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Céline Bonnier au sommet de son art

Céline Bonnier au sommet de son art
photo courtoisie

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La passion d’Augustine de Léa Pool est un film à voir. Ce qui me dérangeait avant, chez Léa Pool, c’était sa propension à se perdre dans le symbolisme au détriment de l’intrigue principale. Dans La passion d’Augustine, la cinéaste québécoise d’origine suisse resserre son propos, aidée en cela par l’époque dans laquelle elle a choisi de situer cette histoire.

Nous sommes en 1968 et mère Augustine (Céline Bonnier) avance d’un pas décidé vers son couvent, faisant craquer la glace du Richelieu gelé sous ses souliers. Sous des dehors calmes et tranquilles, elle a une volonté de fer. Elle enseigne la musique à ses jeunes élèves, gère les autres sœurs professeures et se bat contre la générale (Marie Tifo), sa supérieure, chargée de couper dans les dépenses. Car le gouvernement est en train de mettre en place le système des écoles publiques, ce qui conduira obligatoirement à une fermeture des établissements religieux. Parallèlement, la sœur de mère Augustine lui confie sa fille, Alice (Lysandre Ménard), une jeune pianiste dont le talent tient du prodige, et la religieuse va tout faire pour favoriser l’éclosion de cette prédisposition.

Ainsi résumé, le sujet peut sembler aride, voire suranné. Il n’en est rien, Léa Pool s’arrangeant pour faire de sa mise en scène de la Révolution tranquille (elle cosigne le scénario avec Marie Vien) un thème d’une surprenante actualité. Car il y a dans cette mère Augustine un féminisme – partie intégrante de l’ADN cinématographique de la cinéaste – assuré tout en étant feutré.

Ce féminisme, c’est aussi la volonté d’éduquer les filles, de leur permettre d’élargir leurs horizons et, par là, de leur donner la possibilité de mener la vie qu’elles veulent. La mère Augustine que joue Céline Bonnier – ici au sommet de son art, car véritablement habitée par elle – est-elle une révolutionnaire? D’un certain côté, oui, Léa Pool exprimant toujours cette notion jumelée à celle du sacrifice... d’où l’inclusion du mot «passion» dans le titre.

La passion d’Augustine met également en lumière de manière brillante la nécessaire évolution du catholicisme à l’heure de l’émergence du mouvement hippie et du «flower power». Une scène, notamment, demeure inoubliable: celle dans laquelle les religieuses du couvent enlèvent leur habit pour se conformer au nouvel uniforme – plus «civil» – suggéré à la suite de Vatican II.

Pierre angulaire

Si Céline Bonnier – dont les traits, à la fois doux et durs, sont magnifiés par le bonnet blanc et la coiffe noire – s’impose comme la pierre angulaire sur laquelle repose le long-métrage, le reste de la distribution laisse pantois d’admiration. Diane Lavallée est parfaite en sœur Lise, la professeure de français réfractaire à tout changement, tout comme Valérie Blais, Pierrette Robitaille, Andrée Lachapelle et Danielle Fichaud mettent tout leur savoir-faire au service de leurs rôles secondaires.

Quelques bémols néanmoins s’imposent dès le début de La passion d’Augustine.

Le premier étant le maquillage, discret, mais néanmoins visible, sur le visage des actrices, qui gâche le souci d’authenticité présent dans les décors, les costumes et les accessoires. Les autres défauts sont les scènes qui s’éternisent (les journalistes au couvent, la boîte de nuit) et les sous-intrigues inutiles (le petit ami d’Alice, le passé de mère Augustine qui, malheureusement, n’apporte rien). Mais que cela ne vous empêche pas d’aller le voir sur grand écran.

  • La passion d’Augustine (3.5/5)
Film de Léa Pool. Avec Céline Bonnier, Lysandre Ménard, Diane Lavallée, Valérie Blais, Marie Tifo, Élizabeth Tremblay-Gagnon, Marie-France Lambert et Pierrette Robitaille.
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