/sports/hockey/canadien
Navigation

« Je suis prêt » - Max Pacioretty

Max Pacioretty
Photo Le Journal de Montréal, Chantal Poirier

Coup d'oeil sur cet article

La petite madame s’appelait Helen. Célibataire a-t-elle précisé. Née en Saskatchewan il y a 94 ans. C’est Max Pacioretty qui lui a d’ailleurs posé la question. Elle attendait l’arrivée de Pacioretty dans le vestiaire pour enfin le rencontrer. C’est une fan du Canadien et Pacioretty est son joueur favori.

Y a été gentil, Mon Dieu qu’il a été gentil. Il a posé avec la madame, a répondu à ses questions, a souri et lui a donné tout le temps dont elle avait besoin. À 94 ans, je présume qu’on étire les beaux moments. Le temps doit passer à une vitesse folle.

Puis, un beau gamin de 11 ans a attiré son attention et Big Max a posé avec lui tout en signant un autographe. Fin, fin, tellement fin.

C’est quand j’ai appris quel était le nom de sa grand-mère, Thérèse Savoie, que j’ai repensé à la petite madame de 94 ans. Peut-être que Max Pacioretty est parent avec Eddie Savoie, des Résidences Soleil.

Je me suis dit qu’il devait être trop sympathique, que ça ne se pouvait pas. Et j’ai poursuivi l’entrevue...

UN PACCIORETTI... TRANSFORMÉ

Max Pacioretty devrait s’appeler Paccioretti. C’était le nom de son grand-père quand il a quitté l’Italie pour venir s’installer en Amérique : « Il a enlevé un « c » et changé le « i » en y » » pour que ça sonne plus polonais. Ça aidait à se faire embaucher dans les usines », raconte Max en se perdant dans ses souvenirs.

«Je suis prêt à être le leader de cette équipe» –Max Pacioretty

C’est ce Pacioretty, ancien Paccioretti qui a rencontré Thérèse Savoie, une ancienne infirmière au Montreal General Hospital qui s’était établie dans le Michigan. Ils ont fini par émigrer en Californie et Raymond, le père de Max y a grandi. À San Francisco.

Pendant ce temps, Ana Kolenda, une belle Mexicaine, tentait de s’établir aux USA et se battait opiniâtrement pour être admise à Stanford College en Californie pour pouvoir s’instruire. Elle a rencontré Raymond Pacioretty, ils sont tombés amoureux et ont décidé de venir chercher fortune à New York.

Max sourit : « J’ai marié une Russe, ( Katia Afinogenova, joueuse de tennis professionnelle) et mon fils Lorenzo est donc un Italien, un Russe, un Mexicain et un Canadien-français. Ça fait un beau mélange ».

- Et toi ? T’es quoi ?

- Je pense que je suis italien dans le fond... mais j’ai joué pour les États-Unis aux Jeux olympiques, dit-il en riant.

T’ES QUI, MAX ?

La question était mal formulée. Je voulais savoir qui était ce grand gentleman à la voix grave qui se comporte comme un leader et un capitaine depuis plusieurs années déjà. La réponse, son enfance la fournit en bonne partie. À 6 ans, en 1994, Mark Messier est capitaine des Rangers de New York et mène l’équipe à la conquête de la coupe Stanley.

Le petit Max capote sur Messier, les Rangers et le hockey. Il regarde tous les vidéos des matchs en revenant de l’école. Dans la famille, le hockey n’est pas la priorité. Les deux sœurs de Pacioretty préfèrent le patinage artistique : « Mon père ne m’a jamais forcé. Je pouvais m’amuser. Mais s’il fallait se lever à cinq heures, il le faisait. Je me suis lancé dans le hockey à tête perdue. Mais j’étais toujours le plus petit dans mes équipes. Ça me faisait rager mais mon père me disait que j’étais un « late bloomer », que je fleurirais avec retard... et finalement à 16 ans, je me suis mis à grandir et j’ai rattrapé mes coéquipiers », raconte-il.

C’est dans sa famille que le jeune Max a acquis les principes et les habitudes qui forgent une vie : « Toujours agir en pro. Ce n’était pas les règles de l’école, c’était les règles de ma famille. Je devais m’habiller correctement, toujours avoir ma chemise bien entrée dans les pantalons et me comporter dignement. Aujourd’hui, j’applique ces principes. Je ne quitte jamais la maison sans être convenablement vêtu et sans m’être rasé pour offrir une image de pro. Je veux servir de modèle pour les jeunes », explique-t-il.

