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Quand photo rime avec déguisement!

Quand photo rime avec déguisement!
illustration Johanna Reynaud

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Ils veulent me déguiser! M’enlever toute ma personnalité et faire de moi une auteure que je ne suis pas! Voilà ce qui me passe par la tête en ce moment même. Je suis en séance photo pour une revue de filles qui réalise un reportage sur moi et mon œuvre. Ça ne se passe pas du tout comme je l’avais prévu.

Je suis arrivée au studio vêtue comme je le suis toujours quand je fais de la promo, c’est-à-dire, en fille. Aujourd’hui, j’ai choisi ma robe rose et mes escarpins noirs. Un look parfait pour faire de belles images.

Mais il semble que la directrice artistique/chef de multiplateforme/gestionnaire de communauté ne soit pas d’accord avec moi. Elle estime que ma robe détonne avec la mise en scène qu’elle souhaite créer. Euh... mise en scène? De quoi parle-t-elle au juste?

J’ignore quel rôle elle veut me faire jouer, mais ça m’insécurise au max. J’ai l’habitude d’être moi-même quand on me prend en photo. Bon, d’accord, peut-être à part le côté angoissé que je m’efforce de dissimuler, mais pour le reste je suis comme je suis dans la vraie vie: souriante et vêtue de couleurs pétantes!

Je regarde à nouveau les tenues que me propose la directrice, la styliste qui l’accompagne, ainsi que l’accessoiriste délégué au projet. À ces trois personnes, s’ajoutent le photographe, son assistant, le maquilleur, la coiffeuse et quelques autres employés dont la tâche n’est pas très claire. Je n’ai jamais vu pareille gang pour une simple photo de magazine!

Auteure poupée

La directrice désire que je porte du noir ou du gris pour «casser l’image de l’auteure poupée» comme elle le mentionne. QUOI? Comme si le fait d’être habillée en rose faisait de moi une Barbie! Comment peut-elle se permettre pareil jugement? C’est à la limite de l’insulte.

De plus, j’ai cru l’entendre dire à sa collègue qu’elle voulait une photo comme celles sur nos passeports. Est-ce qu’elle va m’interdire de sourire? Ça, il n’en est pas question!

Pendant que je réfléchis à la façon respectueuse de lui faire part de mon mécontentement, le maquilleur s’approche pour une retouche.

«Je vais ajouter un petit quelque chose qui va donner de la lumière et faire scintiller ton regard», m’informe-t-il.

Enfin un qui me comprend! Oui, je veux être lumineuse sur la photo. Ça ne m’intéresse pas de jouer à la fille ténébreuse. Ce n’est pas moi! Et je m’explique mal que la directrice ne le comprenne pas.

Le maquilleur dépose un peu de poudre... directement dans mon œil. Ah bon? Technique un peu surprenante, mais faisons-lui confiance. Après tout, c’est le lui le professionnel.

Il termine son travail et me tend un petit miroir pour que je puisse vérifier moi-même le résultat. Le problème, c’est que sa poudre en question a sali mes verres de contact et que ma vue est totalement embrouillée. Non, non, non!

«Faut que je rince mes lentilles», dis-je, en lui expliquant la situation. Il me demande plutôt d’attendre quelques instants pour ne pas tout défaire.

«Ça va se placer, tu vas voir», précise-t-il.

J’accepte malgré moi de patienter quelques minutes, espérant qu’il dit vrai. Ça papillonne autour de moi, mais j’ai peine à suivre ce qui se passe tellement je ne vois rien. Quelle horreur! Comment puis-je avoir une discussion sérieuse avec la directrice si je suis incapable de distinguer ses expressions?

Un bon rinçage

Et puis, tant pis! À tâtons, je fouille dans mon sac à main et j’attrape ma bouteille de solution saline. J’enlève mes lentilles et je les rince abondamment. Pour plus de précautions, je fais la même chose avec mes yeux. Que ça fait du bien!

En remettant mes verres de contact, j’aperçois de grandes traces noires sur ma robe. Ce n’est pas vrai! Mon maquillage n’a pas coulé jusque sur mes vêtements? C’est pourtant le cas...

«Alors, Romancière angoissée, vous voulez le noir ou le gris?» me demande la directrice en me montrant deux t-shirts plutôt ordinaires.

À contrecœur, j’accepte le gris et je choisis un pantalon de la même couleur. Moche, trop moche... Mais ce n’est pas comme si j’avais le choix. À moins que... Ouiiiii!!!! Il y a une solution!

Dans mon sac à main, j’ai un immense collier rose et orange. Je m’empresse de l’enfiler avec les vêtements gris et je redeviens la femme colorée que je veux être.

Je m’installe devant le photographe, à qui je souris de toutes mes dents. Et ce, malgré le désarroi de la directrice/emmerdeuse dont le concept à la con vient de prendre le bord...