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La CAQ soupçonne la RAMQ de favoritisme

Éric Caire
Photo les archives, Jean-François Desgagnés Éric Caire

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Pour remporter un contrat d’environ 800 000 $ de la RAMQ sans proposer des équipements de marque Cisco, il fallait payer au moins 200 000 $ de plus. Pour la CAQ, cela revient à favoriser un seul fournisseur et écarter la concurrence.

Durant la période des questions à l’Assemblée nationale mercredi matin, le député Éric Caire a lancé qu’il «est clair que cet appel d’offres a été truqué pour favoriser un fournisseur».

La Coalition Avenir Québec soupçonne donc la Régie de l’Assurance maladie du Québec (RAMQ) d’avoir fait indirectement ce qu’elle ne peut faire directement, soit cibler un seul fournisseur, le manufacturier en télécommunication Cisco, dans le cadre d’un appel d’offres.

L’appel d’offres en question vise l’achat de commutateurs par la RAMQ. Le contrat n’a pas été octroyé, mais les soumissionnaires sont connus et ils ont tous en commun de proposer les équipements de marque Cisco, selon la CAQ.

La CAQ invoque que la RAMQ n’aurait pas pris toutes les mesures dans le processus d’appel d’offres afin d’assurer son impartialité et son objectivité.

Appelez l’UPAC, dit Coiteux

En réaction, le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, a répliqué que si Éric Caire connaissait des contrats truqués, «qu’il fasse son devoir de citoyen et qu’il contacte l’UPAC». M. Coiteux a rappelé qu’il était en train de donner le «coup de barre» et le «ménage» nécessaire en informatique.

Dans les documents d’appel d’offres, la RAMQ prévoit que si une entreprise veut soumissionner avec de l’équipement autre que Cisco, le coût d’impact sera de 197 000$. Pour un contrat de moins d’un million de dollars, cela devient un obstacle important pour les fournisseurs équivalents à Cisco. Et selon la CAQ, cette augmentation est «arbitraire».

«Allo la concurrence», s’est exclamé Éric Caire, qui soutient avoir comparé cet appel d’offres avec d’autres, «de même nature», qui ne prévoyaient aucun coût d’impact.

Mais pour la RAMQ, cet obstacle est nécessaire et justifié, car l’équipement déjà en place est de marque Cisco, montrent les documents d’appel d’offres. Des équipements d’une nouvelle marque devraient donc cohabiter avec les équipements en place, ce qui engendre des coûts additionnels pour les équivalents à Cisco.

Le calcul de ces coûts d’impact repose «sur l’expérience des projets antérieurs de déploiements d’équipements de même type et adaptés aux besoins spécifiques de cet appel d’offres», peut-on lire sur les mêmes documents.

Nous attendons la réaction de la RAMQ à ce sujet.

Notre Bureau d’enquête a écrit une série de reportages sur les problèmes des appels d’offres à fournisseurs uniques dans le domaine des télécommunications par le passé. Cela avait d’ailleurs débuté à l’été 2013 relativement à un appel d’offres évalué à 13 M$ qui visait Cisco et rien d’autre.

L’UQAM, qui avait publié cet appel d’offres, avait finalement décidé de l'annuler afin de mieux l’ouvrir à la concurrence. Le ministère de l’Enseignement supérieur était d’ailleurs intervenu dans le dossier.