/news/currentevents
Navigation

Beurrerie de l’île Bizard

Vers 1910

Coup d'oeil sur cet article

Brèves

1- De magasin général à beurrerie

photo Courtoisie de la Société patrimoine et histoire de l’île Bizard et Sainte-Geneviève

La scène est aussi rare que superbe. Les employés de la beurrerie sont réunis pour la photo. Ce bâtiment a une place à part dans l’histoire de l’île Bizard. Situé à l’entrée ouest du village, il a d’abord abrité un magasin général à partir de 1845. Pour la petite population vivant principalement d’une agriculture de subsistance, aller au magasin général, c’était l’occasion de se procurer des produits manufacturés tels que tissu, rubans, chaussures, etc. Pour les élèves de l’école de rang, c’était l’endroit où l’on achetait les manuels scolaires et religieux. Après la faillite d’Hormidas Cousineau, en 1890, Napoléon Boivin l’achète et le transforme en beurrerie. L’économie locale commence à bouger: la population de Montréal grandit et certains agriculteurs de l’île Bizard s’orientent vers la production beurrière pour satisfaire la demande. L’aventure est de courte durée: la beurrerie disparaît dans un incendie le 14 novembre 1915.

2- Certains en profitent, d’autres s’en vont

JdeM-Régulier
photo Courtoisie de M. Robert Benoît, collectionneur

À l’île Bizard, l’agriculture laitière et maraî­chère va de soi. Ce sont les meilleu­res terres agricoles de la région montréalaise. Sa proximité avec l’eau crée un micro­climat qui rend les gelées plus tardives. Destinée à la consommation familiale, la fabrication du beurre est d’abord artisanale. Tout de même, en 1851, les fermes de l’île en produisent 13 020 livres! Par la suite, la construction d’un pont en 1893 relie cette économie traditionnelle à celle de la métropole. Au tournant du 20e siècle, certains agriculteurs en tirent parti, alors que d’autres partent en ville pour ne plus revenir, désertant les petites fermes de l’île Bizard. Des financiers en profitent, tels que Joseph-Marcellin Wilson et Léon Simard, en rachetant ces terres abandonnées. La présence de gentlemen-farmers s’affirme alors à l’île Bizard. Cela entraîne la croissance des exploitations laitières, alors qu’on commence le ramassage du lait par camions. Observez d’ailleurs cette bouteille de crème Demiard de la ferme de M. Wilson. Malgré ses terres fertiles, la vocation agricole de l’île Bizard laisse place au 20e siècle à la villégiature et au rési­dentiel.

3- De bon matin

JdeM-Régulier
photo Courtoisie de la Société patrimoine et histoire de l’île Bizard et Sainte-Geneviève
La beurrerie est un lieu de rencontre quotidien. Les hommes s’échangent les nouvelles… et probablement aussi de bonnes blagues, comme c’est aussi le cas dans les forges et les moulins. Avez-vous remarqué les enfants dans deux des voitures à cheval? En allant livrer leur lait chaque jour à la beurrerie, quelques cultivateurs de l’île profitent de ce voyage pour conduire leurs enfants à l’école du village. Parmi les hommes, on distingue même la présence d’un bébé, mais aucune femme n’y apparaît: les gros bidons de lait qu’on voit sont une affaire de gros bras! À l’arrière, deux employés de la beurrerie portent des tabliers. Le conducteur de la voiture de droite est Joseph-Avila Proulx (1889-1981). Il devien­dra maire de l’île Bizard de 1937 à 1949.