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Restera-t-il des médecins pour nous soigner?

chantier du CHUM
Photo Éric Yvan Lemay, Le Journal de Montréal

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Au-delà de la guerre des gros égo du CHUM et des tentatives de placement de « chums », qui ont été révélées par les médias, il est légitime de se demander si la méthode forte du docteur Barrette améliorera vraiment notre système de santé. Celui qu’Alain Dubuc surnomme le « goon » a mangé sa première dégelée. À la fin du match, je crains que les perdants soient les citoyens.

Le docteur pharmacien Jacques Turgeon, redevenu directeur général du CHUM, n’est peut-être pas le héros prétendu par certains médias. Il a joué de stratégie en utilisant l’appareil de relations publiques de son institution afin d’étourdir le ministre Barrette et forcer le premier ministre à intervenir pour faire triompher son point de vue. Il aura réussi à se mettre en position de force et pourra envoyer promener le ministre durant son règne à la tête de l’hôpital parce qu’il tient son pouvoir directement du premier ministre.

Certains auront trouvé son geste noble alors que le spectacle autour de sa démission sous-tendait une renonciation à une prime de séparation, nous ne pouvons pas cependant apprécier pleinement son abnégation en ne sachant pas à quelle somme il renonçait. Étant nommé depuis peu, il est loisible de supposer que la dite prime aurait été bien mince. En a-t-il reçu une plus généreuse en abandonnant la direction du centre de recherche du CHUM? Cela le disposait-il à mieux faire le jars?

Les premières impressions pouvaient nous laisser croire que le ministre de la Santé voulait placer un ami à la tête du département de chirurgie, l’administration du CHUM n’hésitant pas à l’accuser de népotisme et de chantage à l’égard du chercheur pharmacien Turgeon. La pugnacité des journalistes nous aura cependant permis de découvrir une toute autre histoire. Le prétendu ami du docteur Barrette était tout au plus une connaissance qui était bien malheureuse de se retrouver sous les feux croisés sans pouvoir s’expliquer sur ses motivations à vouloir demeurer à la tête du département. Le chirurgien Patrick Harris n’était pas le candidat désiré de monsieur Turgeon qui privilégiait l’accession d’un chef chirurgien plutôt axé vers la recherche, un de sa gang en l’occurrence.

La reddition sans condition, ou presque, du ministre est venue consacrer la victoire des médecins chercheurs sur les médecins soignants. Il est prévisible qu’à court terme l’accessibilité pour des soins ordinaires s’en retrouvera restreinte au CHUM et que les citoyens devront se tourner vers d’autres hôpitaux qui sont déjà débordés. Si le conflit du CHUM s’avère le révélateur de conflits larvés conséquent de l’adoption du projet de loi 10, nous devrions nous inquiéter de l’éloignement des centres de décision du lieu de l’action et du fouillis administratif et médical qui s’en suivra. Il y a fort à parier que la prise de contrôle du docteur Barrette, perçue comme hostile chez plusieurs acteurs du réseau, fera perdre du temps pour les soins en les consacrant à la reddition, nous pourrions plutôt dire, aux règlements de compte.

Comme si le citoyen n’en avait pas encore assez pour s’inquiéter, le ministre persiste  avec son projet de loi 20 sur les quotas de soin qu’il veut imposer aux médecins de médecine familiale. En se fiant à ce que l’on peut entendre de nos médecins traitants, le ministre risque d’en pousser plusieurs vers la sortie du régime public. Pendant que certains prendront une retraite anticipée, d’autres s’adonneront à une pratique privée. Le résultat du projet de loi du ministre risque d’être contraire à ses intentions initiales. En voulant donner un médecin de famille à chaque Québécois, sa maladresse risque de nous en donner moins.

Il y définitivement un large consensus social pour que notre système de santé soit plus efficient et ait un budget contrôlable. Des changements importants sont souhaitables pour y parvenir, néanmoins ils ne pourront se faire sans une véritable mobilisation du milieu. La dictature peut apparaitre efficace à nos décideurs du moment, toutefois l’histoire nous révèle que les changements, qu’elle entraine, sont rarement durables. L’apparente efficacité du ministre de la santé se transforme de plus en plus en mirage qui laisse entrevoir des lendemains encore plus difficiles qu’à son arrivée.

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