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Un prêtre hors normes

Une biographie essentielle de l’abbé Raymond Gravel

Raymond Gravel
Photo d'archives

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Prêtre militant et contestataire, politicien élu à Ottawa, défenseur des démunis, l’abbé Raymond Gravel est un personnage essentiel de l’histoire religieuse et politique du Québec. Sa biographie, intitulée Entre le doute et l’espoir, dépeint un être complexe, tourmenté, altruiste, généreux et magnifique. De multiples facettes que l’auteur et ancien journaliste Claude Gravel a découvertes au fil de ses recherches et de ses rencontres avec l’abbé controversé, qu’il a côtoyé jusqu’à sa mort, le 11 août 2014.

<b>Claude Gravel</b>
Photo courtoisie
Claude Gravel

Qu’est-ce qui vous a attiré chez l’abbé Gravel au point d’en faire une biographie ?

J’ai été journaliste pendant 40 ans et j’ai commencé à m’intéresser à l’histoire des communautés religieuses il y a une dizaine d’années. [...] Autant comme journaliste que comme auteur, je trouvais que Raymond Gravel était un personnage intéressant à la fois pour des raisons politiques – parce qu’il a été politicien pour le Bloc québécois, c’était un indépendantiste – et pour des raisons religieuses, parce qu’il était un prêtre qui critiquait son église.

Votre travail a commencé alors que Raymond Gravel se croyait en bonne santé, alors comment avez-vous vécu

La maladie et la mort à ses côtés ?

Mon approche psychologique a changé trois fois en cours de route. J’ai commencé à écrire la biographie d’un homme qui se croyait en pleine santé. Il m’a appris à la fin d’août 2013 qu’il était atteint d’un grave cancer qui pouvait le tuer, donc j’écrivais désormais la biographie d’un homme atteint d’une maladie très grave. Le 11 août 2014, il est décédé, alors j’ai finalement écrit la biographie d’un homme qui n’est plus.

Avez-vous pensé tout annuler lorsqu’il vous a annoncé sa maladie ?

Oui, parce que je ne voulais pas passer pour un chacal qui voulait vendre des livres sur le dos d’un homme gravement malade. Mais il a voulu continuer pour garder un témoignage de sa vie après sa mort, au cas où il lui arriverait quelque chose. Mais je ne pensais pas qu’il était pour mourir à l’époque, il n’avait que 60 ans.

À quel genre de travail de recherche vous êtes-vous livré pour écrire ce livre ?

J’ai eu un gros avantage, parce que l’abbé Gravel m’a prêté des boîtes de documents personnels, contenant sa correspondance, ses homélies, ses articles de journaux et son journal personnel, qu’il a tenu entre les âges de 17 et 38 ans. Je suis le seul à l’avoir lu. Il parlait à son journal comme à un ami et ça m’a permis de mieux comprendre l’évolution humaine et spirituelle de Raymond Gravel. Ensuite, j’ai fait une vingtaine d’entrevues avec lui, à raison de deux à trois heures chaque fois, et j’ai aussi interviewé une quarantaine de personnes, dont son évêque, son médecin, son chef de parti, Gilles Duceppe, des policiers, des pompiers et l’organiste qui l’a suivi pendant 25 ans.

On a beaucoup entendu parler de la jeunesse tumultueuse de Raymond Gravel, mais qu’est-ce qui vous a le plus surpris durant vos recherches ?

Raymond Gravel a passé sa vie à dire qu’il est entré en conflit avec son père dès son adolescence, qu’il avait quitté la maison paternelle à 16 ans, qu’il avait été prostitué dans sa jeunesse et qu’il s’était drogué pendant des années, alors il n’y avait rien de nouveau là-dedans. Mais ce que j’ai appris, c’est qu’il avait travaillé sept ans pour la Banque de Montréal. C’est d’ailleurs en travaillant dans cette banque qu’il a évolué spirituellement et qu’il a décidé, à l’âge de 25 ans, de devenir prêtre. Il a finalement été ordonné prêtre le 29 juin 1986 dans sa paroisse natale, Saint-Damien-de-Brampton, à l’âge de 33 ans et demi.

Pourquoi était-il si contestataire envers son église ?

On pense que Raymond Gravel a toujours été un prêtre contestataire, mais c’est faux. Les huit premières années de son sacerdoce, il était très orthodoxe, très respectueux de la hiérarchie catholique. Ce n’est qu’en 1994, lorsque le pape Jean-Paul II a émis une directive selon laquelle les femmes ne seraient jamais ordonnées dans l’Église catholique, qu’il a commencé à contester son Église. Mais il vivait en accord avec ses opinions. Il était du côté des exclus, ce que n’était pas son Église, selon lui. Et c’est pourquoi des milliers de gens l’adoraient.

Comment décririez-vous votre relation avec l’abbé Gravel ?

J’ai été journaliste pendant 40 ans, alors je suis habitué à ne pas trop m’identifier à mes sujets. Les journalistes peuvent avoir de l’empathie, mais il faut qu’ils gardent une distance émotive pour garder un équilibre avec leurs sujets. Mais avec Raymond, c’était difficile, parce qu’il avait un charisme fou. Au début, ce n’était qu’un sujet, mais c’était un personnage qui finissait par nous prendre, il était attachant parce qu’il était rempli de faiblesses, de contradictions et d’ambiguïtés. Raymond était un prêtre hors normes.


<b>Entre le doute et l'espoir</b><br />
Biographie de <b>Raymond Gravel</b>
Photo courtoisie
Entre le doute et l'espoir
Biographie de Raymond Gravel

♦ Raymond Gravel, Entre le doute et l’espoir, en magasin depuis le 11 mars.

 

L’abbé Gravel en bref

  • Il a quitté le nid familial à l’âge de 16 ans.
  • Il a travaillé sept ans pour la Banque de Montréal.
  • Il a baigné dans le monde de la prostitution homosexuelle vers l’âge de 20 ans.
  • Il a été sous l’emprise de la drogue (amphétamines/speed) pendant 10 ans.
  • Il a décidé de devenir prêtre à l’âge de 25 ans.
  • Il a fait son baccalauréat en théologie à l’Université de Montréal.
  • Il a travaillé comme barman au Lime Light et au Rendez-Vous (deux bars gais) pour payer ses études.
  • Il a été ordonné prêtre à l’âge de 33 ans et demi.
  • Il adorait les médias.
  • Il a été le premier prêtre québécois à se faire élire à la Chambre des communes du Canada.
  • Il a été député du Bloc québécois durant 687 jours, soit du 27 novembre 2006 au 13 octobre 2008.
  • Il a été sommé par le Vatican d’abandonner soit sa prêtrise, soit sa fonction de politicien à la suite de prises de position contestées sur l’avortement. Il a choisi la religion.
  • Il était l’aumônier des pompiers de Montréal et de Mascouche ainsi que des policiers de Laval.
  • Il avait un franc-parler qui lui a attiré différents ennemis au cours de sa vie.
  • Il a effectué deux maîtrises, en plus de son baccalauréat, dont une en Études bibliques, qu’il avait commencée à l’université pontificale grégorienne de Rome, et une en pastorale, soit l’art d’enseigner l’Évangile.
  • Il parlait l’italien, le grec ancien et l’hébreu.
  • Il avait plusieurs amis d’autres confessions, comme des juifs, des musulmans et des athées.
  • Il est décédé le 11 août 2014, des suites d’un cancer du poumon avec métastases osseuses.