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Des milliers d’enfants attendent une famille au Canada

Pourtant, des centaines de familles québécoises attendent de se voir confier un enfant

Christian et Nancy-Ruth SinCennes sont tombés en amour avec Deshawn et Mackenzy. Le couple de Gatineau n’a eu besoin que de six mois afin de compléter le processus d’adoption des deux jeunes torontois.
photo courtoisie Christian et Nancy-Ruth SinCennes sont tombés en amour avec Deshawn et Mackenzy. Le couple de Gatineau n’a eu besoin que de six mois afin de compléter le processus d’adoption des deux jeunes torontois.

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Alors que les familles qui désirent adopter un enfant au Québec s’engagent dans un processus qui peut durer plus de 10 ans, dans d’autres provinces, des milliers d’enfants pourraient être adoptés demain matin.

Le Québec n’a pas de chiffre global sur le nombre d’enfants en attente d’adoption. N’empêche, à Montréal, il n’y en a aucun À Québec? Zéro. Dans les deux régions, plus d’une centaine de familles comptent les jours avant d’accueillir un enfant.

Pendant ce temps, dans les provinces voisines, 7000 enfants sont disponibles pour adoption en Ontario, d’après le Conseil d’adoption du Canada. Cinq-cents enfants sont dans cette même situation au Nouveau-Brunswick, selon la Fondation pour l’adoption de la province. L’organisme a même fait de la publicité pour recruter des familles. En Colombie-Britannique, un porte-parole du ministère de la Famille et de l’Enfance confirme que 1000 enfants sont en attente. «On doit faire un meilleur travail» pour trouver des familles, indique Sheldon Johnson dans un courriel. Deux millions de dollars ont été investis.

Ces enfants, par contre, ne sont pas d’adorables poupons roses et potelés comme en rêvent la majorité des parents dans les listes d’attente québécoises. Ceux-là sont toujours adoptés rapidement, peu importe la province.

Il s’agit souvent d’enfants plus âgés ou qui présentent plusieurs problématiques, comme Deshawn et Mackenzy, les deux enfants torontois qu’on accueillit Christian et Nancy-Ruth SinCennes, un couple de Gatineau. En 2010, ils ont commencé des démarches pour un enfant colombien, mais parallèlement, Nancy-Ruth était «fascinée» par Les enfants en attente du Canada, un site Web où sont répertoriés plusieurs profils d’enfants disponibles pour l’adoption.

«Je suis tombée sur Deshawn et Mackenzy, et je suis tombée en amour! Carrément!» Le couple s’est informé et a appris qu’ils devaient passer par le Secrétariat à l’adoption internationale du Québec. «Je me suis dit ben voyons donc, c’est ridicule, ils sont juste de l’autre côté de la rivière [des Outaouais]!» 

N’empêche, le tout s’est déroulé rondement. La collaboration a été bonne, même que ç’a été «trop vite» admet-elle. «En moins de six mois, je les avais à la maison!» raconte Nancy-Ruth. La démarche est donc plus facile, plus rapide et surtout plus transparente qu’à l’international. «C’est fantastique! Si tout le monde pouvait adopter plus facilement entre les provinces, on aurait mois de surprises que ceux qui adoptent en Chine ou en Haïti», selon elle.

À 4 ans, Mackenzy présentait un retard important. À 12 ans, Deshawn faisait les quatre-cents coups. Mais ça va beaucoup mieux. «Je me tape dans le dos moi même, ils ont beaucoup changé!»


Les Québécois intéressés par l’adoption entre provinces

À priori, «c'est absurde qu'il n'y ait pas une entente» entre les provinces, lance Gabriel, 34 ans, qui espère un jour devenir papa avec son conjoint Samuel. Mais pour comprendre ce paradoxe, il faut saisir la réalité bien particulière de l’adoption au Québec.

D’abord, le Québec a enregistré une baisse de 24% du nombre d’adoptions ces trois dernières années. On ne voit pratiquement plus de jeunes mères qui confient volontairement leurs poupons en adoption. Entre autres explications, «on favorise souvent l’avortement lors de grossesses non désirées», souligne la porte-parole de l’Association des centres jeunesse, Marie-Hélène Juneau.

La majorité sont des enfants pris en charge par la Direction de la protection de jeunesse (DPJ). C’est ce qu’on appelle poétiquement la Banque mixte.

Au centre jeunesse de Québec, on assure qu’avec ce système, «on trouve toujours des gens au cœur assez grand pour accueillir des enfants avec les caractéristiques les plus compliquées», assure Gervais Guérin, directeur adjoint de la protection de la jeunesse au centre jeunesse de Québec.

M. Guérin l’admet, la Banque mixte pose de nombreuses difficultés aux parents. La démarche est longue, particulièrement pour adopter un jeune enfant. À Montréal, Gabriel et Samuel devraient attendre entre trois et cinq ans, peut-être plus. Et ce serait encore plus long pour l’adoption dite régulière d’un jeune enfant : entre 7 et 13 ans.

Elle est aussi incertaine puisque les postulants agissent d’abord comme famille d’accueil. Pendant ce temps, il existe une possibilité que l’enfant retourne dans sa famille d’origine si les conditions s’améliorent. Et plusieurs sont incapables de supporter cette possibilité. C’est pourquoi l’adoption interprovinciale suscite tant d’intérêt au Québec, selon Sarah Pedersen, directrice générale du Conseil d’adoption du Canada. Elle le constate chaque jour en répondant aux interrogations des familles du Québec.

«Le Québec pourrait se mettre en marche» pour faciliter l’adoption entre provinces, assure Josée-Anne Goupil, directrice générale du Secrétariat à l’adoption internationale du Québec. Mais la province ne reçoit que des demandes ponctuelles.

Pourquoi pas davantage? Un changement de province, de milieu et de langue ne doit pas être pris à la légère, répond Mme Goupil. Les organismes d’aide à l’enfance envisageront un placement à l’extérieur de la province seulement lorsqu’ils auront fait le tour des possibilités. Au Centre jeunesse de Québec, on ajoute que l’organisme, qui gère tous les types d’adoption, existe en priorité pour les enfants et que son mandat se limite à trouver des familles pour les enfants sous son aile.


263

Enfants du Québec adoptés au Québec l’an dernier

10-15

Enfants adoptés en adoption régulière chaque année au Québec

4

Enfants d’autres provinces adoptés à Québec l’an dernier

Environ 25

Familles en attente à Québec (banque mixte)

83

Familles en attente à Montréal (banque mixte)

250

Familles en attente pour une adoption régulière (rég. de Québec)

Environ 30 000

Enfants en attente d’adoption au Canada

* Sources: Conseil d’adoption du Canada, Centre jeunesse de Québec, Centre jeunesse de Montréal, Association des centres jeunesse du Québec​

 

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