L’IDOLE DE LA MATURITÉ

Si Marc Messier a été l’idole de son enfance, Jean Béliveau est l’idole de la maturité : « J’ai vraiment pris conscience de la grandeur de l’homme et du capitaine qu’il a été lors de son décès. En entendant les témoignages de toutes ces légendes qui parlaient de « notre capitaine », en écoutant aussi Guy Lapointe plus tôt cette saison, j’ai pris encore davantage conscience de ce que c’est que d’être le capitaine du Canadien de Montréal. Jean Béliveau est l’idole de ma maturité. J’essaie d’intégrer dans ma vie et dans ma carrière les valeurs qu’il portait. Juste la façon dont il signait les autographes. Avec cette belle signature. Il s’appliquait. J’ai réalisé à quel point c’est important pour la personne qui nous approche. Il faut la respecter et qu’elle sente qu’elle est la bienvenue. Même si on est de mauvaise humeur et qu’on a joué un mauvais match », dit-il.

« JE SUIS PRÊT À ÊTRE LE LEADER DE CETTE ÉQUIPE »

La question est inévitable. Tout le monde, à partir d’Élise Béliveau, voit Max Pacioretty comme le futur capitaine du Canadien. Je lui demande donc :

- Es-tu prêt à devenir le capitaine du Canadien ?

Il n’hésite pas. À peine une ou deux secondes.

- Je suis prêt à être le leader de cette équipe. Comme sont prêts P.K Subban, Andrei Markov et Tomas Plekanek. C’est bien d’avoir passé la saison avec quatre assistants. Ça a enlevé beaucoup de pression et nous avons appris dans ce qui fut une année de transition. Mais si on m’offre le « C », je suis prêt.

Puis, Pacioretty a longuement expliqué qu’il y avait 22 leaders dans l’équipe, que ça expliquait les immenses succès de la dernière saison et qu’on retrouve le même leadership chez les gars cette année. C’était bien senti, même pas têteux.

Lui-même n’est pas le plus gueulard des leaders : « Il y a deux façons d’exercer son leadership. Sur la glace ou en parlant. J’essaie d’être un leader sur la glace mais si je juge qu’il faut se lever pour parler, je le fais », assure-t-il.

En étant toujours conscient qu’il est un pro, qu’il doit agir et parler en pro. Le temps des folies et des soûleries est loin derrière lui. En fait, faut remonter à sa saison avec les Wolverines de l’Université du Michigan.

Il avait vingt ans. À 21 ans, dans sa tête, il est devenu un pro. Un vrai.


« La foi a changé ma vie » – Max Pacioretty

On a connu de ces athlètes chrétiens, fraîchement convertis, qui remercient Dieu d’avoir arrêté le puck à leur place. Pacioretty est catholique. Très croyant. Très pratiquant. Mais il demeure discret. 

Encore là, il faut remonter à l’enfance. Quand on est fils d’un Italien et d’une Mexicaine avec une grand-mère Savoie, il y a des chances qu’on croit dans le petit Jésus.
 
Mais Pacioretty vit plus intensément sa foi depuis quelques années : « J’ai toujours cru en Dieu, en la Bible et en l’au-delà. Je pratiquais mais parce que j’étais habitué à le faire. Ces dernières années, j’ai monté quelques marches dans ma foi. Et ça a changé ma vie. Surtout avec la naissance de notre enfant », explique-t-il d’une voix calme. Curieusement, c’est le seul moment de l’entrevue où sa jambe droite ne sautillera pas. Quand il parlera de sa foi et de la façon dont il la vit.
 
« Ma mère est très croyante. Je lui parle à tous les jours. Elle m’envoie des extraits ou des passages de la Bible et nous discutons de son interprétation. J’ai incorporé dans ma vie les principes de la religion. Quand je dois prendre une décision, au lieu qu’elle soit égoïste, je la prends en fonction de ma famille, de ma religion, de mes coéquipiers et de mes amis. De toute façon, comme le dit ma mère, tu dois faire  de ton mieux et le reste est entre les mains de Dieu ».
 
APPRENDRE LE FRANÇAIS
 
Max Pacioretty comprend beaucoup de mots français. David Desharnais est un bon tuteur. De plus, il suit des cours de français avec une prof dénichée par le Canadien. P.K Subban aussi. 
 
Pacioretty progresse bien puisque toute sa famille parle espagnol. Et qu’il y a une parenté évidente entre le français et l’espagnol : « Dans la famille, tout le monde parle espagnol. Moi, je le comprends mais je ne le parle plus, j’ai trop longtemps été loin de la maison », dit-il.
 
Pourquoi le français ?
 
« Je veux que les gens me respectent encore plus en sachant que j’apprends leur langue. Et je veux aussi les rendre heureux », répond-il.
 
Le respect, c’est déjà acquis...
 

DANS LE CALEPIN  |  Avec un père italien et une mère mexicaine, Max Pacioretty aime à peu près toutes les musiques. Dans la famille, on aimait autant Sinatra que les airs mexicains : « En fait, il n’y a qu’une musique que je suis incapable d’aimer. C’est le country », dit-il bien sérieusement.

Bon... Patrick Norman et Yoan vont quand même poursuivre leur carrière...