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Une découverte inquiétante...

Une découverte inquiétante...
Illustration Johanna Reynaud

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Vlan!

D’un geste brusque, je referme la porte du placard que j’ai entrouverte. Ce que je viens d’y voir me pétrifie. Peut-être ai-je eu une hallucination? Par précaution, je jette un nouveau coup d’œil. Oh my God! Dites-moi que je rêve!

Au fond de la garde-robe de mon appartement, traîne ce qui ressemble à un cercueil d’enfant... Une horrible boîte noire avec une croix dorée sur le dessus et des poignées argent sur le côté.

Comme je n’ai jamais vu cet objet de ma vie, j’en déduis qu’il appartient à Collègue Sanguinolent, qui a emménagé chez moi récemment. Que peut-il bien faire avec ça?

Est-ce que je me serais trompée sur son compte? Mon nouveau conjoint serait-il un homme dérangé, à l’image des personnages de ses romans policiers? Un psychopathe qui se cache derrière ses histoires?

Eille, Romancière angoissée, ça suffit! Ton homme, tu le connais mieux que ça! Euh... pas certaine non.

Je dois en avoir le cœur net. Sur la pointe des pieds, je me rends à la cuisine où Collègue Sanguinolent révise son manuscrit. Hyper concentré, il ne s’aperçoit pas que je l’observe.

Ses écouteurs sur les oreilles, la jambe droite qui martèle le plancher au rythme de la musique, les yeux rivés sur son ordinateur et les sourcils légèrement froncés par l’effort de réflexion, il semble complètement inoffensif. Et il est siiiiiii beau quand il travaille, je le regarderais pendant des heures.

Maniaque ou écrivain ?

Impossible qu’il soit un maniaque déguisé en écrivain! Mais j’y pense, le fameux tombeau est peut-être simplement un outil de travail. Voilà l’explication! Ça doit faire partie de sa recherche.

Soulagée, je m’apprête à retourner faire le ménage du placard quand un doute m’assaillit. J’ai lu tous les romans de Collègue Sanguinolent et aucun ne traite de la mort d’un enfant... Du moins, il me semble.

Avant de sauter à nouveau aux conclusions et de penser que le cercueil est destiné à Bébé Sanguinolent, je m’oblige à vérifier. Je me précipite dans le salon où j’ai mis nos œuvres bien en évidence dans la bibliothèque. Une tablette remplie de bouquins à la couverture noire pour lui. Et une tablette pour les miens, qui sont roses et blancs. J’adore ce contraste et je me fais une fierté de montrer mon exposition aux amis et aux lecteurs que j’invite ici.

Je lis les résumés des livres de mon chum: décapitation d’un policier corrompu, meurtre d’une sans-abri aux mœurs légères, assassinat d’un prédicateur manipulateur, etc.Rien de bien joyeux, mais aucun infanticide.

Et je sais que le roman sur lequel il planche actuellement met en vedette un populaire politicien et une star de cinéma. Là non plus, pas de bébé à l’horizon. Le tombeau ne lui sert donc pas dans sa recherche.

Meurtrier en devenir

Je me mets à trembler comme une feuille, apeurée d’avoir laissé entrer dans ma vie un meurtrier en devenir. À force d’écrire des histoires noires, il s’est pris à son propre jeu. Je ne vois pas d’autres explications. D’ailleurs, quand il donne des entrevues, il dit toujours qu’il aime exploiter le côté sombre qui sommeille en chacun de nous. C’est clair qu’il parle de lui. Moi, je n’ai pas de côté sombre!

Je n’ai pas le choix, je dois empêcher ça. Je vais le confronter et s’il ne veut pas se faire soigner, je le dénoncerai. Allons-y!

«Chéri... euh... j’ai fait une découverte étrange dans la garde-robe.»

«Quoi donc?»

Le déni. Fallait s’y attendre. Pas question de faire comme si de rien n’était. Je l’informe de ce que j’ai trouvé et je lui fais part de mes craintes. Il reste silencieux un long moment en me dévisageant d’un drôle d’air. Je recule de quelques pas.

«C’est dommage que tu sois tombée là-dessus. Ça ne faisait pas partie de mon plan que tu sois au courant.»

HEIN? Quel plan? Il ne peut pas m’avouer être un futur assassin aussi facilement. Je lui demande des précisions en balbutiant. Il répond que pour son prochain roman, il doit absolument se mettre dans la peau de son personnage principal: un père qui tue son enfant et qui garde son cadavre dans un cercueil noir pendant des mois.

Quel fou furieux! Vite, je dois décamper! Mais je n’arrive plus à bouger tellement je suis terrorisée. Puis, un sourire se forme sur les lèvres de mon compagnon, suivi d’un grand éclat de rire. Ah le sacripant! Il m’a bien eue!

«Romancière angoissée de mon cœur, quand est-ce que tu vas faire la distinction entre la réalité et ce qui se passe dans nos livres?»

Pfff... N’empêche qu’il a bien raison. Je devrais garder mon imagination pour mon boulot. Mais il y a quand même un cercueil de bébé dans ma garde-robe! Collègue Sanguinolent m’informe qu’il s’agit d’un «cadeau» offert par un fan lors du dernier Salon du livre. Ouache... tu parles d’un malade mental! Ce lecteur ne mettra jamais les pieds ici. Et son «cadeau» lui sera renvoyé illico presto!