranle le CHUM n’est peut-être que le premier d’une longue série.

 

Selon vous, le ministre de la Santé Gaétan Barrette s'est-il donné trop de pouvoirs ?

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