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L’instant présent

L’instant présent
Photo courtoisie

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Toujours d’une gentillesse extraordinaire, le romancier français Guillaume Musso, dont les ouvrages sont traduits en 40 langues et vendus à des millions d’exemplaires, partage

un extrait de son nouveau roman, L’instant présent, avec ses lecteurs québécois. Il propose cette fois un thriller psychologique qui bascule dans le fantastique: l’histoire de Lisa, qui désire devenir comédienne, et d’Arthur, un jeune médecin urgentiste aux prises avec une malédiction. Le suspense se déroule sur la côte Est américaine, entre Boston, Cape Cod et New York. Et c’est terriblement captivant. Guillaume Musso en parle dans notre livraison de la semaine prochaine.

1993

Sullivan

Sachez que je puis croire toute chose, pourvu qu’elles soient franchement incroyables.

Oscar Wilde

0.

Une pluie torrentielle brûlante s’abat sur moi.

Avec une telle force qu’il me semble qu’on me plante des clous dans le crâne. L’air est saturé d’une vapeur équatoriale abrutissante qui tourbillonne autour de moi et maintient mes paupières agrafées. J’ai le nez bouché, je suffoque. Je tiens debout, mais presque contre ma volonté, dans un état proche de l’hypnose. Mes jambes flageolent et ne vont pas tarder à céder. Soudain, un cri effroyable déchire mes tympans.

J’ouvre les yeux en sursaut. Je suis... dans une cabine de douche sous un jet d’eau puissant!

1.

Debout à côté de moi, une jeune femme nue, recouverte de savon et de shampoing, hurlait à s’en décrocher la mâchoire. Ses traits déformés étaient figés par la surprise et la frayeur. Je lui mis la main sur l’épaule dans un geste apaisant, mais, avant que j’aie pu fournir la moindre explication, elle m’assena un violent coup de poing sur le nez. Chancelant, je portai les mains à mon visage pour me protéger. Alors que je tentais de reprendre mon souffle, un deuxième coup m’atteignit en pleine poitrine et me fit trébucher sur le rebord en faïence de la cabine. J’essayai de me rattraper aux rideaux de douche, mais le sol était glissant et je m’étalai tête la première contre le lavabo.

Terrorisée, la jeune femme sortit de la cabine, attrapa une serviette et jaillit hors de la salle de bains.

Prostré au sol, je l’entendis confusément qui donnait l’alerte à ses voisins. Les mots me parvinrent déformés, confus, mais je distinguai pourtant «violeur»... «dans ma salle de bains»... «appelez la police»...

Toujours plié en deux, sonné, immobile, je tentai d’essuyer l’eau qui ruisselait sur mes paupières. J’avais le nez en sang, j’étais hors d’haleine, comme si je venais de courir un marathon.

Mon cerveau commandait de me relever, mais mes membres restaient paralysés. Je savais pourtant que j’étais en grand danger. J’avais retenu la leçon de la cathédrale Saint-Patrick. Il fallait à tout prix que j’évite la prison. Je rassemblai mes forces, parvins difficilement à me redresser, balayai la pièce du regard, me rapprochai d’un cadre vitré. J’ouvris la fenêtre à guillotine: elle donnait sur une voie privée coincée entre deux immeubles. En penchant la tête, je distinguai plus loin une large avenue à quatre voies, rectiligne, mais pentue.

Taxis jaune vif, enfilades de façades en briques brunes et en fonte, citernes sur les toits: ça ne faisait aucun doute, j’étais de nouveau à New York.

Mais où?

Et surtout... quand?

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L’instant présent